Climat: les 2°C, c’est rentable !

Le 07 juillet 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Investir 1.000 milliards de dollars par an dans les énergies renouvelables électriques.
Investir 1.000 milliards de dollars par an dans les énergies renouvelables électriques.
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La Commission mondiale sur l'économie et le climat donne 10 pistes pour nous remettre en 15 ans sur la voie de la stabilisation à 2°C du réchauffement climatique. De quoi concilier allègement de notre empreinte carbone et développement économique. Revue de détails.

On pouvait le craindre. C’est désormais une certitude. Les promesses climatiques faites par les Etats, en amont du sommet climatique de Paris (COP 21), ne suffiront pas à stabiliser le réchauffement climatique à 2°C, l’objectif que s’est fixé la communauté internationale.

Dans un rapport qu’elle publie, ce mardi 7 juillet, la Commission mondiale sur l'économie et le climat estime que l’économie mondiale doit réduire son intensité carbone de 5% l’an pour atteindre l’objectif 2°C. Or, souligne-t-elle, «le rythme actuel de baisse est inférieur à 1,5%.»

Décarboner le monde des affaires s’avère pourtant profitable, poursuivent les experts de la Commission co-présidée par l’ancien président du Mexique, Felipe Calderon, et l’économiste Nicholas Stern. Lesquels ont identifié 10 types d’action susceptibles de concilier production de richesses et forte réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES). «En saisissant ces opportunités, il serait possible de générer au moins 59 %, voire jusqu'à 96 %, des réductions d'émissions nécessaires d'ici 2030 pour maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°C.»

Tarifier le carbone

Première et non la moindre des actions: l’établissement de la désormais incontournable «tarification efficace du carbone». Taxe ou mécanisme de marché, peu importe le moyen. Mais elle devra être conjuguée à une réduction progressive des subventions aux énergies fossiles pour être véritablement efficace.

Sans surprise, l’étude suggère que « toutes » les villes mettent en œuvre des stratégies de développement urbain faiblement carbonées d’ici à 2020. Densification, développement des transports propres et de l’accès à l’énergie réduirait de 16.600 milliards les coûts de fonctionnement et sanitaires des villes d’ici à 2050 et réduirait de 3,7 milliards de tonnes équivalent CO2 (GtéCO2) les émissions globales d’ici à 2030. A condition que les nouvelles infrastructures soient «climato-intelligentes» et résilientes. Sachant que le monde devrait consacrer 90.000 milliards à ses infrastructures au cours des 15 prochaines années, il n’est pas interdit, suggèrent les auteurs, «de renforcer le capital des banques de développement nationales et multilatérales».

Restaurer les terres arables

La lutte contre la déforestation et la restauration des terres agricoles sont aussi des armes antiréchauffement très efficaces. Arrêter les tronçonneuses et restaurer 500 millions d’hectares de terres arables permettrait non seulement de renforcer notre sécurité alimentaire, mais aussi d’abattre nos rejets de GES de 3 à 9 GtéCO2 d’ici à 2030.

Pour accélérer la décarbonation du secteur électrique, les rapporteurs proposent de porter à 1.000 milliards de dollars le montant annuel des investissements en faveur du développement des énergies renouvelables électriques. De quoi, réduire de 5,5 à 7,5 GtéCO2 l’empreinte carbone de l’électron. A moins, bien sûr, d’améliorer, dans la foulée, les normes d’efficacité énergétique des appareils, des systèmes d’éclairage, des bâtiments, des équipements industriels. Ce qui contribuerait à doper la croissance économique annuelle de 0,25 à 1,1% tout en abattant nos émissions de 4,5 à 6,9 GtéCO2 en une quinzaine d’années.

Au moment où les crédits de la recherche, notamment sur l’énergie, n’ont jamais été aussi bas, la Commission Calderon-Stern préconise d’accélérer la recherche dans les technologies «bas carbone» agricoles, énergétiques (bioénergie, réseaux électriques et captage-stockage du carbone notamment) tout comme dans le bâtiment et les transports.

haro sur les HFC

Secteurs en forte croissance (avec l’inflation des émissions les accompagnent), l’aviation commerciale et le transport maritime peuvent conjuguer croissance et décarbonation. «Ces secteurs recèlent pourtant des potentiels de réduction d'émissions parmi les plus rentables qui existent aujourd'hui, notamment à travers une amélioration du rendement des carburants.» Autre possibilité: créer un marché d’émissions sectoriel, à l’instar de celui que pourrait créer, l’an prochain, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). De quoi raboter de 600 à 900 MtCO2 notre bilan carbone d’ici à 2030.

Last but not least: la réduction de la fabrication et de l’utilisation des hydrofluorocarbures (HFC), bons substituts aux célèbres CFC mais très puissants GES. En projet depuis des années, un amendement au protocole de Montréal permettrait d’éviter l’émission de 1,1 à 1,7 Gt CO2e d'émissions par an d'ici à 2030. «Le succès de cet amendement est encore possible lors de la prochaine Conférence des Parties à Dubai, en novembre prochain, ce qui créerait un élan positif pour la COP du mois de Décembre», selon Maxime Beaugrand de l'Institut for Governance and Sustainable Development (IGSD).

Si cette palette de bonnes pratiques était appliquée, le monde pourrait diminuer, en 15 ans, ses émissions de 27 milliards de tonnes équivalent de CO2. Pile poil l’effort nécessaire pour nous remettre sur la trajectoire nous conduisant à une stabilisation à 2°C du réchauffement.

 

 

SOMMAIRE DU DOSSIER 

Les 2°C, c'est rentable

Electricité: la vague verte ne sera pas suffisante

Renouvelables: le monde fait mieux que l’Europe

Renouvelable: la Commission tance la France

COP21: ça ne suffit pas

La stratégie bas carbone française

Transition énergétique: pourquoi est-il difficile de la financer

Les agrocarburants, pas rentables avant longtemps

Climat: les chefs se mettent aux fourneaux bas carbone

Les députés adoptent la loi sur la transition énergétique

La transition énergétique embauche pour longtemps

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