Climat: des commissaires-enquêteurs sceptiques?

Le 04 décembre 2018 par Marine Jobert
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8,6 km d'autoroute, 306 km2 d'emprise.
8,6 km d'autoroute, 306 km2 d'emprise.

Trois commissaires-enquêteurs ont fait part de leurs états d’âme sur le climat, à l’occasion d’un projet autoroutier près de Grenoble.

Qui a dit «les conclusions du Giec[1] sont actuellement contredites par un certain nombre de scientifiques. Qui croire alors?» Donald Trump? Claude Allègre? Ma tante Monette? Le pilier du PMU au coin de la rue? Cette pépite a été relevée par la climatologue Valérie Masson-Delmotte, au détour du rapport de la commission d’enquête menée à l’occasion de l’enquête publique relative à la demande d’autorisation environnementale pour le projet d’aménagement de l’A480. Ce sont les trois commissaires-enquêteurs désignés pour ce projet d’aménagement de 8,5 kilomètres d’autoroute censé désengorger l’agglomération grenobloise qui en sont les auteurs, à peine trois semaines après le dernier rapport du Giec.

Quelques pépites encore. «Qu’est-ce que 306 kilomètres carrés [l’emprise de l’aménagement projeté] par rapport aux 550.000 km2 de la France métropolitaine? L’impact reste local et n’a aucune incidence au niveau de notre pays, et encore moins de la planète.» Ou encore, tout en ne niant pas le contentieux en cours entre la France et la Commission européenne sur les dépassements aux particules fines (PM10), les trois larrons estiment que «ce constat [de pollution] se veut inutilement alarmant..»

Médias en mal de sensationnel

Louis-Dominique Aussedat, Bernard Hugon et Bernard Prud’homme, qui se définissent comme «des citoyens à l’écoute des grands problèmes humains» ne s’en laissent pas compter. «Ils ne prennent pas nécessairement une information pour bonne, sans avoir au préalable entendu les autres versions du sujet», écrivent-ils, à la troisième personne du pluriel. A la limite du complotisme et carrément dans la fausse nouvelle, les voilà expliquant qu’«ils n’acceptent pas les informations généreusement (sic) transmises par des médias en mal de sensationnel». Et tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas «des scientifiques», ils se targuent d’avoir «un sens critique éclairé». D’ailleurs, ne tiennent-ils pas pour acquis que «la COP 21 a démontré son échec, les principales puissances planétaires n’ayant pas répondu favorablement à l’accord souhaité»?

Lacunes en changement climatique

Périphériques au dossier, ces considérations dignes du café du commerce pourraient-elles entacher la validité du dossier? Elles sont en tout cas en porte-à-faux avec leur code d’éthique et de déontologie, qui précise que le commissaire-enquêteur s’engage à posséder dans le domaine d’exercice de sa mission «une compétence minimale certaine afin de pouvoir renseigner le public, apprécier la portée des observations présentées et prendre position en connaissance de cause». Il y est également précisé que l’aspirant est tenu de «perfectionner sans cesse ses connaissances administratives, juridiques et techniques, notamment dans les domaines de l’environnement et du développement durable». «Il me semble qu'il y a un besoin de formation autour du changement climatique», ironise Valérie Masson-Delmotte.

 


[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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