Climat: Dialogue de sourds entre entreprises et François Hollande

Le 20 mai 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas de promesses, juste des exhortations.
Pas de promesses, juste des exhortations.
Présidence de la république

C’est à un véritable dialogue de sourds qu’ont assisté les auditeurs du colloque Business and Climate, qui s’est ouvert ce mercredi 20 mai à l’Unesco à Paris. D’un côté, le monde des grandes entreprises plutôt bien disposé à l’égard des contraintes carbone à venir et de la COP21, mais demandeur de quelques jalons. De l’autre, le président de la République qui n’avait rien d’autre à offrir que des conseils et des exhortations.

Tout avait plutôt bien commencé. Dans la matinée, une poignée de multinationales annonçaient leur intention d’engager une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre, cohérente avec l’objectif de 2°C.

bonnes résolutions climatiques

Dans la foulée, des patrons ont fait assaut de bonnes résolutions carboniques. Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, appelait ainsi ses pairs à «transformer en opportunités les mesures d’atténuation». Ce que de mauvaises langues ont pu traduire par une promotion sur les matériaux d’isolation. Son confrère de Schneider Electric, Jean-Pascal Tricoire, estimant que «la société bas carbone est le seul modèle de société qui permette de faire vivre et se développer 9 à 10 milliards d’habitants».

D’autres ont formulé des demandes plus précises aux gouvernements ; Le bouillonnant secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, appelant ni plus ni moins à l’instauration d’une taxe carbone mondial de 100 dollars la tonne de CO2 (90,2€/t). Rejoint en cela par la secrétaire exécutive de la convention de l’ONU sur le changement climatique, Christiana Figueres qui, outre une taxe carbone mondiale (à 150 $/t), suggère d’aider massivement le développement du captage-stockage géologique de carbone (CSC).

captage et stockage géologique de carbone

Taxer les émissions de CO2 pour favoriser son stockage géologique, Eldar Saetre est pour. Normal, Statoil, le pétrogazier norvégien qu’il préside, est la seule compagnie au monde à mettre sous terre le gaz carbonique de deux installations industrielles, en raison d’une très lourde taxation des rejets carbonés à l’atmosphère. Qu’un tel dispositif puisse frapper l’ensemble de l’industrie lourde (et notamment ses concurrents) n’est donc pas pour déplaire au taciturne entrepreneur norvégien.

Comme l’a bien résumé Christiana Figueres, les industriels sont favorables à la conférence Climat, entendent contribuer à la stabilisation du réchauffement à 2°C, –et pour ce faire, exigent un prix du carbone et des législations claires et prévisibles.

exhortations présidentielles

A l’évidence, François Hollande n’a pas répondu aux attentes des entrepreneurs. Inquiet, semble-t-il, de la tournure prise par les négociations, le président de la République a regretté que seuls 37 des 196 pays impliqués dans les négociations aient déposé leur contribution nationale (INDC) à la COP 21.

Laissant entrevoir la possibilité d’un échec («il sortira forcément quelque chose de la conférence»), le chef de l’Etat n’a rien promis au monde de l’entreprise. Et surtout pas ce qu’il attend depuis plusieurs années. Rien sur un prix du CO2 (comment pourrait-il s’avancer sur un tel sujet, d’ailleurs?). Rien sur la fixation d’un cadre «stable et prévisible» (comment s’engager sur 196 législations nationales?). A contrario, le locataire de l’élysée a suggéré à ses interlocuteurs d’engager des actions à forte teneur symbolique. Le secteur financier pourrait ainsi décarboner ses portefeuilles d’investissement.

 

Lundi 19 mai, l’Allemagne organisait la 6e édition du dialogue de Petersberg, l’une des innombrables enceintes de discussions sur le climat. À cette occasion, la chancelière Merkel et le président français ont appelé à la fixation d’un objectif mondial de -60% d’émissions de GES entre 2010 et 2050 (soit -50% entre 1990 et 2050). Ce qui ne sera pas suffisant pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

 

Une nouvelle gouvernance de la technologie —plus partageuse— pourrait être initiée entre multinationales et gouvernements des pays en développement. François Hollande a exhorté les grands secteurs d’activité à se fixer des objectifs collectifs, en termes d’adaptation, d’utilisation du charbon ou de CSC. «Vous êtes des activistes de l’action!, alors, passez à l’action», a-t-il conclu. Pas sûr qu’il ait convaincu.

 



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