Climat: le climat n’affole pas la presse internationale

Le 17 décembre 2018 par Marine Jobert
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La presse internationale en revue.
La presse internationale en revue.

Katowice ne fait pas la Une des journaux dans le monde. Pas d’autocritique, ni de fanfaronnade. Entre récits factuels mondialisés par les agences de presse et points de vue nombrilistes, le climat n’affole pas les colonnes.

 

En Inde, on ne pavoise pas. The Times of India, l’un des plus grands journaux du sous-continent, rend compte de manière très institutionnelle de la COP 24, mais n’oublie pas les grandes inquiétudes du pays. «Avec 29% d’augmentation des décès liés à des événements climatiques extrêmes, l’Inde se place au second rang mondial de ce risque», écrit le quotidien. De son côté, la très respectée revue Down to Earth note que le compte n’y est pas, et que «les visions à long terme pour le financement ont disparu».

Chine, révolution mondiale

En Chine, le South China Morning Post, journal de Hong Kong édité depuis 1904, constate que «pour les pays riches et pauvres, le manque d’enthousiasme pour les coupes d’émission [de gaz à effet de serre] est une réalité décevante». De son côté, le Quotidien du Peuple, monopole du parti communiste au pouvoir, insiste non sans lourdeur sur le rôle positif de la Chine dans la lutte contre le changement climatique. D’abord parce qu’elle serait l’un des rares pays –selon Al Gore, cité– à respecter ses engagements. Et aussi, parce que la Chine serait «en tête de la révolution mondiale des véhicules électriques».

Pesant, mais indispensable

«Ma plus grande inquiétude, c’est que les négociations à l'ONU n'ont pas réussi à aligner les ambitions sur la science. Nous continuons à suivre un chemin qui nous mènera dans un monde très dangereux à 3-4°C d’augmentation au cours de ce siècle.» En citant Johan Rockstrom, le directeur du Potsdam Institut, The Guardian annonce la couleur. «Une question cruciale est restée sans réponse: comment relever les objectifs des gouvernements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre», déplore le journal britannique, affichant son scepticisme après ces 15 jours de négociations. Die Zeit est moins piquant, qui estime que même si ces sommets ont un côté «pesant», «le monde a quand même besoin de ces conférences», puisqu’ils accouchent d’initiatives «qui n’existeraient pas sans eux et sans l’Accord de Paris».

Allégeance aux fossiles           

Aux Etats-Unis, sans surprise, les anti-Trump sont vent debout contre la position tenue par leur pays. Le site Clean Technica, très influent, sonne la charge: «Les Etats-Unis ont confirmé leur allégeance aux industries fossiles et à une sorte de statu quo, épousant un point de vue sur ses niveaux d'émissions de moins en moins en rapport avec la vérité.» Mais le président trouve des soutiens jusque chez Michael Lynch, chroniqueur bien connu de la revue Forbes: «Quand le délégué des Etats-Unis a déclaré que ‘les pays continueraient à utiliser des combustibles fossiles’, la salle a éclaté de rire. (…. ) La réunion se déroulant dans le pays du charbon qu’est la Pologne, l'hypocrisie du rire semble indéniable. (…) Les Etats-Unis ont réduit leur consommation de charbon beaucoup plus rapidement que la Pologne, hôte de la COP 24, voire que le héros des Verts, l’Allemagne.» Et toc.

Transition juste

Difficile de trouver dans la presse du continent africain, pourtant aux premières loges des dérèglements climatiques, des comptes rendus récents sur l’accord des dernières heures. Les reportages sur les effets tangibles de l’augmentation des températures, eux, sont pléthores. Comme ce reportage au Mali sur Studio Tamani qui rapporte que «le désert avance de 7 kilomètres par an» et que «la réduction des rendements agricoles et l’extinction progressive de la biodiversité provoquent une insécurité alimentaire chronique». Et de regretter que la notion de ‘droits humains’ et de ‘transition juste’ ait disparu du texte initial de l’Accord de Paris.

Le Brésil hors de l’Accord?

Au Brésil, où un président climato-sceptique vient d’être élu, on est déjà loin devant la COP 24. L’encre est à peine sèche en Pologne –où les coupes dans la forêt de Bialowieska viennent de reprendre– que la presse bruisse de rumeurs sur une sortie du Brésil de l’Accord de Paris. Le ministre de l’environnement Ricardo Salles et le président Jair Bolsonaro pourraient aborder la question dans les tout prochains jours.

 



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