Climat: les mensonges de Donald Trump

Le 02 juin 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour convaincre, Donald Trump a asséné de nombreuses contre-vérités.
Pour convaincre, Donald Trump a asséné de nombreuses contre-vérités.
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Sans surprise, le président américain a annoncé, jeudi 1er juin, le retrait américain de l’Accord de Paris. Une décision justifiée par une batterie de contre-vérités. Morceaux choisis.

 

Paradoxe. Au moment où Al Gore, l’ancien vice-président américain, entame en Europe la campagne de promotion de son nouveau film sur le climat[1], Donald Trump annonce la sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris.

Aucun scoop là-dedans. Durant sa campagne électorale, le magnat de l’immobilier n’a cessé de critiquer les suites de la COP 21, qualifiées de pire accord jamais conclu par une administration américaine. Après avoir fait durer le suspens, c’est tout naturellement que le 47e locataire de la Maison blanche tient l’une de ses promesses électorales.

Restrictions énergétiques

Jeudi 1er juin, dans son discours, Donald Trump a justifié sa décision. Pour le milliardaire, il s’agit tout bonnement de protéger l’Amérique -qu’il aime- des répercussions pour la plus grande économie du monde de l’application de l’accord onusien. Avec des chiffres à la clé: «Les restrictions énergétiques [imposées par l’Accord de Paris, ndlr] pourrait coûter 2,7 millions d’emplois en 2025», avance le président. Pire, la poursuite de la politique engagée par l’administration Obama réduirait «de 12% la production de papier, de 23% celle du ciment, de 38% celle de l’acier et du fer, de 86% celle du charbon et de 31% celle du gaz». Au total, le manque à gagner atteint 3.000 milliards de dollars (2.661 Md€) en 25 ans.

Sauver les emplois

Ces chiffres sont le fruit d’une estimation d’un consultant (Nera), souvent mandaté par les industriels et les lobbyistes pour contrer les projets de régulation de Washington. Ils négligent les créations d’emplois dans des domaines portés par la lutte contre le réchauffement: énergies renouvelables (ENR), véhicules propres, rénovation des bâtiments. En 2015, le seul secteur des ENR US employait 769.000 travailleurs américains, indique un récent rapport de l’agence internationale des énergies renouvelables (Irena): trois fois plus que le nombre de salariés travaillant dans le pétrole, le gaz et le charbon. Plus macro-économique, une récente étude de l’OCDE estime que, bien conduite, la lutte contre le changement climatique pourrait booster la croissance des pays du G20 (dont font encore partie les USA) de 4,7% en 2050 par rapport à un scénario tendanciel.

Effet négligeable

Donald Trump considère aussi que l’Accord de Paris est très insuffisant pour stabiliser le réchauffement. Là-dessus, il rejoint la communauté scientifique. Selon les climatologues de Climate Action Tracker, l’application stricte des projets de politiques nationales (INDC) publiés avant la COP 21 permettrait de limiter à 2,8°C le réchauffement d’ici la fin du siècle, contre 3,7°C en cas d’inaction. Ce n’est pas le résultat auquel aboutit le président américain: «Si l’Accord de Paris était appliqué, affirme-t-il, cela réduirait de 0,2°C le réchauffement en 2100.» D’un côté, une économie de 0,9°C, de l’autre 0,2°C, qui croire? Pas Donald Trump. Le chiffre que cite le président américain est tiré d’un scénario du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Problème: le MIT estime simplement que si les engagements des pays s’étiolaient après 2030 (échéance de la plupart des INDC), le ‘rafraichissement’ n’atteindrait effectivement que 0,2°C à la fin du siècle. Evidemment, personne d’autre que Donald Trump n’imagine une telle hypothèse.

Grand n’importe quoi

En bon unilatéraliste, Donald Trump n’aime pas les accords contraignants. Et visiblement, l’accord l’est trop à son goût. «La Chine pourra construire des centaines de centrales au charbon. Alors que cela nous sera interdit, ils le pourront, grâce à cet accord. L’Inde sera autorisée à double sa production de charbon d’ici à 2020.»

