Climat: la tentation du "zéro contrainte"

Le 03 janvier 2005 par Valéry Laramée, pour Enerpresse
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Après l’échec de la COP 10, la lutte contre le changement climatique semble devoir durablement marquer le pas. Ce qui devrait avoir des conséquences non négligeables pour la période d’engagement située après 2012.

Certains absents ont parfois plus d'influence que les présents. Et en matière climatique, ce principe se révèle imparable. Pays s'étant délibérément placé hors du processus de Kyoto, les Etats-Unis parviennent à bloquer toute avancée dans la lutte contre les changements climatiques. La 10ème conférence des parties (COP 10) de Buenos Aires (Argentine), qui s'est achevée le 18 décembre, l'a prouvé une fois de plus. Bravant les 6.000 délégués et les 80 ministres de l'Environnement présents dans la capitale argentine, la délégation américaine a fait la preuve de son efficacité. L'Oncle Sam a atomisé les espoirs de ceux (et ils étaient nombreux) qui pensaient avoir démarré les discussions sur «l'après-Kyoto».

Ces associatifs, scientifiques, négociateurs et politiques espéraient, un peu naïvement, que la seconde COP argentine serait le lieu d'inspiration des premiers paragraphes d'un «Kyoto 2», un nouvel accord détaillant les droits et les devoirs climatiques pour une période d'engagement postérieure à celle du protocole signé au Japon en 1997. Hélas, face à une Union européenne divisée, à des pays en développement ayant peu d'intérêts communs et avec l'aide de certains alliés, comme les pays producteurs de pétrole, Washington n'a eu aucune difficulté à torpiller la conférence argentine.

«De l'extérieur, les résultats paraissent peu visibles»,commentait Paul Watkinson, le chef de la délégation française, lors d'un séminaire de «debriefing» organisé le 22 décembre par l'association 4D. Et effectivement, le bilan est bien mince. Car, hormis la promesse d'organiser à Bonn, en mai prochain, un séminaire (dont la durée n'est pas encore connue!) sur les actions d'atténuation et d'adaptation et les politiques et mesures, rien de majeur n'est véritablement sorti de la conférence de Buenos Aires. Si ce n'est, peut-être, l'achèvement du dispositif (ô combien complexe) des puits de séquestration de carbone. «Il m'a été difficile d'accepter une telle médiocrité»,a même affirmé Pierre Radanne, ancien président de l'Ademe, devant les membres de 4D.

L'échec de Buenos Aires tombe à un bien mauvais moment. Car, malgré la bonne nouvelle apportée par la Russie, il y a quelques semaines, la lutte contre le changement climatique marque le pas. Le marché européen des quotas peine à se mettre en place. Bien peu d'industriels ont une stratégie «carbonique» digne de ce nom. Faute d'un financement correct du CDM Executive board, les projets MDP sont longs à mettre en place et peu incitatif. Pis, il est désormais à peu près établi que la plupart des pays industrialisés, notamment européens, ne tiendront pas leurs engagements de Kyoto.

Selon un récent rapport de l'agence européenne de l'environnement ("Analysis of greenhouse gas emission trends and projections in Europe 2004"), l'Union européenne à 15 n'avait réalisé, en 2002, que le tiers des réductions des émissions de CO2 nécessaires pour être dans les clous de Kyoto. Or, il ne reste que cinq ans pour faire le reste de l'effort. Les pays en développement ne sont toujours pas sur le point de suivre l'impulsion donnée par les pays de l'annexe 1. Certes, la Chine est prête à amender sa politique énergétique, mais ni l'Inde ni le Brésil n'entendent modifier leur trajectoire de développement énergivore. Le résultat, peut-être, de la difficulté qu'ont les pays du nord à partager avec le Sud les technologies les plus sobres.

Bref, le baromètre n'est pas au plus haut pour réussir les négociations pour l'après-2012. La plupart des observateurs estime que l'administration américaine ne bougera pas d'un pouce avant le début du mandat du successeur de George Bush. Désormais peu crédible, l'Union européenne aura de plus en plus de mal à assurer un leadership climatique mondial. «L'Europe ne va pas réduire ses rejets de 8% et elle aura du mal à préparer l'avenir»,a résumé Pierre Radanne. Difficile, dans ces conditions, d'inciter les pays du G7 à accepter de réduire volontairement leurs émissions de CO2. On s'achemine donc à grand pas vers un Kyoto 2 très light. Un traité qui fixerait des objectifs de réduction d'émissions non contraignants. Le monde reprendrait alors en choeur la politique climatique définie, en 2002, par Washington. Une autre facette de la mondialisation.




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