Climat : l’eau, une ressource précieuse mais oubliée

Le 24 mars 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
L'agriculture consomme 70% des prélèvements au niveau mondial
L'agriculture consomme 70% des prélèvements au niveau mondial

Un rapport publié le 22 mars par l’ONU-Eau montre que l’eau est largement oubliée des politiques climatiques nationales. Elle a pourtant un rôle majeur à jouer dans les stratégies d’atténuation et d’adaptation.

Si certaines ressources en eau sont touchées de plein fouet par les changements climatiques, leur bonne gestion pourrait régler de nombreux problèmes. Tel est le message positif qui ressort de ce nouvel opus annuel réalisé conjointement par l’Unesco et l’ONU-Eau. «On aurait tort de ne voir la question de l’eau que sous l’angle d’un problème ou d’une insuffisance. Une meilleure gestion de l’eau peut appuyer les efforts visant à atténuer et à s’adapter aux effets des changements climatiques», résume Richard Connor, son coordinateur.

Problèmes d’approvisionnement

Multiples, les impacts du réchauffement sur l’eau sont connus. Appauvrissement des ressources, débit réduit des cours d’eau, risques accrus de pollution. Et bien sûr des effets en cascade sur la santé, la production alimentaire, le secteur énergétique, la biodiversité, etc. Dernière estimation en date, la fonte des glaciers expose 2 milliards de personnes à des problèmes d’approvisionnement. En parallèle, les volumes prélevés ont sextuplé en un siècle[1]. Une hausse vertigineuse qu’il est indispensable de freiner.

Une myriade de solutions

Moins médiatiques les atouts du secteur n’en sont pas moins essentiels. Ainsi, les zones humides stockent du carbone. Les usines de traitement des eaux usées peuvent être autonomes au plan énergétique par transformation de la matière organique en biogaz. L’agriculture dite de conservation consomme beaucoup moins d’eau que sa cousine conventionnelle et est moins gourmande en fertilisants et pesticides. Intéressant pour un secteur qui avale 70% des prélèvements dans le monde. Vantée à maintes reprises, la réutilisation des eaux usées offre aussi une ressource précieuse à l’irrigation. Ce potentiel a d’ailleurs été détaillé dans le rapport de l’ONU-Eau publié en 2017, alors que 2% des eaux traitées le sont effectivement.

Ni actions concrètes, ni financements

«Malheureusement, un nombre limité de contributions climatiques nationales ont intégré une stratégie sur l’eau. Et lorsque c’est le cas, cette stratégie reste le plus souvent théorique, sans être accompagnée d’actions concrètes ni de financement dédié», se désole Richard Connor. Au plan financier, la lutte contre le changement climatique a mobilisé plus de 500 milliards de dollars (465 Md€) en 2017 au niveau mondial, dont 0,17 Md$ seulement étaient affectés à la politique de l’eau. Logiquement, les auteurs du rapport en appellent à la responsabilité des Etats pour rehausser leurs ambitions.   

Quelle stratégie en France ?

En France, la deuxième séquence des Assises de l’eau –dédiée au grand cycle– s’est conclue, en juillet 2019, par différentes annonces dont la réduction des prélèvements de 10% en 2025 et de 25% en 2035. Mais ces objectifs ne s’appuient sur aucune mesure contraignante. Par ailleurs, plusieurs associations dont France Nature Environnement estiment qu’il faut réduire la pression sur la ressource d’au moins 40% entre 2020 et 2040.



[1] La population mondiale a quadruplé durant cette même période.