Climat: les leaders ne sont pas ceux qu’on croit

Le 19 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En vert, les pays grâce auxquels on pourrait atteindre les objectifs de l'Accord de Paris.
En vert, les pays grâce auxquels on pourrait atteindre les objectifs de l'Accord de Paris.
Nature Communications

 

Deux climatologues ont estimé les effets sur le climat d’une mondialisation des politiques nationales. Une autre façon d’évaluer l’efficacité des engagements nationaux, deux semaines avant l’ouverture de la COP 24.

 

On le sait depuis la COP 21. Les engagements climatiques pris par plus de 150 pays sont insuffisants pour stabiliser le réchauffement à 2°C, et moins encore à 1,5°C. Les estimations varient selon les méthodes de calcul, entre 2,7°C et 3°C d’ici la fin du siècle. Et encore, si le rythme de décarbonation impulsé jusqu’à 2030 (échéance de la plupart des engagements volontaires nationaux, NDC) est prolongé jusqu’à la fin du siècle. Ce qui n’a rien d’évident.

A quelques jours de l’ouverture de la COP 24 de Katowice, deux climatologues ont pris le problème dans l’autre sens. Quel serait le niveau de réchauffement si la planète entière suivait la politique climatique de tel ou tel pays? Une inversion de perspective assez pédagogique et qui devrait animer les ultimes sessions du dialogue de Talanoa.

Dans l’article qu’ils publient dans Nature Communications, Malte Meinshausen (institut de recherche sur les impacts climatiques de Postdam) et Yann Robiou du Pont (université de Melbourne) dresse une nouvelle carte du monde, également accessible sur un site dédié.

Vertueuse Suisse

En vert et en jaune pâle, une quarantaine de pays montrent la voie d’une stabilisation du réchauffement entre 1,2 et 1,9°C. Deux pays industrialisés sont dans ce lot des vertueux: la Suisse (+1,6°C) et l’Islande (1,9°C). Le gros du bataillon est fourni par une trentaine de pays d’Afrique sub-saharienne, centrale et orientale; des régions qui comptent parmi les plus vulnérables du globe aux conséquences des changements climatiques.

Score médiocre pour la France

Du Mexique à l’Inde, en passant par la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Maroc, le Gabon et l’Indonésie, on compte seulement une douzaine de pays qui réchaufferaient le monde entre 2 et 3°C. A l’attention des rédacteurs de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie et autre stratégie nationale bas carbone, l’Hexagone est actuellement créditée d’une ambition climatique proche de +2,6°C. Pas terrible. «Mais un peu mieux que la moyenne européenne, estimée à 3,2°C», indique Yann Robiou du Pont.

Une Europe de l'Est très carbonée

Sans surprise, les mauvais élèves du Vieux monde sont les pays d’Europe centrale et orientale. Quatre d’entre eux (Lettonie, Lituanie, Roumanie, Hongrie) affichant des performances supérieures à 4°C. Dans ce lot, la Pologne, pays-hôte de la COP 24, s’en tire presque bien avec une contribution au réchauffement de 3,7°C.

producteurs d'énergies fossiles

Sans surprise, les pires élèves sont tous de gros producteurs et consommateurs d’énergies fossiles. Adopter les mauvaises pratiques du Canada, de l’ex-empire russe (Russie, Belarus, Kazakhstan, Ukraine, Mongolie), de la Chine, de la plupart des pays du Golfe arabo-persique, de la Lybie et de l’Afrique du Sud ferait bondir le mercure du thermomètre mondial de +5,1°C: l’un des pires scénarios envisagés par le Giec[1] (RCP 8,5). Au total, ces pays super carbonés sont une trentaine, avec quelques surprises, comme la Nouvelle-Zélande pourtant affublée d’une trompeuse réputation écolo.

Malgré tous les efforts de leur président pour relancer l’industrie charbonnière, les Etats-Unis ne nous gratifient que de 4°C de réchauffement mondial. Moins bien que l’Australie, l’Algérie ou le Portugal.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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