Climat: lent démarrage des négociations pour l’accord de Paris

Le 17 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale britannique de Drax rejette une vingtaine de millions de tonnes de CO2 par an.
La centrale britannique de Drax rejette une vingtaine de millions de tonnes de CO2 par an.

Malgré le psychodrame russo-ukraino-biélorusse, les représentants de 194 pays ont légèrement avancé, ces deux dernières semaines, sur la voie qui mènera, peut-être, à un accord climatique mondial, en 2015.

C’était un sommet test. Ces deux dernières semaines, Bonn accueillait le gratin de la négociation climatique internationale. Rien d’étonnant: chaque année, à pareille époque, l’ancienne capitale d’Allemagne fédérale accueille une session de négociation entre deux sommets mondiaux.

Malgré son caractère rituel, le round d’observation de ce printemps avait un petit air de nouveauté. Pour la première fois, en effet, diplomates et experts ont une année limite pour conclure un accord international de gestion du climat et de l’adaptation aux changements climatiques. Le texte devra être signé par les 194 pays ayant ratifié la convention de l’ONU sur le changement climatique (CUNCC), fin 2015, lors du sommet climatique du Bourget. Nous sommes donc à moins de deux ans et demi de l’échéance. Inutile de rappeler que le temps presse.

Le 10 juin, l’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs (re)posé les enjeux de la discussion: si nous ne changeons pas nos trajectoires de développement, les températures moyennes globales s’élèveront de 3,6°C à 5,3°C d’ici 2100 [JDLE]. Officiellement, l’objectif poursuivi par la communauté internationale est de stabiliser à 2°C le réchauffement d’ici la fin du siècle.

Comment donc ses représentants se sont-ils comportés, ces deux dernières semaines?

Comme souvent, certains diplomates n’ont pu faire l’économie du psychodrame. Les délégués russes, ukrainiens et biélorusses ont ainsi bloqué les discussions de l'Organe subsidiaire pour la mise en application (SBI, en jargon onusien). Peu connue, cette institution conseille la conférence des parties (le parlement mondial, et décisionnaire, de la CUNCC) sur de nombreux domaines, à commencer par les questions financières.

Objet officiel du courroux des trois pays de l’ex-URSS: l’absence de règles de gouvernance claires. Officieusement, il s’agit plutôt de faire payer à la communauté internationale la réduction du volume d’air chaud que pourront monnayer ces trois pays: une décision obtenue, l’an passé, lors du sommet climatique de Doha. Certains diplomates estiment aussi que Moscou cherche ainsi à faire payer au Qatar son soutien à l’armée libre syrienne. Qu’importe!

S’il est condamné par de nombreux délégués, pareil antijeu n’est pas jugé rédhibitoire à la conclusion d’un accord global. «Les questions soulevées par la Russie, l’Ukraine et le Belarus devront être discutées», a d’ailleurs reconnu Jurgen Lefevere, l’un des patrons de la délégation européenne. En coulisse, toutefois, on ne cache pas qu’un tel blocage est inadmissible et ne devra plus être possible si l’on veut aboutir en 2015. Traduction: les règles de gouvernance devront être prochainement revues et durcies.

Pour autant, l’affaire de l’air chaud ne résume pas, à elle seule, Bonn 2013. Nombre d’observateurs soulignent l’ouverture de la plupart des négociateurs. «Tout le monde est conscient de l’importance des enjeux et plus personne ne fuit les questions difficiles», s’enthousiasme Paul Watkinson.

Mais la méthode de travail semble encore faire défaut: «Deux visions s’opposent encore, entre les pays qui veulent présenter leurs propositions d’action entre 2014 et 2015 et ceux qui veulent au même horizon un cadre d’accord que l’on remplira ensuite», poursuit le chef de l’équipe des négociateurs français.

Une chose semble néanmoins acquise. L’accord du Bourget de 2015 ne sera en rien comparable au très rigide protocole de Kyoto. Pour être accepté par les 194 pays concernés, il devra être souple et flexible, quitte à être régulièrement remis à niveau.

«Souple et flexible»: deux adjectifs employés à l’unisson, le 5 juin dernier, par le ministre français délégué chargé du développement, Pascal Canfin, et par la commissaire européenne à l’action climatique, Connie Hedegaard [JDLE]. Un début de consensus.



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