Climat: les fruits de l’atténuation mûrissent longtemps

Le 07 juillet 2020 par Romain Loury
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L'atténuation, un effort à long terme
L'atténuation, un effort à long terme
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Même en éliminant nos émissions de gaz à effet de serre dès maintenant, un ralentissement du réchauffement climatique ne serait pas observable avant le milieu du siècle, révèle une étude norvégienne publiée mardi 7 juillet dans Nature Communications.

S’il est urgent de réduire au plus vite nos émissions, la patience s’impose quant aux bénéfices attendus. Le système climatique mondial se caractérise en effet par son inertie et par sa grande variabilité interannuelle. Si les émissions actuelles auront un impact sur les prochaines décennies, leur atténuation n’aura pas de bénéfice immédiat.

Dans leur étude de modélisation, Bjørn Hallvard Samset, du Centre de recherche internationale sur l’environnement et le climat (CICERO), et ses collègues ont tenté de déterminer quels seraient les effets de l’atténuation, tous GES confondus ou pris séparément (CO2, méthane, protoxyde d’azote, etc.), sur le réchauffement. Et donc, à quelle échéance le réchauffement commencerait à fléchir, en tenant compte de la variabilité interannuelle du climat.

En prenant comme référence un scénario RCP8.5[i], ce qui est la tendance actuelle, s’orienter vers un scénario RCP2.6, parmi les plus vertueux fixés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), engendrerait une différence de trajectoire thermique à partir de 2035. Pour un scénario RCP4.5, elle apparaîtrait dès 2037.

CO2, méthane et carbone suie

Les choses se corsent lorsque les chercheurs analysent les GES de manière individuelle. Exemple, le CO2: par rapport à un scénario RCP4.5, diminuer ses émissions de 5% par an permettrait d’abaisser la température de 0,74°C en 2100, avec des effets thermiques observables à partir de 2046. Pour le méthane, deuxième contributeur au réchauffement, la baisse serait de 0,16 °C en 2100, avec des effets visibles à partir de 2055. Quant au carbone suie, une réduction annuelle de 5% aurait un effet modeste (-0,07°C en 2100), mais observable dès 2048.

Selon les chercheurs, c’est donc sur ces trois GES (CO2, méthane et carbone suie) qu’il faut agir en priorité pour limiter les impacts du réchauffement. Toutefois, «ces efforts ne seraient visibles que vers le milieu du siècle, probablement pas avant», tempèrent-ils. Ce phénomène d’inertie «doit être clairement expliqué aux décideurs politiques et au public, si nous voulons éviter une défiance vis-à-vis de mesures d’atténuation qui pourraient être jugées inefficaces», ajoutent-ils.

Quant aux aérosols tels que les oxydes de soufre (SOx), les oxydes d’azote (NOx) et le carbone organique, délétères d’un point de vue sanitaire, ils ont un effet plutôt rafraîchissant sur le climat, du fait qu’ils réfléchissent l’énergie solaire. Réduire leurs émissions de 5% par an pourrait accroître le réchauffement de +0,25 °C en 2100.

Les HFC, faux-nez du réchauffement? Objet du protocole de Montréal amendé en 2016 à Kigali, l’arrêt des émissions de ces puissants gaz à effet de serre, à courte durée de vie, n’aurait que peu d’effet sur le réchauffement. Pour les tétrafluorocarbures (CF4), l’élimination dès 2020 ne ralentirait la hausse thermique que de 0,01 °C en 2100 (un chiffre n’atteignant pas la significativité statistique), de même que pour les hexafluorures de soufre (SF6). Bien loin des estimations avancées par un think tank américain, l’Institute for Global and Sustainable Development (ISGD): selon lui, la fin immédiate des HFC équivaudrait à économiser 100 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050 (soit 10% de l’effort à réaliser pour stabiliser la hausse thermique à +2 °C).


[i] Les scénarios RCP2.6, RCP4.5 et RCP8.5 prévoient respectivement une hausse de température moyenne de 1,6°C, 2,4°C et 4,3°C entre l’ère préindustrielle et 2100.