Climat: le nucléaire est-il utile?

Le 03 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra utiliser toutes les technologies disponibles, sans doute, pour faire baisser nos émissions.
Il faudra utiliser toutes les technologies disponibles, sans doute, pour faire baisser nos émissions.

Atome ou pas, le débat carbonique n’est peut-être pas là. Comme le souligne une étude du centre de recherche sur le climat de Postdam, que l’on ferme ou non les centrales nucléaires, il faudra, de toute façon, agir massivement sur l’ensemble du système énergétique pour atteindre les objectifs climatiques fixés par la communauté internationale.

Jusqu’à présent, les choses sont claires. En n’émettant pas un seul gramme de gaz carbonique lors de la production d’électrons, l’énergie nucléaire «évite» le rejet dans l’atmosphère de centaines de millions de tonnes par an de CO2. Selon l’Agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN), les réacteurs actuels «allègent» ainsi notre bilan carbone annuel de 3 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.

En Europe, renchérit Foratom, le lobby atomique communautaire, cette «économie» est estimée à 630 Mt/CO2/an. A supposer, bien sûr, que les centrales nucléaires ne remplacent que des centrales au charbon très émettrices. Pas étonnant, dès lors, que l’atome soit considéré, aussi bien par les industriels du secteur que par la majorité du personnel politique, comme une arme de protection massive du climat.

Est-ce pourtant si sûr? Non, si l’on regarde les changements de politiques énergétiques intervenus ces derniers mois en l’Allemagne, en Suisse, en Italie et plus récemment encore au Japon.

Certains climatologues posent d’ailleurs ouvertement la question, à l’instar de Nico Bauer. Dans un article publié en début de semaine par les Annales de l’académie américaine des sciences (Pnas), l’économiste du centre de recherche sur le climat de Postdam (PIK) évalue, avec Robert Brecha (université de Dayton) et Gunnar Luderer (PIK) les coûts et l’efficacité de plusieurs scénarios de politique nucléaire.

Dans leur étude, les trois chercheur étudient 4 scénarios dans lesquels les gouvernements se fixent toujours comme objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C: «Renaissance» (les centrales actuelles voient leur durée de vie allongée et les électriciens construisent de nouvelles installations), «Sortie» (les réacteurs sont arrêtés à la fin de leur durée de vie), «Nouveau départ» (les réacteurs actuels sont démantelés mais remplacés par des centrales modernes) et «Sortie immédiate» (les centrales actuelles sont arrêtées et démantelées).

Les résultats de ces choix varient très fortement, selon que ces politiques énergétiques sont globales ou s’appliquent seulement à l’énergie nucléaire. Les auteurs imaginent ainsi que le secteur électrique mondial pourrait se voir confier -ou non selon les scénarios- la gestion d’un «budget carbone global» de 300 milliards de tonnes de carbone (1.100 Mdt CO2) pour la période 2005-2050. Au-delà, l’objectif des 2°C n’est plus atteignable.

La principale conclusion à retenir de l’étude est que, quelle que soit la voie choisie, aucune politique énergétique ne permet d’abattre significativement les émissions carbonées sans des mesures strictes: baisse des consommations, taxation des émissions de carbone, déploiement massif de la séquestration géologique, développement des renouvelables, remplacement du charbon par le gaz, etc. Sans de telles mesures, le scénario Renaissance, qui ressemble à l’actuelle politique française, évalue à 21 Mdt CO2 les émissions «énergétiques » mondiales en 2050: trois fois plus qu’en 2005!

Que l’on fasse ou non le choix de l’atome, l’essentiel est donc ailleurs. Une autre façon de rappeler que l’énergie nucléaire ne produit «que» 14% de l’électricité mondiale et 6% de l’énergie primaire mondiale. Deux chiffres qu’il faudra garder en tête lors du prochain débat sur la transition énergétique.



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