Climat: l’urgence de la mobilisation agricole

Le 30 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Manger ou conduire, fraudra-t-il choisir ?
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Stéphane Le Foll présente l’esquisse d’une politique d’atténuation des émissions agricoles de gaz à effet de serre. Pas sûr que ce soit suffisant.

On l’oublie parfois, l’agriculture est un secteur qui contribue activement au renforcement de l’effet de serre. Avec leurs émissions de méthane et de protoxyde d’azote[1], deux puissants gaz à effet de serre (GES), les activités agricoles et sylvicoles émargent au deuxième rang des secteurs les plus émetteurs de l’Hexagone, après les transports, rappelle le dernier inventaire du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa).

Atténuation et adaptation

Un an avant l’ouverture du sommet climatique de Paris (COP 21), il n’est donc pas étonnant que le gouvernement s’empare de cette question. Mercredi 29 octobre, le ministre de l’agriculture a exposé les esquisses d’une politique d’atténuation et d’adaptation de l’agriculture et de la forêt.

Dans sa communication au gouvernement, Stéphane Le Foll commence par rappeler l’évidence: en changeant de pratique, on peut réduire l’empreinte carbone de l’agriculture. «Les changements de pratiques et de systèmes de culture permettraient, selon une récente étude de l‘Institut national de la recherche agronomique (Inra), une réduction de près de 30 millions de tonnes équivalent CO2 par an à l’horizon 2030 en France, pour des émissions annuelles de GES de 102 Mt.»

Catalogue d’évidences

Trois types d’actions sont identifiés: réduction des émissions de méthane issues des élevages et de leurs effluents, par l’essor de la méthanisation et une meilleure gestion des déjections animales; stockage du carbone en terre, notamment par le développement du semis direct, de l’agroforesterie et de la création de haies; gestion de l’azote par une fertilisation «mieux raisonnée» et l’accroissement de la culture des légumineuses qui fixent naturellement l’azote atmosphérique.

Outre ces évidences, le ministre rappelle que «la protection des prairies et la maîtrise de l’artificialisation des sols, la réduction du gaspillage alimentaire ou le développement des biomatériaux sont autant de leviers supplémentaires pour réduire nos émissions de GES».

Voilà pour l’atténuation.

Au chapitre de l’adaptation au réchauffement, Stéphane Le Foll attaque d’emblée la question de l’eau. Le ministre estime indispensable l’amélioration de l’efficience de l’irrigation. Au risque de déplaire aux opposants au barrage de Sivens, il appelle à «la création de stockages de substitution [qui] permettront de réduire la pression sur les ressources les plus tendues».

Sera-ce suffisant pour conjuguer besoins alimentaires croissants et indispensable réduction des émissions? Pas sûr. Une étude, publiée en début de semaine par Environmental Research Letters, montre que la poursuite du modèle agricole actuel conduit inévitablement à doubler les émissions de protoxyde d’azote.

Pour Eric Davidson (Woods Hole Research Center) et David Kanter (université Columbia), la stabilisation des rejets de N2O (majoritairement d’origine agricole) passe aussi par un changement des habitudes alimentaires (moins de recours aux produits d’origine animale), un bouleversement des pratiques culturales et sans doute une moindre production d’agrocarburants.

 



[1] Le pouvoir de réchauffement global (PRG) du méthane est 21 fois supérieur, sur un siècle, à celui du gaz carbonique. Le PRG du protoxyde d’azote est 310 fois supérieur à celui du CO2.

 



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