Climat : la France trahie par l’effet rebond

Le 10 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les exportations françaises émettent 205 MtCO2/an.
Les exportations françaises émettent 205 MtCO2/an.

En lisant vite, la France n’aurait pas réduit d’un pouce ses émissions de CO2 en 17 ans. En fait, les bonnes performances carboniques de l’industrie ont été « annulées » par un accroissement de la production, des échanges et de la consommation.

 

Rien ne va plus dans la compétition carbonique mondiale. Vendredi 6 août, une commission officielle canadienne décernait à la France la médaille d’or de la politique climatique. Lundi, le Commissariat général au développement durable (CGDD) appelle le champion du monde à plus de modestie. Dans une étude sur l’évolution des émissions françaises de gaz carbonique, le CGDD montre que les performances « carbone » tricolores sont loin d’être époustouflantes.

En couplant les données produites par le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) à celles du service de l’observation et des statistiques du CGDD, le rapport montre une étonnante stabilité de nos émissions de CO2 depuis deux décennies. En 1990, les secteurs primaire, secondaire, tertiaire et les ménages ont rejeté 438 millions de tonnes de CO2 (MtCO2), soit, très précisément, une tonne de moins qu’en… 2007. On est donc très loin de l’obligation imposée par la loi Pope de 2005 de réduire de 3 % par an nos émissions de gaz à effet de serre.

Régulièrement lancés par les gouvernements depuis l’an 2000, les plans Climat ont-ils donc tous échoué ? Pas forcément, si l’on épluche les données du CGDD, émetteur par émetteur.

Les branches du secteur primaire (agriculture, pêche, sylviculture, extraction) ont vu leurs émissions légèrement diminuer (13 MtCO2 en 2007, contre 16 en 1990). Globalement, le secteur industriel a amélioré de 10 % son intensité carbone entre 1990 et 2007. Mais, dans le même temps, les activités de service ont accru de près de 25 % leurs rejets de dioxyde de carbone. La hausse observée pour les transports atteint, elle, 35 %. Comme le secteur primaire, les ménages sont d’une remarquable stabilité : 149 MtCO2/an en 1997, contre 150, 17 ans plus tard.

Cet apparent immobilisme illustre ce que les économistes appellent « l’effet rebond ». Ou comment les gains environnementaux obtenus par la diffusion du progrès technique et des bonnes pratiques ont été « annulés » par une utilisation accrue des ressources et de l’énergie. Car la France a, elle aussi, profité de l’évolution des techniques et des technologies . « Au cours de la période 1990-2007, confirme l’étude, le progrès technique réalisé en France a entraîné une baisse du niveau d’émission de CO2 de la production et de la consommation. » En conjuguant les effets de la baisse de l’intensité énergétique et de la diminution du contenu carbone de l’énergie (l’industrie s’électrifie de plus en plus et consomme donc une énergie de moins en moins carbonée), l’industrie aurait dû voir ses émissions chuter d’un tiers.

Hélas, trois fois hélas, « l’augmentation du niveau de la production et de la consommation a de façon générale compensé les effets de cette baisse. » L’illustration la plus évidente est l’automobile. Ces 20 dernières années, les voitures n’ont cessé de perdre du poids et de l’appétit pour les carburants. Des évolutions dont les conséquences, a priori positives, ont été gommées par l’accroissement du kilométrage parcouru. Autre exemple : l’énergie utilisée pour le chauffage voit son contenu en carbone se réduire d’année en année. A contrario, la surface occupée par les particuliers ne cesse d’augmenter. Et des maisons ou des appartements plus grands (à performance thermique comparable), c’est plus d’énergie consommée pour les maintenir à une température constante.

Autre phénomène masquant la « décarbonisation » de l’Hexagone : le commerce extérieur. Selon des donnée, malheureusement vieilles de 5 ans, « l’ensemble des importations de la France serait directement et indirectement responsable de l’émission de plus de 340 MtCO2. » Autant que les émissions de l’industrie et des ménages réunies ! Le bilan des exportations n’est pas insignifiant non plus. « L’ensemble des exportations françaises serait à l’origine de 205 MtCO2, dont 95 émises sur le territoire et 110 émises à l’étranger », précise l’étude. Plus que les émissions néerlandaises 



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