Là, on sombre dans le grand n’importe quoi. L’Accord de Paris n’impose aucune modification du bouquet énergétique: aucun Etat ne l’aurait d’ailleurs accepté. Les seuls engagements énergétiques sont ceux publiés par les Etats eux-mêmes, dans leur INDC. Donc, comme la Chine et l’Inde, les Etats-Unis ont bien évidemment la possibilité de construire de nouvelles centrales au charbon. Mais ce sont les compagnies électriques US qui préfèrent miser sur le gaz, moins cher que le charbon, et les énergies renouvelables, qui leur sont souvent imposées par les états fédérés.

Renouvelables en Chine et en Inde

Charbon, toujours. «La Chine pourra augmenter ses émissions pendant plusieurs années. Ils pourront faire ce qu’ils veulent pendant 13 ans. L’Inde a monnayé sa participation contre des milliards et des milliards et des milliards d’aides des pays développés», fustige le président Trump à la crinière orange. Là encore, l’Accord de Paris ne dit rien sur les plafonds nationaux d’émission de gaz à effet de serre (GES). La Chine et l’Inde ont pris des engagements et s’y tiennent. En 2015, l’empire du Milieu a ainsi investi une centaine de milliards de dollars dans les énergies décarbonées et emploie plus de 3,5 millions de personnes dans les seules ENR. A l’horizon 2020, l’Inde prévoit de multiplier par 7 sa capacité solaire (100 gigawatts crête -GWc) et d’interdire dès 2030 la commercialisation de voitures thermiques.

A coup d’annulation de centrales au charbon, de fermeture de mines et de développement des centrales solaires et éoliennes, les émissions indiennes et chinoises stagnent. Selon certaines estimations, reprises ce matin par l’ancienne ambassadrice française au climat, Laurence Tubiana, les rejets chinois pourraient avoir atteint leur plafond. Avec 15 ans d’avance sur les prévisions de Pékin. A contrario, la nouvelle politique énergétique de Donald Trump devrait accroître les rejets US de GES.

Livre comptable

En bon businessman, Donald Trump suit de près les questions d’argent. Et il n’aime pas gâcher. «Le Fonds vert va obliger les Etats-Unis à investir, potentiellement, des dizaines de milliards de dollars, alors que les Etats-Unis ont déjà versé un milliard. Ce que personne d’autre n’a fait.» Là encore, c’est réécrire le livre comptable du Fonds vert pour le climat (FVC). D’ores et déjà, une quarantaine de pays (dont une dizaine de pays en développement) se sont engagés à verser, collectivement, plus de 10 milliards de dollars au FVC, dont 3 milliards pour les Etats-Unis, 1,5 milliard pour le Japon et 1 milliard pour la France. Washington a déjà versé le tiers de la participation annoncée par Barack Obama. Et devrait s’arrêter là. Paris ne fait guère mieux. Seul un chèque de 375 M$ a été encaissé par le FVC: là aussi, le tiers du montant promis par François Hollande.

Impossible renégociation

«Nous sortons, mais c’est pour commencer à négocier et voir si nous pouvons obtenir un accord convenable.» Beau joueur, Donald Trump ne quitte donc pas totalement la table des négociations climatiques. Car il propose de renégocier l’Accord de Paris. Problème: dans le système onusien, un Etat, aussi puissant soit-il, ne peut rien imposer à la communauté internationale. «On ne peut renégocier tout seul. Il s’agit d’un accord multilatéral, dont aucun Etat seul ne peut changer les termes», rappelle Christiana Figueres, l’ancienne secrétaire général de la convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique.

D’ores et déjà, Emmanuel Macron, le président français, et Angela Merkel, la chancelière allemande, ont exclu toute réouverture de négociation. Depuis Pékin, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying a confirmé que la Chine prendrait «des mesures concrètes» en réponse au changement climatique. «Nous tiendrons sincèrement nos obligations», a-t-elle assuré. A l’occasion de sa visite à Paris, ce samedi, le Premier ministre indien fera de même, a laissé entendre ce matin sur France Inter Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique et solidaire.



[1] Il sortira   sur les écrans français en novembre, sous le titre Une suite qui dérange, le temps de l’action.

 



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