Climat: les citoyens du monde ne sont plus dupes

Le 23 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les citoyens ne croient pas aux discours des politiques sur le climat.
Les citoyens ne croient pas aux discours des politiques sur le climat.
VLDT

Le secrétaire général de l'ONU convoque, ce lundi 23 septembre, un sommet spécial sur le climat. Une journée durant, gouvernements et coalitions d'acteurs vont faire assaut de propositions et de promesses. Sapés par les appels des scientifiques, ces discours passent de plus en plus mal dans l'opinion publique. 

 

Le sommet onusien pour le climat, qui se tient à New York ce lundi 23 septembre, ouvre une longue séquence. Conclu en décembre 2015, l’Accord de Paris prévoit, en effet, que les parties (les pays signataires) annoncent, en 2020, un renforcement de leurs efforts en matière d’atténuation (baisse des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation.

2020 est aussi l’année au cours de laquelle les pays les plus industrialisés devront «verser» aux nations les plus vulnérables une «aide» de 100 milliards de dollars par an. Une somme que les ministères des finances des pays du nord sont bien en peine de réunir. Or, ce point est capital si l’on veut poursuivre les négociations climatiques. A chaque COP, les pays du G77 menacent de rompre les discussions sans garantie sur le montant et la pérennité des financements en provenance du Nord.

le club de la neutralité carbone

Ce lundi marque donc le lancement d’une saison de promesses. Des myriades d’engagements seront pris par des dizaines de pays, mais aussi de nombreuses coalitions d’entreprises, de territoires. Du Bhoutan au Japon, en passant par le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la France, une vingtaine de gouvernements ont déjà gravé la neutralité carbone dans le marbre législatif. L’Allemagne devrait prochainement rejoindre ce club de pionniers. Leurs chefs d’état et de gouvernement le rappelleront à la tribune de l’ONU. Bien, mais dérisoire.

De l’avis du World Resources Institute (WRI, un think tank américain), seule une vingtaine d’Etats devraient effectivement rehausser leurs ambitions lors de la réunion new-yorkaise. Ensemble, ils n’émettent que 3% des GES anthropiques. Selon les observateurs, aucune annonce n’est attendue du côté de la Chine ou de l’Inde (37% des émissions mondiales de CO2 à elles deux). Le président Trump a prévu de bouder la réunion. Maigre consolation, le président russe, Vladimir Poutine, pourrait annoncer la ratification de l’Accord de Paris dans les prochaines semaines.

Des millions de manifestants

Sous la houlette de We Mean Business, 87 multinationales peu émettrices (Burberry, Danone, Ericsson, Ikea, L’Oréal, Nestlé, Orange, Schneider Electric, Sodexo, Swiss Re) s’engagent à adapter leur stratégie pour rester dans les clous d’un réchauffement de 1,5°C.

Parallèlement, 130 banques gérant 47.000 milliards de dollars d’actifs (dont Barclays, BNPParibas, Natixis, Société Générale) devraient annoncer leur adhésion aux principes onusiens de la banque responsable. Premier d’entre eux: concilier l’activité de l’entreprise avec les objectifs de développement durable (ODD) et les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Cette mobilisation intervient dans un contexte particulier. Depuis des mois, les manifestations pour le climat bousculent le chant traditionnel des revendications sociales ou politiques. Vendredi 20 septembre, 60.000 personnes ont défilé à New York. Selon certains observateurs, 4 millions de personnes auraient participé à la grève mondiale pour le climat, dans les grandes capitales de la planète. Du jamais vu !

les alertes des scientifiques

Leurs slogans font écho aux alarmes lancée et relancées, ces derniers mois, par les scientifiques. En octobre dernier, les membres du Giec ont ainsi rappelé l’extrême difficulté (mais pas l’impossibilité) à stabiliser le réchauffement à 1,5°C. Au printemps, leurs collègues de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (IPBES) ont souligné l’incompatibilité entre système économique actuel et maintien de la biodiversité.

Dimanche 22 septembre, l’organisation météorologique mondiale, le Programme des Nations Unies pour l'environnement, Projet mondial sur le carbone et le GIEC ont indiqué de concert que nous battons tous les records de concentration de gaz à effet de serre, de réchauffement, d’acidification des mers. Les prochaines modélisations climatiques, sur lesquelles se basera le prochain rapport d’évaluation du GIEC, montrent une plus grande sensibilité climatique que prévu.

budget carbone réduit

Ce qui signifie que la réponse climatique (le réchauffement et ses conséquences) à la concentration croissante en gaz à effet de serre de l’atmosphère sera plus vive qu’estimée par les modélisations climatiques internationales de 2012. Traduction: nous disposons d’un plus petit budget carbone pour stabiliser à 1,5°C ou 2°C la montée du thermomètre planétaire.

Les promesses gouvernementales (résumées dans les contributions nationales volontaires, les NDC) «réduiront les émissions mondiales en 2030 d’un maximum de 6 GtéqCO2 par rapport à la poursuite des politiques actuelles», soulignent les experts de l’ONU. «Ce niveau d'ambition doit être multiplié par trois environ pour respecter la limite de 2 °C et approximativement par cinq pour respecter celle de 1,5 °C.»

À l’évidence, citoyens, consommateurs et électeurs ont saisi l’ampleur des enjeux. Dans un sondage, réalisé dans 8 pays[1] pour le compte de l’association britannique Hope not hate, la majorité des personnes interrogées (saut aux USA) placent le changement climatique comme le sujet politique numéro un, devant le terrorisme, la montée du coût de la vie, la famine (au Brésil) ou les migrations.

Plus d’un sondé sur deux estime que leur gouvernement n’est fait pas assez (66% en France). La majorité, là encore, est favorable à une taxation des émissions carbonées (et à la détaxation des produits peu carbonés), au développement des énergies renouvelables et des véhicules électriques, à l’arrêt de la production d’énergies fossiles. Les deux tiers des personnes interrogées s’accordent à dire qu’il faudra «faire des sacrifices dans notre mode de vie pour enrayer le changement climatique.»

 

L’esquisse d’un projet de société?



[1] Allemagne, Brésil, Canada, états-Unis, France, Italie, Pologne, Royaume-Uni.

 



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