Climat: le Canada assis entre deux chaises

Le 18 décembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Catherine McKenna est la première ministre canadienne de l'environnement et du climat.
Catherine McKenna est la première ministre canadienne de l'environnement et du climat.

Au cours d’une rencontre avec des journalistes français, à Paris, la ministre canadienne de l’environnement a rappelé ses ambitions et les limites de la politique fédérale climatique.

 

Pas facile d’être ministre de l’environnement et du climat d’un pays producteur de charbon et d’hydrocarbures. C’est pourtant l’exercice auquel se livre Catherine McKenna depuis deux ans. Recevant la semaine passée quelques journalistes français à l’ambassade à Paris, l’ancienne avocate a montré les limites de son action.

Interrogée sur sa capacité à réduire les exportations de charbon, de pétrole et de gaz, l’Ontarienne s’est bornée à rappeler que le gouvernement fédéral n’avait aucune compétence en ce domaine. Et puis, «les gens ont besoin d’emplois».

Marché ou taxe

Fort heureusement, les gouvernements provinciaux sont parfois proactifs. Le Québec et l’Ontario ont lié leur marché de quotas d’émission de Gaz à effet de serre (GES) à celui, nettement plus important en volume, de la Californie (la WCI). Depuis 2008, la Colombie britannique a instauré une taxe carbone «sans que cela nuise à son économie», insiste Catherine McKenna. Et puis, le Canada «aide les pays en développement à développer la production d’énergie propre».

Quintuplement du prix du carbone en 4 ans

Bien sûr, le Canada a de grandes ambitions climatiques. Selon son plan de décembre 2016, le gouvernement de Justin Trudeau prévoit de réduire d’un tiers les émissions canadiennes de GES entre 2005 et 2030. Pour ce faire, il en coûtera 10 dollars canadiens (6,6 €) pour émettre une tonne de CO2, dès 2018. Pas de système privilégié.

Taxe ou marché, les provinces auront le choix des armes. Mais pas du rythme de progressivité: «Tout le monde devra payer en 2018 un prix de 10 $ pour émettre une tonne de carbone. Ensuite, le prix augmentera de 10 $ par année, pour atteindre 50 $/tonne en 2022», précise la ministre. «Et si les provinces n’agissent pas, le gouvernement fédéral agira en conséquence.» Pas gagné. Car certains gouvernements locaux, Nouveau-Brunswick en tête, font encore de la résistance.

Trump encore

Ils ne seront pas les seuls. Malgré sa ‘relation spéciale’ avec les Etats-Unis, le pays à la feuille d’érable peine à faire entendre sa voix pro-climat. Engagé dans une révision des accords de libre-échange nord-américains avec son voisin du sud et le Mexique (Alena), Ottawa connaît de nombreuses difficultés. L’administration Trump réclame notamment un abandon des soutiens canadiens à l’agriculture, l’abandon de politiques climatiques communes et la fin de la possibilité laissée aux entreprises d’attaquer en justice des gouvernements.

Pas simple, alors que le Canada présidera, les 8 et 9 juin, aux destinées du prochain sommet du G7. «A cette occasion, nous aimerions avancer sur les dossiers de l’économie inclusive, du changement climatique et des énergies propres», reprend la ministre. Quasiment au même moment, Catherine McKenna prévoit de s’entretenir avec ses homologues chinois et européen, dans le cadre de l’alliance climatique internationale créée au printemps dernier. Une autre façon de s’arracher à l’emprise de Washington.

 



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