Climat: de nouveaux modes de contestation

Le 15 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bloquer les sièges des institutions inefficaces, dont Greenpeace.
Bloquer les sièges des institutions inefficaces, dont Greenpeace.
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Du prétoire à la grève, du spot TV aux films pornographiques, les activistes pro-climat ne manquent pas d’imagination pour se faire entendre.

A commencer par la grève. Notamment des cours. Initiée par la Suédoise Greta Thunberg, cette forme de contestation a gagné la planète. En cette journée de grève mondiale des cours, des actions sont organisées dans une centaine de pays. Sur les réseaux sociaux, des milliers d’images montrent les manifestations d’écoliers, de lycéens et d’étudiants, de Hong Kong à Bologne, en passant par Port-Louis (Ile Maurice), sans oublier Paris ou Londres. Selon le détail tenu à jour par Friday for Future, 2.052 événements pro-climat doivent se dérouler ce 15 mars dans 123 pays. La mobilisation devrait être particulièrement forte aux Etats-Unis, en Suède, en Italie, en Allemagne, en France, où près de 200 manifestations sont prévues. Classique, mais massique.

USA vs. Massachusetts

Nettement moins classiques est l’action judiciaire. Cet activisme des tribunaux a débuté au début du siècle. La première grande affaire a vu la Cour suprême des Etats-Unis, saisie par l’Etat du Massachusetts, ordonner en 2007 à l’Agence fédérale de la protection de l’environnement (EPA) de réguler les émissions des trois principaux gaz à effet de serre, au titre du Clean Air Act. Un véritable affront pour l’administration climato-sceptique de George W. Bush. Si des centaines d’affaires prospèrent désormais dans les cours du monde entier, c’est bien sûr, celle engagée contre l’Etat néerlandais par 900 justiciables et l’association Urgenda qui a le plus fait parler d’elle. Attaqué pour laxisme climatique, le royaume a été condamné en 2015 à durcir ses objectifs de réduction d’émission de GES. Verdict confirmé en appel en octobre dernier. Une vague sur laquelle espèrent surfer les 4 associations à l’origine du recours déposé le 14 mars contre l’Etat français par l’Affaire du siècle.

du sang au 10 Downing Street

D’origine britannique, le mouvement Extinction Rebellion reprend quelques grands classiques glanés dans l’histoire du mouvement Act Up. Voulant rappeler que le réchauffement pourrait mener nos sociétés à la mort, ce mouvement non-violent, soutenu par de nombreux scientifiques, a déversé des décalitres d’un liquide rouge sang à proximité du 10 Downing Street, la résidence de la Première ministre. A l’origine des grèves de lycéens (qui ont commencé l’an passé au Royaume-Uni), les «rebelles pour la vie», comme ils se surnomment, occupent régulièrement les sièges d’organisation dont ils jugent l’action inefficace: les parlements anglais ou écossais, la BBC, des mairies, voire l’ONG Greenpeace. Pour obtenir l’abandon des énergies fossiles, ses militants n’ont pas hésité à se coller les mains sur les portes du ministère en charge de l’énergie. Sans grand moyen affiché, Extinction Rebellion revendique déjà des représentations dans 27 pays, dont la France.

la grève des bébés

Ils sont une centaine, mais ils intriguent. Au point que la presse américaine s’intéresse déjà à leur cas. Les partisans de Birth Strike annoncent faire la grève des naissances «en raison de la gravité de la crise écologique et de l’inaction actuelle des gouvernants face à cette menace existentielle». Mené par la chanteuse britannique Blythe Pepino (proche d’Extinction Rebellion), ce mouvement n’entend pas faire l’apologie de la grève des bébés mais utiliser ce mode de contestation radicale comme un mode d’expression «pour faire prendre conscience de l’horreur causée par les désastres écologiques et climatiques». Aux Etats-Unis, la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, porteuse du projet de Green New Deal, s’est publiquement interrogée sur l’intérêt de mettre au monde des enfants appelés à vivre dans un monde réchauffé.

jésus au volant

Ce monde réchauffé inquiète jusqu’aux bigots les plus entraînés. Et cela ne date pas d’hier. En 2002, 13 années avant que le pape François ne pose les canons catholiques du développement durable dans ‘Laudato si’, les militants de l’Evangelical Environemental Network (EEN) firent beaucoup parler d’eux. Avec le soutien de généreuses fondations privées, ce réseau de 35.000 églises américaines fit diffuser sur les télévisions locales le spot: «Will Jesus drive this car». En 2,35 minutes, le film de publicité rappelait aux ouailles que le Christ, en bon protecteur de climat qu’il est, ne conduirait certainement pas un SUV ou tout autre voiture énergivore.

le X vert

Le message et le medium de Fuck4Forest sont différents. Les libertaires de cette ONG norvégienne réalisent des courts métrages pornographiques et naturalistes, diffusés en ligne. Les recettes générées par les abonnements financent des projets de reforestation et de création de futurs puits de carbone. Sur son site, l’association annonce avoir ainsi versé l’équivalent de 500.000 euros à des projets environnementaux en Amérique latine et en Slovaquie.

 



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