Climat: les autorités indépendantes veulent avoir leur mot à dire

Le 15 mai 2020 par Volodia Opritchnik
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les entreprises doivent prendre en compte le climat, estime le patron de la CRE, Jean-François Carenco.
Les entreprises doivent prendre en compte le climat, estime le patron de la CRE, Jean-François Carenco.
UFE

Huit autorités indépendantes préparent une série de recommandations pour diffuser la culture climatique dans leur secteur d'activité. Président de la Commission de régulation de l'énergie, Jean-François Carenco nous en dit plus.

Voilà des acteurs que l’on n’avait pas encore entendu s’exprimer sur les conséquences des changements climatiques. Et pourtant, les autorités indépendantes entendent jouer pleinement leur rôle dans la transition qui s’annonce. Depuis trois ans, un groupe informel de dirigeants des principaux régulateurs indépendants[1] se réunit, une fois par semestre, pour évoquer sujets globaux et grands dossiers. «Naturellement, le climat a finit par s’imposer dans les discussions», confie Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Intuitivement, les régulateurs n’apparaissent pas en première ligne du combat contre le réchauffement.

Avoir le climat en tête

Ils ne sont pas bien loin derrière. «La plupart des activités que nous contrôlons sont concernées par les transformations qu’impose la mise en œuvre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Il est donc opportun que les autorités indépendantes de régulation aient en tête les questions climatiques dans l’exercice de leurs missions, qu’elles s’interrogent sur l’articulation de leur mandat et des objectifs de l’Accord de Paris. Qu’elles réfléchissent, aussi, aux outils mobilisables pour contribuer à l’atteinte de ces objectifs», poursuit l’ancien préfet.

Et les sujets sont nombreux. Dans le domaine de l’énergie, il faudra tout à la fois suivre les efforts de décarbonation des opérateurs, évaluer les impacts des nouvelles technologies, imaginer des modèles d’affaires compatibles avec la sobriété énergétique. Côté transports, l’ART anticipe un bouleversement des habitudes des usagers, des changements de motorisation et de carburant pour la plupart des modes de transport. Sans oublier les effets du réchauffement sur les infrastructures. Les opérateurs du numérique ont tout à la fois vocation à informer le public sur les questions climatiques et à réduire leur empreinte carbone, en améliorant, par exemple, l’efficacité énergétique de leurs data centers.

s'accorder sur la taxonomie

Bien sûr, l’un des leviers majeurs de cette transformation sera financier. Entreprises et banques devront améliorer la qualité de leurs informations climatiques pour éclairer le choix des actionnaires et des analystes: une autre façon de protéger l’épargne. Les institutions devront s’accorder sur les règles de la taxonomie financière pour flécher vers le plus vert l’argent levé dans le cadre du Green Deal européen. Que de sujets de réflexion pour l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Les régulateurs n’entendent pas (encore) revêtir le costume du Père Fouettard carbonique. «Dans un premier temps, nous allons dire aux entreprises, faites gaffe au carbone et avancez», confirme Jean-François Carenco.

Par la suite, les règles pourraient évoluer. Les membres du club des régulateurs doivent affiner leurs positions d'ici la fin de l'année. C'est un chantier qui avance vite. Des préconisations qui pourraient, au hasard, relancer le débat sur la tarification des émissions de gaz à effet de serre. Sujet brûlant.

[1] Ce groupe est constitué de l’Autorité des marchés financiers (AMF), de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), de l’Autorité de régulation des transports (ART), de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi).