Climat : grande action de désobéissance civile à La Défense

Le 19 avril 2019 par Victor Miget
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République des pollueurs
République des pollueurs
Victor Miget

Plus de 2000 activistes ont bloqué, ce vendredi 19 avril, les sièges sociaux de Total, EDF de la Société Générale. Etaient aussi visés les services du ministère de la transition écologique et solidaire. Par cette action, les militants ont voulu rappeler l'urgence climatique et dénoncer une «alliance toxique» entre l'État et les multinationales.

Le calme est trompeur sur la place de la Fontaine des Innocents, dans le centre de Paris. Il est tôt, la capitale s'éveille. Nous attendons le top départ de Greenpeace, des Amis de la Terre et de ANV-COP21. Jusqu'au dernier moment, les ONG ont gardé le secret sur les lieux ciblés pour cette journée de désobéissance civile à laquelle elles ont convié les journalistes. Objectif: dénoncer «la République des pollueurs». Dit autrement: les liens supposés entre exécutif et grandes entreprises qui empêchent toute décarbonation de notre économie.

énergie, banque, état

Des porte-parole nous invitent à les suivre dans le métro. Ligne 1, direction La Défense, nous devinons notre destination… Arrivés sur place, changement de décor et de ton. Au calme fait place les slogans scandés: «on est plus chauds, on est plus chauds que le climat»; «Totalement irresponsable». Sur la dalle de béton du quartier d’affaires, sur les murs, des inscriptions: «Macron, président des pollueurs». Le siège de Total est scindé d'un bandeau «Scène de crime climatique ».

Les militants prennent rapidement possession des lieux et bloquent les accès des tours Total, Société Générale, EDF et du ministère de la Transition écologique et solidaire. L’emplacement de cette dernière les interpelle: «étrange qu’elle se situe au cœur de La Défense, entourée des entreprises les plus polluantes de la planète. C'est cette collusion entre gouvernement et pollueurs qui fait que nous ne parvenons pas à avancer dans les tentatives de régulation», affirme Juliette Renaud, responsable de campagne aux Amis de la Terre. Et la militante de (faussement) rappeler qu'EDF ne produit que 10% d'énergies renouvelables contre 70% de nucléaire, que Total fait partie des 20 entreprises émettant le plus de CO2 dans le monde et que la Société Générale investit massivement dans les énergies fossiles.

Des blocages qui ont duré

Les écologistes font irruption dans les bâtiments. Dans le hall de la tour futuriste d'EDF, ils bloquent ascenseurs, portiques, et s‘enchaînent pour empêcher les salariés d'entrer ou de sortir. Badauds et employés contemplent le spectacle, mi-amusés, mi-agacés. Un fonctionnaire du ministère dit comprendre et soutenir le mouvement. Fanny, employée de Total, aimerait bien aller travailler. «J'entends les revendications mais je ne soutiens pas la méthode.» Elle s'amuse au passage de voir certains militants porter des vêtements en polyester, un dérivé du pétrole.

Dans l'ensemble, l'ambiance est bon enfant. Tout se passe dans le calme et la bonne humeur.. À chaque point de blocage et sur l'esplanade, les activistes tractent et les porte-paroles expliquent les raisons de cette mobilisation.

Rendez-vous le 24 mai

En début d'après-midi, les militants sont toujours là. Les forces de l'ordre commencent à les déloger. Aucun débordement n'est à signaler. Contrairement aux manifestations d’activistes à Londres qui se sont soldées, en fin de semaine, par plus de 300 arrestations.

Le Gouvernement n’a pas manqué de réagir à cette vaste mobilisation. Dans un tweet, le ministre de la transition écologique, François de Rugy, lance «aux quelques militants radicaux qui ciblent le Président et le Gouvernement : vous vous trompez d’ennemis ! Interdiction de l’exploitation des gaz de schiste, sortie du charbon, remplacement des chaudières au fioul, loi énergie-climat. Nous agissons !»

Bilan de cette journée de désobéissance civile, 2030 personnes ont montré leur détermination à se battre pour le climat, malgré les menaces de garde à vue. Rendez-vous est pris le 24 mai  pour une nouvelle manche.



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