Climat: les pays du Nord sont loin des 100 milliards promis

Le 07 octobre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un rapport de l’OCDE fait le compte des flux financiers Nord-Sud dédiés à la lutte contre le changement climatique. Verdict: il faudra faire mieux pour pouvoir effectivement verser 100 milliards de dollars par an aux pays en développement à partir de 2020. Une promesse faite lors du sommet de Copenhague, en 2009.

Les pays en développement ont du mouron à se faire. Voilà des années qu’ils réclament aux nations les plus développées de l’aide, technique mais surtout économique, pour faire face aux conséquences des changements climatiques. Leur demande n’est pas illogique. Les pays du Sud subissent d’ores et déjà certains effets d’un réchauffement (événements climatiques extrêmes, sécheresse, montée du niveau de la mer) qui est le fruit du développement et de l’expansion économique des pays du Nord.

Le World Resource Institute (WRI) s’est amusé à faire le calcul: entre 1850 et 2011, les Etats-Unis, les pays composant l’Union européenne, la Russie, le Japon et le Canada ont été à l’origine de 66% des rejets anthropiques de CO2.

Clé de voute

A l’issue du sommet climatique de Copenhague, en décembre 2009, les pays les plus industrialisés se sont engagés à soutenir financièrement ceux du Sud. D’une part, en fournissant une sorte d’aide d’urgence, entre 2010 et 2012 (pour un montant total de 30 Md$ -26,7 Md€). D’autre part, en mobilisant «100 Md$ (89 Md€) par an d’ici 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement».

Au fil des ans, ces 100 milliards sont devenus l’une des clés de voute des tractations en cours. A chaque round, les diplomates des pays du Sud exigent des précisions sur les moyens que mettront en œuvre leurs riches partenaires pour tenir leur engagement de Copenhague. Et au vu des réponses dilatoires qui leur sont souvent faites, on comprend leur inquiétude.

+18% en un an

Inquiétude qui ne sera pas dissipée par l’OCDE. Ce mercredi 7 octobre, l’organisation économique, basée à Paris, publie un rapport sur la finance carbone mondiale à l’aune des fameux 100 milliards. En gros, pourrons-nous tenir nos promesses? Ce n’est pas certain. En 2014, souligne l’étude, le bilan de la finance carbone dédié au Sud a certes progressé: le flux monétaire Nord-Sud a flirté l’an passé avec les 62 Md$ (55 Md€), contre 52,2 en 2013. Cinq ans avant l’échéance, on est loin des 100 milliards promis à Copenhague.

Eolien, investissement star

L’essentiel vient des aides publiques bilatérales (37%), des prêts, dons et subventions accordés par les banques d’aide multilatérale (33%) et des projets cofinancés par le secteur privé (27%). Plus des deux tiers (77%) de cette manne sont consacrés à l’atténuation (la réduction des émissions de gaz à effet de serre), contre 16% pour l’adaptation.

D’un montant faible (1,6 milliard), les crédits à l’export sont stables. Ils permettent essentiellement aux pays du Nord d’exporter vers leurs clients du Sud des éoliennes (72% du montant des crédits) et des centrales photovoltaïques (22%).

Nouvelles ressources

Le Nord pourra-t-il tenir sa promesse de Copenhague? Peu probable si rien ne change rapidement. En début de semaine, un rapport du Sénat français proposait de réorienter, notamment vers les pays les moins avancés, les financements climatiques tricolores. Cela ne suffira évidemment pas. En attendant une réallocation des financements du secteur privé vers l’économie faiblement carbonée, les observateurs attendent toujours un coup de pouce gouvernemental. L’Union européenne doit prochainement arrêter sa position sur son projet de taxe sur les transactions financières. Les regards se tournent aussi vers Lima où, dans quelques jours, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international doivent annoncer leur programme climatique des prochaines années.

 



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