Climat: les scientifiques changent de discours

Le 18 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Penser que les changements climatiques sont aussi une source de conflits.
Penser que les changements climatiques sont aussi une source de conflits.

Faute d’avoir été entendus sur les conséquences environnementales, les climatologues soulignent les effets sécuritaires et sanitaires du réchauffement.

Voilà plus d’un demi-siècle que les scientifiques de diverses disciplines tirent la sonnette d’alarme: les activités humaines changent la composition de l’atmosphère et cela influe grandement sur le climat.
 
Dès 1965, un rapport au président américain Johnson soulignait les risques d’émettre des quantités toujours plus considérables de gaz carbonique: fonte des glaces, montée du niveau des mers, acidification des océans. Tout y est déjà pratiquement dit.
 
«Les changements climatiques qui résulteraient de l’accroissement de CO2 pourraient être néfastes pour l’Humanité», concluent d’ailleurs les auteurs.
 
A la fin des années 1960, militaires et chercheurs américains lancent de nombreux programmes de recherche. L’Organisation météorologique mondiale (OMM, une agence de l’ONU) et le Conseil international pour la science les élargiront au niveau mondial.
 
En 1974, le secrétaire général de l’OMM souligne, au cours de la première conférence mondiale sur l’alimentation, que de nombreux résultats «font état de possibles impacts des changements climatiques sur la production mondiale de nourriture et d’autres activités humaines».
 
En octobre 1985, à l’invitation du programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), des climatologues de 29 nations font le point, dans la petite ville de Villach (Autriche). Leurs conclusions sont alarmantes.
 
Les activités humaines, disent-ils, sont responsables d’une hausse de la concentration dans l’atmosphère de CO2 et d’autres gaz à effet de serre (GES). Ce changement dans la composition de l’atmosphère donnera un coup de chaud à la température moyenne globale, de l’ordre de 1,5°C à 4,5°C en cas de doublement de la teneur en dioxyde de carbone. Cet échauffement provoquera une montée du niveau des mers estimée entre 20 et 140 centimètres.
 
Au cours du quart de siècle suivant, les rapports d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec, créé en 1988) ne diront pas autre chose.
 
Voilà donc un demi-siècle que les politiques, entrepreneurs et financiers savent que les activités humaines modifient en profondeur notre atmosphère et que ce bouleversement aura des répercussions durables sur les climats, l’hydrosphère, l’agriculture, la vie dans les zones littorales, etc.
 
Tout ça pour quoi? A la fin du mois de novembre, se tiendra à Durban (Afrique du Sud) la 17e conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques. Voilà 17 ans que pays industrialisés, émergents et pauvres ne parviennent toujours pas à enfanter une gouvernance mondiale pour réduire les émissions de GES et financer l’adaptation des zones les plus menacées.
 
Après des années à ressasser les mêmes arguments atmosphériques, océanographiques, écologistes, les «sachants» du climat ont entrepris de changer de vocabulaire pour tenter d’intéresser plus les «décideurs» aux résultats de leurs travaux.
 
Lundi 17 octobre, les discours entendus lors de la conférence annuelle du climat à Londres résonnaient différemment des années précédentes. Rarement invités dans de semblables réunions, des officiers supérieurs ont rappelé que les changements climatiques allaient restreindre l’accès à certaines ressources vitales et que cela serait source de conflits. «Si les routes et les zones de production sont menacées, alors c’est l’accès aux ressources alimentaires et à l’énergie qui est menacé. Le prix des carburants va augmenter, mais aussi celui de tous les produits que nous importons d’Asie», a résumé le vice-amiral Neil Morisetti, expert Climat et énergie du ministère britannique de la défense.
 
Les médecins se sont fait, eux aussi, entendre. Rappelant que la baisse annoncée des précipitations dans les zones intertropicales, couplée à une hausse du mercure, sera à l’origine de très graves crises alimentaires et sanitaires dans de nombreux pays.
 
Les pays riches ne seront pas épargnés, a expliqué Sari Kovats. Les vagues de canicules, les inondations et l’arrivée d’épidémies de maladies tropicales ne seront pas réservées aux pays pauvres, a indiqué ce climatologue, par ailleurs auteur du 5e rapport d’évaluation du Giec.
 
Prévu pour 2013, ce rapport sera quelque peu différent des 4 précédentes éditions. «Un chapitre, explique Laurent Bopp, chargé de recherche au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), sera consacré à l’évolution du climat et ses conséquences pour les 30 prochaines années».
 
Véritable casse-tête pour les modélisateurs, plus familiers des temps longs, cet exercice permettra, peut-être, aux futurs lecteurs du prochain opus du Giec d’apprécier enfin ce qui se passe quand le ciel nous tombe vraiment sur la tête.
 


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