Climat: les politiques nagent en pleine inconscience

Le 04 mai 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En matière d'énergies décarbonées, les brevets sont au nord et les besoins sont au sud.
En matière d'énergies décarbonées, les brevets sont au nord et les besoins sont au sud.
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La décarbonisation du système énergétique mondial passe par la relance de la recherche, des investissements massifs et une coopération technologique avec les pays émergents, estime l’Agence internationale de l’énergie, dans son dernier rapport.

Au Congrès américain ou à l’Académie des sciences française mis à part, rares sont les endroits où nichent encore des politiques qui nient l’existence des changements climatiques et de leurs conséquences. Mieux, la plupart des membres de gouvernement appellent à réduire, si possible collectivement, nos émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le niveau d’ambition est d’ailleurs connu: stabiliser le réchauffement à 2°C de plus qu’à l’ère pré-industrielle d’ici la fin du siècle. Ce qui oblige, a minima, les pays les plus industrialisés à abattre des deux tiers leurs rejets de GES. Les pays émergents étant priés de les réduire de moitié. Là encore, le consensus est presque atteint.

Un fossé entre stratégie et objectif

Mais nos gouvernants sont-ils vraiment conscients de l’ampleur de l’effort à accomplir? On peut en douter. Dans un communiqué publié ce lundi 4 mai 2015, l’économiste du climat Nicholas Stern se montre d’ailleurs assez dubitatif. «Il y a un fossé entre le scénario des émissions basé sur les ambitions et stratégies actuelles et un scénario cohérent avec l'objectif de 2°C, résume l’ancien vice-président de la Banque mondiale. Les pays devraient étudier la possibilité de réduire ce fossé avant et après la conférence Climat de Paris.»

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) partage ce point de vue. Dans un rapport sur les technologies de l’énergie qu’elle publie également ce lundi, l’institution parisienne met quelques points sur les I. Fondamentalement, souligne-t-elle, la décarbonisation est un programme considérable: «L’intensité énergétique et l’intensité carbone de notre économie devront baisser de 60% d’ici 2050». Dit autrement, nous devrons améliorer de 2,6% par an l’efficacité énergétique (et carbonique) de nos centrales électriques, de nos systèmes de chauffage et de climatisation, de nos véhicules ou de notre industrie, contre 1,1% par an actuellement.

Des solutions politiques plus que technologiques

Le frein à notre désaccoutumance des énergies fossiles n’est pas d’ordre technologique, mais politique. Le secteur électrique pourrait diviser par 10 ses émissions en réduisant sa consommation de charbon, en dotant ses centrales à flammes de système de captage de CO2, en développant les énergies décarbonées comme le nucléaire ou les renouvelables. Rien de révolutionnaire, là-dedans.

La principale des révolutions est à conduire dans les têtes. D’abord, en ne sacrifiant pas l’avenir au présent. «Prétexter de la baisse du prix des énergies fossiles pour reporter la transformation du système énergétique serait une erreur sur le long terme», martèle Maria van den Hoeven. Impossible, en effet, de réaliser en une poignée d’années des investissements habituellement amortissables en plusieurs décennies.

17 milliards par an

Comme les années précédentes, l’AIE appelle aussi à une relance de l’effort public en matière de recherche. «En 1981, les aides publiques représentaient 11% du budget de R&D consacré à l’énergie. Depuis 2000, cette part oscille entre 3 et 4%», remarque la directrice exécutive de l’AIE. Tous ensemble, les 34 gouvernements de l’OCDE ont consacré, l’an passé, 17 milliards de dollars (15,2 Md€) à la recherche dans l’énergie: le prix de deux réacteurs EPR. Insuffisant. D’autant que la contrainte financière oblige à sacrifier des pans entiers de la recherche.

Investissements vitaux

Après l’avoir porté aux nues au début du siècle, l’Union européenne a pratiquement abandonné le captage-stockage de CO2 (CSC), technologie qui pourrait pourtant réduire de 15 à 20% les émissions carbonées de l’industrie lourde et de la production d’électricité. Les systèmes de chauffage et de climatisation émettent le tiers du CO2 anthropique. Pourtant, ces deux secteurs peinent à attirer scientifiques et crédits de recherche.

Pareils investissements sont pourtant vitaux. «Sans R&D, souligne Didier Houssin, directeur des marchés et de la sécurité énergétiques à l'AIE, jamais le coût de production du photovoltaïque allemand aurait pu baisser de moitié en 10 ans.»

Davantage d’argent dans la recherche, c’est entendu. Mais la transition énergétique coûtera aussi plus cher que la perpétuation de notre modèle fossile. «Au niveau mondial, le montant du surcoût est connu, rappelle Didier Houssin, il est de 40.000 Md$ (36.000 Md€) d’ici 2050. Soit le tiers du montant des économies d’énergie que nous réaliserons durant cette période.»

Autre facteur de réussite: une nouvelle gouvernance de la technologie. «Les trois quarts des investissements dans l’énergie seront réalisés, ces prochaines décennies, par les pays émergents. Or 80% des brevets déposés dans ces domaines le sont par des entreprises ou des centres de recherche des pays de l’OCDE», souligne le futur patron de l’Institut français du pétrole (IFP). Nécessité va donc faire loi d’imaginer une nouvelle coopération technologique. Faute de quoi les pays du groupe des 77, Chine et Inde à leur tête, pourraient traîner du stylo pour signer l’accord de Paris sur le climat. «La décarbonisation est un enjeu, mais rien n’est encore acquis», avertit Paul Watkinson, chef des négociateurs français.

 

 

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