Climat: Exxon savait, parmi d’autres

Le 17 septembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Tout est dans le rapport, sauf le programme d'action.
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Une enquête, publiée par le site Insideclimatenews, révèle la connaissance que le plus grand groupe pétrolier mondial avait du changement climatique et de ses origines, dès la fin de années 1970.

Le plus grand pétrolier du monde aurait pu devenir un chevalier de la lutte contre le réchauffement. C’est, en substance, ce que l’on peut retenir d’une enquête, mise en ligne ce jeudi 17 septembre par le site Insideclimatenews.

Selon ses auteurs, Neela Banerjee, Lisa Song et David Hasemyer, le conseil d’administration de la première des Majors a été informé, dès l’été 1977, des conséquences climatiques d’un accroissement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Un an plus tard, James Black, un scientifique maison, estime que le doublement de la concentration de CO2 dans l’air pourrait accroître la température moyenne globale de 2 à 3°C. Aussi étonnant que cela paraisse, la compagnie basée à Irving (Texas) décide de mener ses propres recherches. Plus de 10 ans durant, Exxon étudiera ce phénomène susceptible de compromettre ses activités. L’Esso Atlantic, un pétrolier, est même équipé pour réaliser des mesures en continu de CO2 dans l’air.

Jusqu'à 3°C de réchauffement

Le 1er avril 1982, une première synthèse des travaux circule dans les couloirs de la direction de la recherche et de l’ingénierie du groupe. Très clairement, la note de 46 pages confirme que la consommation d’énergies fossiles accroît la concentration de gaz à effet de serre. Au rythme de la demande de l’époque, les scientifiques Exxon estiment que la concentration de CO2 atteindra 680 ppm en 2090: de quoi réchauffer la planète de 1,3°C à 3,1°C.

Ce réchauffement, précisent-ils, «ne sera pas uniforme à la surface de la terre. La température pourra augmenter jusqu’à 10°C aux pôles mais pratiquement pas à l’Equateur.» Des années plus tard, les rapports du Giec ne disent pas autre chose. La note reconnaît que la réduction de l’effet de serre impose une forte baisse de la consommation de combustibles et de carburants fossiles ou l’utilisation de substituts, introuvables à l’époque. Fort heureusement, soulignent les chercheurs «les sérieux problèmes climatiques ne devraient pas se produire avant la fin du XXIe siècle ou peut-être plus tard encore.»

pas les seuls à savoir

Bref, en un mot comme en cent, les dirigeants de la plus grande compagnie pétrolière du monde connaissaient les effets à venir des émissions croissantes de CO2. Six ans avant la création du Giec. Etaient-ils les seuls? Evidemment, non.

En 1960, les premiers climatologues américains avaient rédigé, pour le président Johnson, un rapport sur le sujet. Leur verdict: un réchauffement prévisible pouvant aller jusqu’à 4°C, l’acidification des océans, la montée du niveau des mers[1]. Bien des années avant, en 1953, Gilbert Plass, un physicien passé chez le constructeur d’avions Lockheed, avait calculé, à l’aide des premiers ordinateurs, qu’un doublement de la concentration de dioxyde de carbone allait faire grimper de 3,6°C la température moyenne globale. Pile poil, ou à peu près, ce que dira le Giec, plus de 40 ans plus tard.

Nier plutôt que combattre

Faut-il blâmer Exxon de ne pas avoir agi en toute connaissance de cause  Sans doute. Mais il y a plus grave. La compagnie américaine était loin d’être la seule à imaginer les conséquences (les principales, du moins) de l’utilisation du pétrole. Pour preuve, la note de 1982 se base sur des articles publiés par la presse scientifique et des études ouvertes. Plus problématique, en revanche, est la suite qu’elle a donné à ses trouvailles. Comme le rappelait, récemment, Greenpeace Exxon a préféré, des décennies durant, nier la réalité du changement climatique et de ses origines et financer, à coup de millions de dollars, les médias et les personnalités qui jetaient le doute sur les travaux des climatologues. Les vrais.



[1] In Scénarios d’avenir, futurs possibles du climat et de la technologie, Armand Colin, 2012.

 



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