Climat: l’Académie des sciences conforte le nucléaire français

Le 04 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une institution veille de 350 ans.
Une institution veille de 350 ans.
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Pour l’institution du Quai Conti, le nucléaire est l’arme fatale pour alléger l’empreinte carbone des nations.

Presque en catimini, mais c’est une habitude dans cette maison, l’Académie des sciences française a mis en ligne le 3 novembre un nouvel avis sur le climat. Le pire n’est plus à craindre. Ces derniers mois, les deux secrétaires perpétuels, Catherine Bréchignac et Jean-François Bach, laissaient entendre que la vieille maison du Quai Conti pourrait publier, à l’occasion de la COP 21, un avis en partie rédigé par des académiciens climato-sceptiques. Ce qui aurait pu faire tâche pour le pays-hôte du sommet climatique. Nous n’en sommes plus là.

L’origine humaine du réchauffement

Non signée, la note du 3 novembre ne porte d’ailleurs pas sur l’état des connaissances des changements climatiques, des facteurs déclenchants ni de leurs conséquences. Non, cette fois, les académiciens se font focalisés sur le réchauffement et le système énergétique. Beau sujet, en vérité. Mais fallait-il mobiliser d’éminents scientifiques pour produire un tel opuscule?

En préambule, la note reprend à son compte les conclusions du rapport de 2010 sur le changement climatique. En résumé: le réchauffement existe, son origine est «incontestablement» humaine (notamment les rejets de CO2), il constitue une menace pour le climat et pour les océans, l’activité solaire n’est pas dominante dans le déclenchement du Global Warming. On est loin du débat organisé entre les académiciens climato-sceptiques et les climatologues pour tenter de définir une position médiane.

Un effort global

Mais revenons au système énergétique. Comme le font tous les experts depuis des années, les académiciens constatent que, sous le double effet de la démographie et du développement, la consommation mondiale d’énergie va progresser dans les années et les décennies qui viennent. A la rubrique des lapalissades, les auteurs estiment que la réduction des émissions impose un effort global, «notamment de ceux qui sont les plus gros émetteurs». Les académiciens auraient-ils eu vent de l’existence des INDC[1]?

Plus sérieusement, au chapitre des solutions, les rapporteurs estiment que «les solutions actuelles ne peuvent apporter que des réponses partielles au problème majeur de la réduction substantielle de l’utilisation des combustibles fossiles». Raison pour laquelle «il faut poursuivre les travaux sur le climat». Comprenne qui pourra. En quelques lignes, les rapporteurs soulignent l’intérêt d’améliorer l’efficacité énergétique, d’explorer les possibilités nouvelles issues du numérique (réseaux communicants), de développer le stockage d’électricité, d’étudier les capacités de stockage du carbone produit par la valorisation de la biomasse.

Option nucléaire

Mais le gros du sujet reste l’énergie nucléaire. Passant sur le fait que l’atome ne produit que 4% de l’énergie primaire mondiale (un oubli, sans doute), les académiciens rappellent que cette source d’énergie «place la France dans le groupe de tête des pays développés les moins émetteurs de gaz à effet de serre». Indiscutable pour la production d’électricité (seule la Norvège fait mieux), mais faux pour d’autres secteurs. Entre 1990 et 2013, les émissions de GES imputables au transport ont progressé de 10% dans l’Hexagone. Dans le même temps, l’industrie tricolore a abattu de 26% ses rejets de GES, certes en améliorant ses procédés, mais aussi en implantant à l’étranger de nombreuses unités de production, dont les émissions ne sont plus comptabilisées en France. Fustigeant la politique énergétique allemande, la note affirme «qu’il y a une contradiction à vouloir diminuer les émissions de GES tout en réduisant la part du nucléaire». Or le secteur électrique allemand a réduit de 13% ses rejets carbonés entre 1990 et 2013. Et de 5% encore entre 2013 et 2014, rapporte le ministère fédéral de l’environnement.

Les thuriféraires de l’atome rappellent cependant que cette technologie est «peu adaptée à des pays ne disposant pas d’une infrastructure scientifique et d’une culture technologique suffisantes qui permettent d’assurer la sûreté de fonctionnement». Raison pour laquelle Areva vend ses réacteurs Atmea à la Turquie qui n’exploite aucune centrale nucléaire. Ou que le géant atomique français rêve encore d’équiper l’Arabie saoudite d’EPR.

 



[1] INDC: contribution décidée à l'échelle nationale (intended nationally determined contribution)

 



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