Climat: le monde se mobilise et ça commence à payer

Le 16 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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La terre reprend des couleurs.
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VLDT

Un rapport onusien montre l’implication croissante de la société civile dans la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences. Et livre quelques pistes pour accélérer encore le mouvement. Une source d’inspiration pour les gouvernements qui devront renforcer les politiques climatiques nationales (NDC)?

 

C’est l’un des points les plus positifs de cette 23e COP. Incontestablement, la société civile s’est véritablement engagée à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter aux conséquences des changements climatiques. Partout dans le monde.

Telle est la principale conclusion du rapport rédigé par la Marocaine Hakima El Haité (limogée par le roi du Maroc fin octobre) et le Fidjien Inia Seruiratu.

150 stratégies auditées

Réalisée dans le cadre du partenariat de Marrakech, la mission des deux champions de haut niveau pour le climat était simple: évaluer l’implication des innombrables coalitions de collectivités, d’entreprises. Pas moins de 150 stratégies ont été décortiquées par près de 200 analystes, dont la moitié contenaient suffisamment de données pour être évaluées avec précision.

Efficacité énergétique et renouvelables

Première surprise du Yearbook of Climate Global Action: le mouvement est global. «Bien que la majorité des initiatives soit lancée par des institutions installées dans les pays du Nord, on a vu foisonner, en quelques mois, celles des pays du Sud», s’enthousiasme une membre de l’équipe d’évaluation. Désormais, ce sont des territoires et des villes, abritant plus d’un milliard d’habitants, qui veulent abattre de 80% leurs émissions de GES d’ici 2050. Nombreux sont aussi les grands groupes multinationaux à promettre d’améliorer leur efficacité énergétique et de consommer seulement de l’électricité produite par des sources d’énergie renouvelables.

Engagement total

Autre sujet d’étonnement: toutes les activités se sentent concernées. Les engagements de secteurs gros émetteurs, comme l’énergie, les transports aériens et maritimes, sont connus. Ce ne sont plus les seuls secteurs à amender leur business model. Au Nord comme au Sud, on phosphore sur des stratégies agricoles combinant restauration de la vie biologique des sols, résilience au réchauffement et lutte contre la déforestation.

Emergence du Blue Carbon

Gisement majeur de ressources alimentaires et ligne de front d’événements climatiques extrêmes (ouragans, montée du niveau de la mer), la bande littorale est maintenant considérée comme un écosystème à protéger. D’autant, rappellent les océanographes, que certaines espèces marines (posidonies par exemple) pourraient constituer de formidables puits de carbone intégrables aux politiques climatiques nationales. Multinationales et collectivités commencent à penser, ensemble, la gestion future des ressources en eau douce.

Jadis trop rare et trop cher, l’argent commence à financer adaptation et atténuation. Pour la seule année 2014, souligne le rapport, entreprises, collectivités et gouvernements ont consacré 741 milliards de dollars (629 Md€) à des projets liés au climat: 15% de mieux qu’en 2011. Ce n’est pas toujours visible. Seuls 24% des programmes audités ont généré de nouveaux produits ou permis la construction d’infrastructures.

Déjà des résultats

Pareille mobilisation fait déjà souffler un vent frais sur le réchauffement. Le 15 novembre, le Climate Action Tracker a produit une nouvelle estimation des effets de la mise en œuvre des politiques climatiques nationales des 32 plus gros pays émetteurs de GES. Verdict du réseau international de climatologues et de consultants spécialisés: correctement déployées sur le long terme, les NDC stabiliseront le réchauffement à 3,4°C d’ici 2100. Beaucoup trop, certes. Mais l’estimation publiée l’an passé chiffrait à 3,6°C le dérapage climatique de la fin du siècle.

Nécessaire amplification

Perceptibles, les progrès peuvent-ils être amplifiés, s’interrogent les auteurs? Oui, répondent les représentants de la société civile. En adaptant le cadre législatif, par exemple. Certains réclament la possibilité d’intégrer aux NDC les puits de carbone marins (le Blue Carbon, en jargon onusien). D’autres réclament un renforcement des politiques sectorielles, notamment pour améliorer la protection des ressources en eau, des forêts et des terres arables.

Imagination au pouvoir

L’imagination devra être au pouvoir dans bien des secteurs d’activité. Rappelant que les catastrophes naturelles leur ont coûté 175 Md$ (149 Md€) en 2016, les assureurs veulent pouvoir intégrer, bien plus qu’aujourd’hui, le risque climatique dans leur politique commerciale. Deux exemples: en adaptant leurs offres aux pays africains ou asiatiques qui n’ont pas de système assurantiel ou en cessant d’assurer des acteurs installés dans des zones grandement fragilisées par des conséquences du réchauffement.

Prix du carbone

A corps et à cris, la société civile réclame la fin des subventions à la production et à la consommation des énergies fossiles. L’an passé, celles-ci se sont élevées à 112 Md€ dans l’Union européenne, rappelle l’ODI. Vingt-huit pays dont les gouvernements se sont pourtant engagés à arrêter tout soutien financier de ce genre d’ici 2020. Les politiques sont aussi priés d’établir rapidement un prix du carbone, afin de diriger l’argent vers les projets et les infrastructures ‘bas carbone’.

Aussi dynamique soit-elle, la société civile n’est pas toujours entendue. Mercredi 15 novembre, le gouvernement chinois a ainsi confirmé que les deux premières années de fonctionnement du futur marché national du carbone compteront pour du beurre. «Le temps de la société civile n’est toujours pas celui des Etats», commente, philosophe, Salaheddine Mezouar, ministre des affaires étrangères du Maroc et président de la COP 22. Mais pendant ce temps, l’horloge du carbone continue de tourner.



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