Climat: la France présente son plan d’adaptation

Le 20 juillet 2011 par Célia Fontaine
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Le Giec n'exclut pas une hausse moyenne des températures pouvant aller jusqu'à 3,5°
Le Giec n'exclut pas une hausse moyenne des températures pouvant aller jusqu'à 3,5°

«Un plan national d'adaptation climatique pour les différents secteurs d'activité sera préparé d'ici 2011», prévoyait la loi Grenelle I du 3 août 2009 dans son article 42. C’est désormais chose faite. Nathalie Kosciuskot-Morizet, la ministre en charge de l’écologie, a en effet présenté aujourd’hui 20 juillet le plan 2011-2015, composé de 230 mesures pour se préparer au changement climatique.

La France est le premier pays européen à se doter d’un tel outil. Car «plus on s’y prend tôt, moins c’est coûteux», a fait remarquer NKM lors de la conférence de présentation du plan. Trois groupes de travail réunissant les 5 collèges «grenelliens» ont planché depuis fin 2009 sur les mesures et les financements à mettre en place pour limiter les impacts négatifs du réchauffement (dans le JDLE).

La concertation, coordonnée par Paul Vergès, président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), aura permis de recueillir les avis pour la définition du Plan national mais également de mobiliser l’ensemble des acteurs pour que l’adaptation soit reconnue au même titre que l’atténuation (limitation de nos gaz à effet de serre). «Il faut agir sur les deux fronts. On n’a plus le temps ou le luxe de choisir entre les deux», confirme Pierre-Franck Chevet, directeur de l’Onerc et de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) au ministère en charge de l’écologie.

Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) se réunit depuis le début de la semaine à Brest, Jean Jouzel, son vice-président, revient sur ce qui nous attend dans les décennies à venir. «Si les réchauffements ne seront pas homogènes, on peut déjà dire que le quart Sud-Est de la France sera le plus touché, surtout en été où les jours de canicules pourraient passer de 20 jours par an à 80 jours».

Avec une hausse des températures, qui peut varier de 2° à 3,5° d’ici la fin du siècle selon les scénarios retenus[1], les sécheresses se feront plus intenses et plus fréquentes, les glaciers fondront plus rapidement, et les habitations proches de la mer seront submergées par les eaux. Nombreux sont les secteurs d’activité qui seront affectés, comme la filière agricole l’est dés à présent.

Le plan proposé pour s’adapter à cette situation inéluctable est composé de plus de 80 actions déclinées en près de 230 mesures. «Aux 171 millions € directement dédiés aux nouvelles mesures s’ajoutent 391 M€ au titre des investissements d’avenir qui participeront de près ou de loin à l’adaptation, notamment dans les domaines de la biodiversité, de la santé, ou de l’agriculture. Par ailleurs, plusieurs mesures déjà financées dans le cadre du plan sécheresse et du plan submersion rapide (500 M€ sur 2011-2016) participent également de son financement», rappelle la ministre.

Globalement donc, pas de grandes nouveautés, puisqu’il ne s’agit pas de créer de nouveaux outils d’adaptation, mais de mettre de l’adaptation dans les instruments existants.

Par exemple, en matière d’économies d’eau, le plan prévoit un ensemble de mesures pour économiser 20% d’eau prélevée en 2020, à travers l’action des agences de l’eau, des programmes de détection et réduction des fuites dans le réseau et d’aide à la récupération des eaux de pluie ou des eaux usées. Il est urgent d’agir sur ce point, car si certaines villes comme Paris, Toulouse ou Rennes affichent des taux de pertes ne dépassant pas 5%, d'autres, comme Nîmes, grimpent à 40%. «Localement, on constate même des taux de perte dépassant 50, voire 60%», révélaient 60 millions de consommateurs et France Libertés dans un communiqué de fin juin dernier (dans le JDLE). A l’horizon 2050 le déficit est estimé à 2 milliards de mètres cubes.

Pour France Nature Environnement (FNE), le plan n’insiste pas assez sur la participation du monde agricole à l’adaptation: «réduire la consommation d’eau de 20% est possible si l’agriculture fait la moitié de l’effort, car c’est ce secteur qui consomme le plus», a déclaré Benoît Hartmann, porte parole de la fédération. Et de poursuivre: «avant de penser à créer des réservoirs d’eau comme le gouvernement veut le faire, il faut mieux planter des espèces rustiques, qui demandent peu d’irrigation».

Autre axe mis en avant par le ministère, celui de la santé. Avec l’élévation de la température, certaines pathologies (dont les allergies liées à l’ambroisie) ou vecteurs de maladies (comme les moustiques qui transmettent le paludisme) risquent de proliférer. Avant la fin de l’année, des études seront lancées pour renforcer la surveillance des pollens mais aussi des insectes vecteurs et des micro-organismes qui produisent des toxines. «Un groupe de veille santé-climat sera également créé au sein du Haut conseil de la santé publique (HSCP) chargé d’évaluer les données, d’alerter et de faire des recommandations aux pouvoirs publics», précise NKM.

Les forêts ont aussi besoin d’être protégées. Avec un climat plus doux, la forêt française devrait d’abord connaître une croissance accélérée, mais celle-ci sera suivie d’un dépérissement à cause de l’assèchement du sol et des incendies qui se multiplieront. «Les forêts de hêtres vont être particulièrement mises à mal, il faut donc trouver des espèces plus résistantes au changement climatique, diversifier les ressources génétiques des arbres», a souligné Jean-Marie Michel, qui a participé à l’élaboration du plan. Outre-mer, une attention particulière sera apportée aux forêts guyanaises, au grand potentiel génétique.

Les infrastructures de transports devront être contrôlées. Sont-elles aujourd’hui capables de supporter des températures plus importantes et des cycles de gel/dégel plus fréquents? En 2003, lors de la canicule qui a fait souffrir l’Hexagone, la chaleur avait entraîné une diminution de vitesse des trains, et à certains endroits, les rails avaient même été déformés. Aujourd’hui, certaines routes côtières doivent déjà faire face à l’érosion amplifiée par la hausse du niveau marin[2]. «Une modification des normes sera nécessaire pour s’assurer que les routes et leur revêtement, d’une durée de vie de plusieurs décennies, restent valables avec un climat différent de celui que l’on connaît aujourd’hui», a précisé la ministre.

Toutes ces mesures seront réglementaires, il n’y aura donc pas de débat devant le Parlement. Les collectivités territoriales devront s’impliquer, notamment en ce qui concerne le réseau d’eau potable (économies d’eau). Les entreprises aussi seront amenées à participer à la mise en œuvre du plan, notamment en ce qui concerne les Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).

Le plan sera suivi annuellement dans le cadre d’un Comité d’évaluation. Une évaluation à mi-parcours aura lieu fin 2013 et en 2015, date à laquelle il doit s’achever.

 



[1] Les simulations se basent sur deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Le scénario B2 est plutôt optimiste (augmentation de la température moyenne de 2° à 2,5° entre la fin du 20e et la fin du 21e siècle). Le scénario A2 est plus pessimiste (augmentation d’environ 3 à 3,5°).
[2] le plan prévoit de renforcer l’observation des côtes françaises et d’intégrer le risque de submersion dans les plans littoraux

 



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