Climat: politiques et entrepreneurs à côté de la plaque

Le 24 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La grève climatique en cours de mondialisation.
La grève climatique en cours de mondialisation.
VLDT

 

En France, en Europe et aux Etats-Unis, citoyens et nouveaux élus veulent aller de l’avant sur la question climatique.

On a rarement vu nos dirigeants donner autant de verges pour se faire battre. Prenez les chefs des plus grandes entreprises du monde. Comme chaque année, les organisateurs du forum économique mondial de Davos (WEF) ont sondé les patrons du Big Business : comment voient-ils l’avenir, quels sont les grands risques du moment, etc.? Dans le lot des réponses, une devrait faire réagir: les dirigeants commencent à sérieusement s’angoisser de l’inaction climatique des Politiques. Il n’est pas trop tard. Hélas, la crédibilité du message est ruiné par deux infos : on a finalement peu parlé du réchauffement durant le WEF. Et on n’a jamais vu autant de jets privés (1.500, soit 13% de mieux qu’en 2018) convoyer de VIP dans la station des Grisons.

32 heure de train

Un moyen de transport bien pratique mais dont l’usage immodéré renforce l’effet de serre, avec les conséquences qui vont avec. L’intérêt soudain des grands patrons pour les questions climatiques (dont ils compris qu’elles affectent leur chaîne de valeur) a d’ailleurs été questionné par Greta Thunberg. Initiatrice des grèves de lycéens pour le climat, la jeune suédoise a fait une descente dans les Alpes suisses, après un voyage de 32 heures en train.

L’occasion pour la guest star de la COP 24 de dire leur quatre vérités à ses hôtes: «J’ai arrêté de prendre l’avion par conviction, parce que je ne veux pas dire une chose et agir autrement. J’estime qu’il est insensé que des personnes qui discutent notamment ici du dérèglement du climat, arrivent en jet privé. […] Les jeunes doivent réaliser que leur avenir est en péril. Ils doivent faire quelque chose, se mettre en colère et transformer cette colère en action.»

35.000 élèves manifestent

Après une nuit sous la tente Greta Thunberg n’a pas perdu de temps avec le monde des affaires. Il lui faut participer à la seconde grève climatique (Climate Strike) que mèneront, ce vendredi, lycéens et collégiens suisses. Un mouvement qui reste encore moins imposant que celui de leurs collègues belges. Ce jeudi, ils étaient 35.000 (selon la police) à «brosser» les cours pour manifester à Bruxelles. La colère se transforme en action.

Quatre mois avant la tenue du scrutin européen, les politiques affutent déjà leurs arguments. En France, la priorité est de surfer sur la vague Gilets jaunes sans se faire accuser de vouloir le récupérer. Ce n’est pas du tout ce que demandent les Français.

Un sondage Elabe, publié ce jeudi par BFMTV, place le climat en tête des thématiques que les électeurs veulent aborder à l’occasion des élections européennes. En seconde position: les flux migratoires. Un sujet, l’histoire récente de la Syrie, du Mali ou du Nigeria le montre, qui n’est pas totalement déconnecté du premier.

bataille pour le mur

Outre-Atlantique, le monde politique «traditionnel» apparaît de plus en plus coupé de ses électeurs. Voilà des semaines que le président Trump et la présidente démocrate de la chambre des représentants, (Nancy Pelosi) ferraillent. Sans accord entre le président républicain et les députés démocrates sur le futur du projet de «mur» à la frontière américano-mexicaine, pas de budget fédéral. Et pratiquement plus de fonctionnaires fédéraux dans leur bureau.

Hors les murs de la Maison blanche et du Capitole (où siègent le sénat et la chambre des députés US), les choses changent. A en croire deux études publiées en milieu de semaine, on n’a jamais vu autant d’Américains convaincus de la réalité du changement climatique (73%) et de son origine anthropique (61%). Dans la même veine, un Américain sur deux estime qu’il faut taxer les émissions de CO2 pour les réduire. Des signaux bien captés par les jeunes députés démocrates, élus en novembre dernier lors des élections de mi-mandat. Leur égérie, Alexandria Ocasio-Cortez (New York), achève la rédaction d’une résolution parlementaire appelant à soutenir le Green New Deal.

600 ONG

Visant notamment une production d’électricité 100 % d’origine renouvelable et une décarbonation de l’économie, ce programme (encore bien flou) est déjà soutenu par 45 parlementaires et par 4 des 5 candidats démocrates à la candidature au scrutin présidentiel de 2020. Que cette «nouvelle donne verte» soit plébiscitée par plus de 600 ONG américaines a sans doute facilité l’adhésion des prétendants à la Maison blanche.

A Washington, comme à Paris, à Davos comme à Bruxelles, la lutte contre le changement climatique est devenu un enjeu de société. Il n’y a que les politiques en poste à ne l’avoir pas compris.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus