Climat: la France mal engagée pour atteindre ses objectifs à long terme

Le 20 avril 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La France doit réduire de 3% par an ses émissions de gaz à effet de serre.
La France doit réduire de 3% par an ses émissions de gaz à effet de serre.
Carbon Visual

Quatre ans après un premier audit, le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) confirme l’insuffisance des moyens mis en œuvre par la France pour diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre.

 

Cela ne pouvait pas plus mal tomber. Mercredi 19 avril, la ministre de l’environnement s’en est donné à cœur joie. Dans l’une de ses ultimes communications faites au gouvernement, Ségolène Royal s’est fait un devoir de dire tout le bien qu’elle pense de l’application de SA loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

«Cette loi fixe l’objectif d’atteindre 40% de renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2030» (anticipant l’objectif du paquet Energie Climat 2030 européen); «la stratégie nationale bas carbone (SNBC) a été publiée en novembre 2015» (mais la programmation pluriannuelle de l'énergie -PPE- ne parle pas d’énergie nucléaire qui représente 40% de l’énergie primaire); lancement de 554 territoires à énergie positive; émission de 7 milliards d’obligations vertes. En résumé: «Ces résultats sont une force pour continuer à assumer un leadership sur l’application de l’Accord de Paris».

Objectifs de Paris

Est-ce si sûr? Et bien non. Quatre ans après une première étude, le CGEDD a évalué nos chances d’atteindre, précisément, nos ‘objectifs de Paris’. Dit autrement, la France est-elle capable de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050?

Rien n’est moins sûr. Certes, les auteurs reconnaissent que les temps sont désormais plus cléments qu’en début de mandat de François Hollande: entrée en vigueur de l’accord de Paris, stratégie européenne (toujours pas formellement adoptée par les 28), «y participent, ainsi que la LTECV et la SNBC».

A cet éclaircissement du ciel réglementaire s’ajoutent les progrès de la technologie: diminution (non anticipée) du coût des énergies renouvelables et des moyens de stockage de l’énergie, notamment.

INDC insuffisantes

Pour autant, les obstacles restent nombreux. Globalement, la concentration de GES dans l’atmosphère ne cesse de progresser, rendant toujours plus importants les efforts à produire pour stabiliser à 2°C. Résumées dans les INDC, les promesses faites par près de 200 Etats avant la COP 21 restent très insuffisantes. «Les INDC permettent de faire la moitié du chemin qui nous sépare de l’objectif des 2°C», rappelait Pascal Canfin, le directeur général du WWF-France.

Voilà pour le global. En France, il y a beaucoup à faire aussi, reconnaissent les experts du CGEDD. Et cela ne date pas d’hier: «La plupart des recommandations du rapport de 2013 restent valables, quoique non nécessairement reprises dans le présent rapport d’actualisation, et peuvent parfois être complétées.»

En gros, nous ne savons toujours pas décarboner l’agriculture et la sylviculture, lesquelles représentent tout de même 20% de nos rejets de GES. Sujet régulièrement cité dans leur discours par les candidats mais toujours oublié par les ministres et les présidents: l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments est à la remorque. «Le secteur du bâtiment est très en retard par rapport aux ambitions affichées en matière de rénovation, il souffre de l’insuffisance de données fiables sur l’effet des rénovations effectuées et nécessite un accompagnement, voire quelques obligations», osent les auteurs.

Le déploiement des énergies renouvelables se fait à un rythme bien trop lent. Pis, les réseaux de transport et de distribution d’électricité ne sont pas prêts à intégrer ces nouvelles sources de production d’énergie, souvent intermittentes.

Trop sur la voiture électrique

Autre critique: la stratégie de décarbonation des transports (29%). Pour les spécialistes, on peut réduire les émissions en mettant sur le marché des carburants moins (ou pas) carbonés, en améliorant l’efficacité des véhicules et en proposant de nouvelles formes de mobilité. Or les deux dernières administrations ont tout misé ou presque sur le développement de la voiture électrique. Mais pas assez, au hasard, sur la fiscalité des carburants et du transport routier.

En résumé, pour atteindre le fameux Facteur 4 climatique, nous devons limiter à 137 millions de tonnes équivalent CO2 nos émissions annuelles en 2050. Ce qui nous oblige à les réduire de plus de 3% par an, deux décennies durant: un rythme «à peu près respecté sur les années récentes mais qui devient de plus en plus difficile à tenir et n’est pas garanti pour les années à venir, compte tenu du contexte macro-économique» (évolution des prix du pétrole, par exemple). 

Bref, pour conquérir le leadership climatique, cher à Ségolène Royal, la France doit poursuivre et renforcer ses efforts. Par exemple, en réduisant toujours plus notre demande d’énergie, d’eau et de matières premières. Mais aussi en verdissant notre production d’énergie et notre mobilité. En portant un coup d’arrêt définitif à l’artificialisation des sols, source d’émissions indirectes et réductrice des puits de carbone agricoles et sylvicoles. Sans oublier, évidemment, l’amélioration de la dizaine de millions de logements où vivent, tant bien que mal, les ‘précaires énergétiques’. Plus qu’un programme électoral, un projet de société.

 



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