Climat: la grande confusion

Le 27 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les solutions ne sont pas partagées.
Les solutions ne sont pas partagées.
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EDF publie un sondage international sur l’état de l’opinion international face au dérèglement climatique. Contrairement à ses origines, la réalité du phénomène ne fait plus débat. Quant à ce qu’il convient de faire pour stabiliser les températures, les discussions restent ouvertes.

 

A quelques jours de l’ouverture du 25e sommet mondial sur le climat (Cop 25), EDF a sondé les âmes. L’opérateur historique a commandé à Ipsos un vaste sondage, portant sur plus de 24.000 personnes résidant dans 30 pays. Objectif de cet observatoire international «climat et opinions publiques»: évaluer l’inquiétude et la mobilisation face aux problématiques environnementales et climatiques.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le moral n’est pas au beau fixe. Une majorité de sondés estime la situation environnementale de leur pays mauvaise, dans 20 pays sur 30. Opinion partagée par plus de deux Français sur trois.

Les menaces pesant sur l’environnement sont plurielles. La plus préoccupante (dans 14 pays) étant l’accumulation des déchets et les pollutions de l’environnement naturel par les plastiques. Deuxième source d’inquiétude : la pollution de l’air, sujet sensible pour les Chinois, les Indiens, les Indonésiens, les Polonais, les Saoudiens. Le changement climatique ne se classe que troisième dans les priorités, juste devant la pollution de l’eau et les événements climatiques extrêmes.

le réchauffement existe

Bonne nouvelle: le climat ne fait plus débat: 92% des personnes interrogées reconnaissent qu’il y a un changement climatique. Et près de 8 terriens sur 10 estiment constater ses effets dans sa région. Son origine anthropique n’a pas encore convaincu tout le monde. Près d’un tiers des citoyens doutent encore que nos émissions de gaz à effet de serre (GES) soient à l’origine du désordre climatique. Parmi les pays où ces climatosceptiques sont les plus nombreux, citons l’Arabie Saoudite, la Norvège, l’Australie, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne. «C’est grave qu’autant de gens ne soient pas convaincus par le consensus scientifique très fort: on ne peut expliquer par des causes naturelles le réchauffement que nous connaissons actuellement», a réagi la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat.

causes mal connues

Les vraies grandes causes du réchauffement sont mal connues. De petites majorités considèrent que le thermomètre planétaire bondit à cause des rejets de GES (61%), de la pollution de l’air (45%) ou de la déforestation (44%). Ils sont presque aussi nombreux (42%) à penser que la chaleur fatale de nos activités industrielles ou le trou dans la couche d’ozone (31%) jouent un rôle dans le chamboulement du climat mondial. Ce qui est inexact.

8 terriens sur 10 ont bien compris que les centrales au charbon émettaient du CO2. Mais seulement 6 sur 10 pensent, à raison, la même chose des installations brûlant du gaz naturel. Une petite majorité (53%) considère aussi que les centrales nucléaires sont émettrices de gaz carbonique; tout comme les barrages hydroélectriques, pour 25%. S’ils n’émettent pas de dioxyde de carbone, les lacs de barrage émettent, dans certaines circonstances, de gros volumes de méthane, gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2.

Paradoxe. S'il est incontestable que les jeunes mènent la contestation internationale contre le laxisme climatique dont font preuve nombre de gouvernements, il est aussi flagrant de constater que les sondés de 16 à 24 ans sont moins enclins que leurs aînés à agir individuellement contre le réchauffement. Par exemple, en baissant le thermostat, en réduisant les déplacements en avion ou en adoptant une alimentation moins carnée.

A la question: quels risques fait courir le changement climatique à votre pays, les sondés placent dans le trio de tête la multiplication d’événements climatiques extrêmes (68%), la désertification et la sécheresse (46%) et les pollutions (44%). Malgré les arrivés de migrants sur les côtes sud de l’Europe, les risques liés aux déplacements de population n’arrive qu’en 9e position dans le classement (16%).

Tout le monde ne pense pas que les effets du réchauffement seront uniquement négatifs. Dans de nombreux pays nordiques (Canada, Russie, Norvège, Suède), en Chine, entre 40 et 50% des personnes estiment que les effets du réchauffement seront positives, dans certains cas, et négatives dans d’autres.

être partie à la solution

Conscients qu’ils détiennent une part de la solution, les citoyens semblent démunis face à l’ampleur de la tâche. Plus d’un terrien sur deux (55%) déclare ainsi avoir changé sa façon de vivre ou de consommer (+70% en France). Pour autant, ils ne sont que 23% à savoir «tout à fait» ce qu’il convient de faire au niveau individuel pour réduire son empreinte carbone. En France, ce chiffre est même inférieur à 10%. Dans ces actions du quotidien, les plus plébiscitées sont, notamment, le tri des déchets, la consommation de fruits et légumes de saison, la modération de la température du logement.

Est-on prêt à aller plus loin? Oui, si cela concerne les industriels. Non, si cela me touche directement. On trouve ainsi de grandes majorités de citoyens pour approuver le développement des énergies renouvelables, le remplacement des centrales au charbon par des centrales au gaz ou l’obligation faite aux propriétaires d’isoler leur logement. Les citoyens sont moins enclins à vouloir taxer la production de déchets ou l’importation de produits. L’instauration de péages urbains n’est soutenu que par 46% des sondés. Ca n’est pas rédhibitoire.

A Stockholm, moins de 35% des citoyens soutenaient, en 2005, le projet de nouveaux octrois. Ils sont désormais près de 70% à considérer positivement cette régulation du trafic automobile urbain. Une régulation qui, en Suède, sert à financer l’extension des transports collectifs.



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