Climat : le Japon promet de faire peu

Le 31 mars 2020
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Les riziculteurs seront mis à contribution.
Les riziculteurs seront mis à contribution.
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L’empire du soleil levant entend réduire de 16% ses émissions de GES entre 1990 et 2030. Cet objectif faible ne pourra être atteint qu’en recourant à des technologies «disruptives».

De nombreux observateurs craignent le report de la prochaine COP Climat, pour cause de pandémie. Mais cela n’empêche pas les gouvernements de se préparer au prochain sommet mondial sur le climat. Ce mardi 31 mars, Singapour (lire encadré) et le Japon ont publié leur seconde contribution nationale volontaire (NDC).

Ces NDC mettent à jour les politiques climatiques nationales (baptisées alors INDC) publiées par les Etats en amont — le plus souvent — de la COP 21, en 2015. Une décision relative à la mise en œuvre de l’Accord de Paris stipulait, en 2016, que les Etats pourraient publier leur NDC au plus tard 9 mois avant l’ouverture de la COP 26, le 9 novembre prochain. Seuls deux pays (le Suriname et la Norvège) ont tenu cette échéance symbolique du 9 février.

Singapour veut doubler ses émissions. La cité-Etat a un objectif: limiter à 65 Mt ses émissions de GES en 2030, soit 2,5 fois plus qu’en 1994. Cela ne l’empêchera pas d’investir lourdement dans l’énergie solaire, mais surtout dans l’adaptation à la montée du niveau de la mer.

Le Japon est donc le premier pays membre du G7 à esquisser sa politique climatique à moyen terme. Pour le milieu du siècle, l’empire du soleil levant entend devenir une « société décarbonée », grâce à la mise en œuvre d’innovations disruptives, comme l’hydrogène, la photosynthèse artificielle et autres techniques de captage du CO2 atmosphérique.

- 26% ou -16%

Malgré cette débauche technologique, Tokyo affiche des objectifs des plus raisonnables. La quatrième économie du monde prévoit d’abattre de 26% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2013 et 2030. Rapporté à l’année de référence du protocole de Kyoto, le Japon prévoit de réduire de 16% ses émissions entre 1990 et 2030[1]. Pas très ambitieux.

Par comparaison, l'Union européenne prévoit de réduire de 40% les siennes durant la même période, voire de moitié en cas d'accord sur le projet de Pacte vert.

La méthode reste des plus floues. Sans envisager la moindre fermeture de ses centrales au charbon (elles produisent 27% de l’énergie primaire nipponne), la NDC annonce un développement des énergies renouvelables (23% aujourd'hui), de l'atome, du captage-stockage de CO2, du stockage d’électricité.

puits de carbone

Les agriculteurs devront réduire la production de méthane des rizières et accroître le couvert végéral pour augmenter les puits de carbone. L’archipel est probablement le premier pays à intégrer dans sa stratégie climatique l’emploi d’installations d’aspiration du gaz carbonique atmosphérique. Un CO2 dont les chimistes nippons entendent bien se servir comme d'une matière première.

Pour réduire son empreinte carbone, l’industrie japonaise entend aussi s’inspirer des principes de l’économie circulaire. Ce qui, dans son esprit, revient à remplacer le charbon par des résidus de plastiques.

 


[1] Le Japon a accru de 5,3% ses rejets de CO2 entre 1990 et 2018, indique l’AIE.