Climat: Donald Trump pire que George W. Bush?

Le 09 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Donald Trump sera le 45e président des Etats-Unis.
Donald Trump sera le 45e président des Etats-Unis.
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Comme le président texan en son temps, le milliardaire new-yorkais veut freiner les investissements en faveur des économies d’énergie, des renouvelables et du climat. Et si le monde s’en moquait?

Pour le Global Warming, l’Amérique reste une malédiction. Non parce que l’Hyperpuissance est toujours le second émetteur mondial de gaz à effet de serre (derrière la Chine). Mais parce que Washington gâche rarement l’occasion de torpiller une dynamique mondiale en faveur du climat.

Souvenez-vous, c’était le 11 juin 2001. A la veille d’un voyage en Europe, le président nouvellement élu, un certain George W. Bush, annonce le retrait des Etats-Unis du protocole de Kyoto, coulant définitivement le premier accord contraignant de régulation des rejets carbonés. Il faudra 14 ans de négociations internationales pour en signer un autre: l’Accord de Paris. Pendant ce temps-là, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 7%, nous rappelle la Nasa.

L’histoire se répète

Avec la victoire inattendue de Donald Trump, ce 8 novembre, l’histoire semble se répéter. Tout au long de sa longue campagne électorale (18 mois), le futur 45e président des Etats-Unis n’a cessé de diminuer l’importance des problématiques environnementales et climatiques.

Bien qu’il ait signé, en 2009, une pétition appelant les chefs d’Etat (dont Barack Obama) à conclure un accord ambitieux pour lutter contre le réchauffement, le milliardaire new-yorkais considère désormais que le réchauffement est un canular monté par la Chine pour détruire l’économie américaine. Il y a plus grave.

Contrairement à George W. Bush, Donald Trump a juré de démanteler l’intégralité du corpus juridique et normatif censé permettre à cette économie américaine, justement, de réduire progressivement son intensité carbone et d’augmenter sa performance énergétique. Bref, d’être plus efficace, plus rentable.

5.000 milliards à réaffecter

Le 3 septembre dernier, le candidat des Républicains annonçait la réaffectation des 5.000 milliards de dollars (d’où sortent-ils seulement?) des plans climat et d’éradication du charbon du secteur de l’électricité. Probablement vers les énergies fossiles. Son conseiller énergie, Kevin Cramer propose d’instaurer une légère taxe carbone pour financer la recherche sur le ‘charbon propre’. Car le président Trump (comme François Mitterrand en 1981) veut relancer la production de charbon. Et, accessoirement, le développement des systèmes de captage-stockage de CO2.

Forer partout

Durant la prochaine mandature, les pétroliers pourront forer n’importe où, notamment en Arctique et dans les eaux américaines. Comme d’habitude depuis Nixon, l’Amérique doit gagner son indépendance énergétique, à n’importe quel prix. Les énergies renouvelables ne seront pas pour autant interdites, à condition qu’elles soient exclusivement financées par de l’argent privé. «Les renouvelables ont leur place. Mais notre mode de vie, ce sont les énergies fossiles», résume Kevin Cramer. Bref, les renouvelables devront se financer toutes seules, quand pétrole, charbon et gaz seront subventionnés par le contribuable américain, auquel Donald Trump a aussi promis d’importantes baisses… d’impôts. Comprenne qui pourra. En fait, c’est simple.

Plus d’argent pour l’ONU

Cette relance sera financée par de sérieuses économies. Dès 2018, Washington cessera de régler ses contributions aux institutions onusiennes travaillant sur le climat. Invoquant une loi de Bill Clinton sur les relations internationales de 1994, qui interdit aux Etats-Unis de verser leur obole à des institutions onusiennes reconnaissant comme membre un Etat ou une organisation auquel la communauté internationale n’a pas reconnu le statut d’Etat à part entière (la Palestine, au hasard?), l’administration Trump ne devrait plus créditer les comptes du secrétariat de la convention Climat (CCNUCC) et du fonds vert pour le climat.

Prenant au mot ses promesses, les experts de Lux Research ont évalué le bilan carbone de deux mandats de Donald Trump. Verdict des chercheurs: en 2024, les émissions US de CO2 devraient flirter avec les 6 milliards de tonnes par an: 16% de mieux que sous une présidence Clinton.

Doté de moins de 100 M$ (91 M€) par an, le secrétariat de la CCNUCC devra trouver de nouvelles ressources en cas d’arrêt de la pompe à dollars. En revanche, la fin des subsides US pourrait mettre le fonds vert sur la paille. Barack Obama avait promis de lui octroyer 3 Md$ (2,7 Md€), sur les 10 qui seront avancés par les pays les plus industrialisés.

En mai dernier, Donald Trump avait montré sa grande méfiance vis-à-vis de l’Accord de Paris : «Je vais regarder ça très attentivement. Mais au minimum, je renégocierai cet accord, je dis bien au minimum. Et au maximum, je ferai autre chose», déclarait-il à l’agence Reuters. Faire autre chose, cela peut signifier que l’administration Trump se retirera de l’accord entré en vigueur le 4 novembre. L’article 28 stipule qu’une partie ne peut quitter l’accord que 4 ans après son entrée en application: le 4 novembre 2020. Donald Trump tentera alors de se faire réélire.

L’agence fédérale de l’environnement (EPA) sera profondément restructurée. Transformée en une autorité indépendante (sur le modèle de la Nuclear Regulatory Commission), l’EPA version Trump verra son action recentrée sur la qualité de l’air et de l’eau. Il lui sera interdit de réguler les émissions de CO2, droit pourtant confirmé par la Cour suprême.

Alors que, de New York à Los Angeles, les partisans du président élu fêtaient leur victoire, les diplomates et experts participant à la COP 22 ont commencé, très tôt, à commenter la nouvelle donne climatique.

L’ancien patron du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), Achim Steiner, ne s’en fait pas trop: «Le résultat des élections américaines laisse entendre que la prochaine administration devrait faire évoluer la politique climatique. Cela étant, quelles que soient la posture et la politique des Etats-Unis, l’économie globale a déjà entamé son basculement vers un future bas carbone.» Même ton posé au sein du gouvernement indien: «Quel que soit le résultat des élections, cela ne changera rien aux négociations de Marrakech», insiste le ministre de l’environnement de l’Inde, Anil Madhav Dave. En attendant, la délégation américaine s’est vu interdire de s’exprimer officiellement jusqu’à la semaine prochaine.

 



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