Climat: des promesses qui ne disent pas grand-chose

Le 22 octobre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'année 2015 devrait être l'une des plus chaudes depuis l'invention de la météo.
L'année 2015 devrait être l'une des plus chaudes depuis l'invention de la météo.
OMM

Il est scientifiquement impossible de déterminer, à partir de 122 INDC publiées, quel sera le niveau de réchauffement à la fin du siècle.

Huit jours. Il faudra encore attendre huit jours avant que l’ONU ne publie son évaluation officielle des contributions nationales volontaires (INDC). Dans les couloirs du centre de congrès de Bonn, où se déroule le dernier round de négociation officielle, les rumeurs vont bon train: un réchauffement de 3°C d’ici la fin du siècle semble tenir la corde, comme nous l’indiquions la semaine passée. Ce qui serait supérieur aux estimations publiées par Carbon Action Tracker (2,7°C) mais très inférieur aux projections de Climate Interactive (3,5°C).

simplement n'importe quoi

A dire vrai, peu importe ces études dont les résultats ne signifient pas grand-chose: «Ces bilans d’INDC, c’est tout simplement n’importe quoi», a résumé, le 21 octobre, Amy Dahan devant les membres de l’Association des journalistes pour l’environnement et le climat (Ajec21). La bouillonnante historienne des sciences n’a pas tout à fait tort. A ce jour, seules 122 contributions engageant 150 pays ont été envoyées à l’ONU[1]. Manquent encore à l’appel les ambitions de 45 pays participant pourtant aux négociations climatiques[2].

Parmi eux, les producteurs de pétrole du Golfe arabique, dont l'empreinte carbone est loin d’être négligeable. En 2013, l’Arabie, le Koweït, l’Irak, les Emirats, Bahreïn, le Yémen, Oman et le Qatar ont rejeté plus de 1,1 milliard de tonnes de CO2. Et à raison d’une croissance de 4% par an de leur consommation d’énergie, BP estime que les rejets carbonés de la région pourraient bondir de 63% entre 2014 et 2035.

hétérogénéité absolue

En décembre 2014, lors du sommet climatique de Lima, les négociateurs n’ont pas réussi à s’accorder sur le contenu des contributions nationales. Résultat: une hétérogénéité absolue. L’Union européenne comporte des objectifs de réduction en valeur absolue. Les Etats-Unis ne savent pas encore s’ils vont réduire leurs émissions de 26 ou de 28%. D’autres se fixent des tendances par rapport à un scénario de référence pas toujours explicité et susceptible d’évoluer. La Chine et l’Inde continuent d’évaluer leurs efforts en intensité carbone de leur économie. Quelques INDC sont libellées en émissions par tête de pipe quand d’autres n’évoquent que des politiques susceptibles d’être mises en œuvre. L’Iran, et d’autres (Gabon), conditionnent leur niveau de performance climatique à l’importance des aides extérieures. Enfin, les programmes ne se déroulent pas tous sur la même période.

pas de transition énergétique

Le spectre des scénarios de décarbonation est également très large, rappelle une note de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publiée le 21 octobre. Une petite moitié des scénarios fixent des objectifs quantifiés en matière d’énergies renouvelables; un tiers seulement mentionnent l’amélioration de l’efficacité énergétique. En revanche, «seule une poignée de pays évoquent d’autres mesures susceptibles de faire baisser rapidement les émissions du secteur énergétique, comme la fermeture des centrales à charbon à faible rendement, l’abaissement des fuites de méthane dans la production de pétrole ou de gaz, la diminution des subventions aux énergies fossiles ou l’instauration de prix du carbone», déplore l’agence de l’OCDE. Les INDC annonçant une véritable transition énergétique se comptent sur les doigts d’une main. Cela n’empêche pas l’AIE d’y aller de son petit pronostic. «Les émissions du secteur énergétique vont croître de 3,7 milliards de tonnes de équivalent CO2 entre 2014 et 2030.» A cette échéance, elles flirteront avec les 42 Mdt/an, contre 38 MdtequCO2 l’an passé. Une inflation carbonique essentiellement imputable à la Chine et à l’Inde.

quid du post 2030?

Cela reste insuffisant pour convaincre les climatologues. «Nous ne pouvons estimer avec précision une température à la fin du siècle à partir d’INDC qui ne couvrent que la période allant jusqu’à 2030», rappelle Olivier Boucher (LDM/CNRS). Et ceux qui s’y hasardent prennent parfois quelques raccourcis. «Climate Action Tracker a estimé son réchauffement de 2,7°C à partir des INDC et de certaines trajectoires d’émission utilisées pour le 5e rapport du Giec[3]. Or rien ne nous dit si l’effort de réduction des émissions va ralentir ou s’accélérer après 2030», explique le climatologue. Enfin, les évaluations publiées ces derniers jours ne sont que des températures médianes, dont le niveau d’incertitude reste élevé.

Dit autrement, le bilan de ces INDC reste assez proche du doigt mouillé, du fait de l’imprécision (voulue) des documents de base et des limites de la science. Mais après tout, ces contributions nationales ne sont que les éléments d’une négociation qui ne devrait s’achever qu’à la fin de la COP 21. Il sera toujours possible de les améliorer par la suite.



[1] Ces 150 pays émettent, en moyenne, 85 à 86% des rejets anthropiques de gaz à effet de serre.

[2] Les contributions de 10% des pays africains, le tiers des pays asiatiques et d’Amérique latine et les deux tiers des pays du Moyen-Orient manquent encore à l’appel.

[3] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

 



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