Climat: le vrai bilan de la conférence de Bangkok

Le 17 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La conférence de Bangkok a accouché d'un document de 300 pages.
La conférence de Bangkok a accouché d'un document de 300 pages.
UN Climate Change

Réunis du 3 au 12 septembre dans la capitale de Thaïlande, 1.200 négociateurs devaient rédiger l’esquisse des règles du jeu de l’Accord de Paris. Règles qui doivent être définitivement approuvées à l’issue de la COP 24, en décembre prochain. Las, la conférence de Bangkok n’a accouché que d’une compilation de textes pas très cohérente.


Le sommet climatique mondial de Katowice (COP 24) ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Le 3 septembre dernier, jour d’ouverture de la conférence de Bangkok, les dirigeants des principales instances de négociations (1) avaient averti délégués et experts que cette réunion intersession était «la dernière occasion» offerte pour faire avancer les négociations avant la COP 24. Ils n’ont, semble-t-il, pas été entendus.

Ils n’ont pourtant pas chômé. A Petersberg et à Bruxelles, les 4 co-présidents ont multiplié les réunions de préparation avec les présidences des COP 23 et 24 et les dirigeants de la convention sur les changements climatiques. Au mois d’août, ils ont publié une série ‘d’outils’ censés faciliter la sélection entre différentes propositions de textes par les délégués nationaux. Cela n’a pas suffi. Le soir du 12 septembre, la conférence avait accouché d’un seul résultat tangible: la compilation de toutes les propositions, indigeste document de plus de 300 pages.

Vision en trompe-l'œil

«Il ne faut pas s’arrêter à cette vision en trompe-l’œil, plaide un membre de la délégation française. Certes, nous ne disposons pas encore du texte dont ont besoin les décideurs politiques, mais nous disposons déjà de projets de décision sur certaines thématiques, comme sur l’organisation des marchés du carbone. Sur l’application du paragraphe 9-7 de l’Accord de Paris [bilans biannuels sur l’appui fourni aux pays en développement par les pays riches, ndlr], nous sommes passés de 60 à 6 pages.»

Bilan mitigé

Comment expliquer ce ‘bilan mitigé’? «C’est un peu normal, explique Yamide Dagnet, que tout le monde campe sur ses positions avant le dernier combat, pour obtenir le maximum de gain.» Un exemple parmi d’autres: la différenciation, objet d’affrontement de longue date entre les diplomates chinois et américains. Côté Chine, qui se considère toujours comme un pays émergent, on veut obtenir certaines marges dans l’application des règles de l’Accord de Paris. Une demande catégoriquement rejetée par la Maison blanche.

Post 2025

En toute logique, Pékin, qui coordonne la réponse des pays du G77, a donné du canon. En réplique au blocage américain (et de pays de l’Ombrelle), les pays en développement ont de nouveau fait un thème d’affrontement du financement par les pays les plus industrialisés de l’aide apportée aux pays les plus vulnérables (dont les fameux 100 milliards de dollars par an à partir de 2020). Ce qui n’a plus tellement de raison d’être. Le financement des 100 milliards est à peu près bouclé pendant 5 ans. Mais quid du post 2025? «Les discussions à ces sujet sont totalement bloquées», se désole la directrice de projets sur les négociations Climat du World Resources Institute (WRI).

Mandat omnipotent

Quelle suite annoncée à Bangkok? Constatant le relatif échec de la conférence, les délégués ont donné un mois et demi aux 4 co-présidents des organes subsidiaires pour préparer un projet de texte. Il sera officiellement examiné lors de l’ultime réunion préparatoire à la COP 24 à la fin du mois d’octobre. «C’est un mandat omnipotent», estime Yamide Dagnet, qui s’alarme du fait que le document final de négociation ne sera pas le fruit de tractations diplomatiques mais celui de la plume de 4 négociateurs professionnels.

Textes détaillés

Les délégués avaient-ils d’autre choix? Pas sûr. Moins de trois mois avant l’ouverture de la COP 24, où doivent être adoptées les règles d’application du l’Accord de Paris, le temps est compté. Et l’exercice n’a rien de simple. «Contrairement à l’Accord de Paris, qui fait 28 pages, les règles du jeu devront être précises. Nous aurons besoin de textes détaillés», souligne un négociateur européen. La copie s’annonce longue.

cadre cohérent

Et pas question de s’appuyer sur le travail fourni entre 1998 et 2001 pour mettre en œuvre le protocole de Kyoto. «Il s’agissait, cette fois-là, de faire en sorte qu’une quarantaine de pays développés réduisent un peu leurs émissions. Cette fois, nous devons concevoir un cadre cohérent s’appliquant à près de 200 pays qui ont des politiques et des niveaux de développement très hétérogènes», complète un délégué occidental.
 

(1)  L’Organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI), l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA), le Groupe de travail sur l’Accord de Paris (APA).



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