Climat: Paris sur le chemin de Copenhague?

Le 11 mai 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Laurence Tubiana demande aux parties à l'UNFCCC de passer en mode de négociation.
Laurence Tubiana demande aux parties à l'UNFCCC de passer en mode de négociation.

Discussions à rallonge, promesses au compte-goutte, l’élaboration de l’accord de Paris sur le changement climatique marque le pas. Une lenteur qui n’est pas sans rappeler le rythme ayant prévalu avant la conférence de Copenhague, en 2009.

A moins de trois semaines de l’ouverture du prochain round officiel de négociations climatiques (à Bonn), un vent de lassitude souffle sur l’équipe de France. Recevant, jeudi 7 mai, quelques journalistes à l’issue de deux jours de discussions informelles à l’OCDE, la représentante spéciale pour les questions climatiques a eu bien du mal à masquer son découragement. Non sans avoir rappelé la volonté des pays d’aboutir à un accord, à l’issue de la conférence de Paris (en décembre), Laurence Tubiana les a toutefois exhortés «à passer en mode de négociation». «Il faut que l’on accélère sinon on ne va pas y arriver», a poursuivi l’ancienne patronne de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Il vrai que les retards s’accumulent. A commencer par la publication des fameuses promesses climatiques des 195 pays, parties à la convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques (CCNUCC). En décembre dernier, lors du sommet climatique de Lima, les diplomates avaient fixé la date du 31 mars comme échéance pour la publication de ses fameuses INDC[1]. Nous en sommes très loin.

36 contributions nationales

A l’heure où nous mettons en ligne, le site dédié de la CCNUCC compte 36 contributions nationales, dont celles des 28 membres de l’Union européenne. Et le tempo n’est pas très vivace. Selon une note confidentielle du service européen pour l'action extérieure, une douzaine de nouvelles contributions seulement sont attendues avant l’été, dont probablement celles de l’Arabie Saoudite, du Canada et de la Chine. Le gros de la troupe devrait être publié durant l’automne. Pour le moment, des pays lourds de la négociation, comme la Corée du Sud, le Japon, l’Australie ou l’Inde refusent de communiquer la date de leur mise en conformité.

En soi, ces retards ne sont pas dramatiques. Mais en abattant leurs cartes tardivement, les gouvernements retardataires compliquent les discussions. Comment élaborer un projet d’accord censé stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle en faisant fi des engagements de grands émetteurs?

Promesses pas rassurantes

D’autant que les promesses déjà connues ne sont pas des plus rassurantes. A l’exception de l’Union européenne, qui prévoit d’abattre de 40% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 (année de référence de l’ONU) et 2030, aucun pays important (hormis la Norvège) n’envisage semblable effort. Les Etats-Unis promettent d’atteindre, en 2025, l’objectif de réduction que leur fixait pour 2012 le protocole de Kyoto. La Russie s’engage activement à ne rien faire d’autre que de regarder sa forêt (un puits de carbone) pousser. Petite émettrice, la Suisse entend bien réduire de moitié son empreinte climatique, en achetant de grandes quantités de crédits internationaux. Bref, chacun entend faire ce qu’il veut et comme il lui plaît. Est-ce bien compatible avec l’«accord universel qui ait une force juridique réelle» dont rêve le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius?

Inflation textuelle

Pas de miracle à attendre non plus du gouvernement canadien (qui est sorti du protocole de Kyoto) ou australien (qui a aboli taxe carbone et marché de quotas). Le Japon, lui, attend toujours de connaître l’avenir de son parc nucléaire pour définir son programme de lutte contre le réchauffement. Mais les derniers échos en provenance de Tokyo ne sont pas réjouissants.

Tout aussi inquiétante est la tournure prise par les discussions qui portent sur le projet même d’accord. Publiée dans les dernières heures du sommet de Lima, sa première mouture pesait à peine 41 pages et ouvrait déjà toutes les pistes possibles. Deux mois plus tard, le draft avait doublé de volume, à l’issue du round préparatoire de Genève. Dans sa version française, le «texte de négociation» affiche désormais 136 pages. Et rien ne garantit la fin de l’inflation. Pour mémoire, l’accord conclu à l’arraché en décembre 2009 à Copenhague couvre à peine 6 pages.

Copenhague? Son évocation seule fait frémir les négociateurs, 6 ans après le semi-échec de la 15e conférence des parties. L’histoire peut-elle se répéter? Ce n’est pas exclu. Huit mois avant l’ouverture du sommet de Paris, le nombre de désaccords entre les 195 parties à la conférence reste impressionnant. Faute de pouvoir imaginer leur bouquet énergétique futur, certains grands émetteurs, comme le Japon, l’Inde ou le Brésil, peinent à élaborer leur stratégie climatique. Des dizaines de petits pays ont recours aux experts des pays les plus riches (la France en aide une trentaine) pour produire leur INDC. D’autres, comme le Gabon, négocient chèrement leur soutien au processus. Et ça n’est pas terminé. D’ici décembre, les négociateurs doivent se retrouver encore trois fois. Officiellement.

 



[1] Contributions prévues déterminées au niveau national (Intended Nationally Determined Contributions, ou INDC)

 



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