Climat: pourquoi la Russie n'y arrivera pas

Le 03 avril 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le réchauffement accroîtra le risque d'incendie dans la forêt boréale.
Le réchauffement accroîtra le risque d'incendie dans la forêt boréale.

Le 31 mars dernier, la Russie a créé la surprise à deux reprises. D’une part, en publiant avant la date-limite son programme climatique post 2020. L’INDC, en jargon onusien.

Autre sujet d’étonnement: le texte, proprement dit. Moscou propose d’abattre de 25 à 30% ses émissions anthropiques entre 1990 et 2030. Pas si mal.

Problème: le seul moyen proposé par le gouvernement Poutine est de laisser la forêt pousser. L’argument se tient: avec le réchauffement (qui sera particulièrement rapide en Sibérie), les forêts boréales vont se développer naturellement et stocker plus de carbone. Ou comment recycler en politique climatique les conséquences du réchauffement!

le quart des pertes forestières mondiales

Ce bel échafaudage risque de partir en fumées. Dans une étude mise en ligne le 2 avril, le World Resources Council (WRC) s’alarme de l’accroissement des feux de forêt en Russie. S’appuyant sur 10 ans d’imagerie satellite, Nigel Sizer, auteur de l’étude, constate l’appétit croissant des flammes pour les forêts boréales. En 2013, la Russie a perdu 4,3 millions d’hectares, soit le quart des pertes forestières mondiales. Les incendies en expliquent l’essentiel.

Or, à mesure que le climat s’échauffe, les massifs du Nord brûlent davantage. Forest Hall, de la Nasa, a étudié les conséquences des changements climatiques sur les forêts boréales américaines. Ses recherches peuvent se résumer ainsi: chaque année 3,5 Mha partent en fumées, contre 1,5 Mha dans les années 1970. Et l’avenir ne s’annonce pas meilleur.

Certains climatologues estiment que, durant les prochaines décennies, le puits de carbone que constituent les forêts boréales se transformera en émetteur net de gaz à effet de serre (GES). Ce qui pourrait causer le relâchement de 27 à 52 milliards de tonnes de carbone, estimait Eric Kasischke (université du Michigan): l’équivalent de deux à trois années d’émissions anthropiques.

 



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