Climat: comment Bordeaux prépare l'adaptation de son vignoble

Le 15 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Une demi-douzaine de nouveaux cépages résilients pourront être cultivés dans le Bordelais.
Une demi-douzaine de nouveaux cépages résilients pourront être cultivés dans le Bordelais.
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Sous le contrôle de l’INAO, l’AOC de Bordeaux et de Bordeaux supérieur va s’autoriser à cultiver et vinifier de nouveaux cépages, réputés résistants aux effets du changement climatique. Une première française ! En exclusivité, Le JDLE vous dévoile la liste des nominés.

 

Remplacer des cépages ne donnant plus le meilleur d’eux-mêmes sous un climat surchauffé par des variétés de vignes plus résistantes. Voilà des années qu’on en parle ! Bordeaux est en passe de franchir ce Rubicon climatique.

Le 28 juin prochain, l’assemblée générale des 4.500 vignerons parties à l’appellation d’origine contrôlée de Bordeaux et de Bordeaux supérieur seront appelés à se prononcer sur de nouvelles pratiques à vocation environnementales, sanitaires et climatiques.

mort du glyphosate

Publié le 9 mai par le Bulletin officiel du ministère de l’agriculture, le nouveau cahier des charges de l’AOC interdit le désherbage chimique de la totalité des parcelles. Ce qui à terme condamne l’usage du glyphosate dans le Bordelais. Pour éviter la diffusion de certaines maladies de la vigne, le texte oblige les vignerons à ramasser et à détruire les pieds de vignes morts. Les professionnels devront consigner par écrit les fréquences de traitement phytosanitaires.

La démocratie viticole s’exercera aussi sur une autre mesure plus révolutionnaire : la culture et la vinification de cépages «hors AOC» résilients aux réchauffement. Et ce sans craindre d'être bouté hors l’AOC.

nouveaux cépages

Tout cahier des charges d’une appellation d’origine contrôlée fixe les cépages pouvant être plantés dans son périmètre. Les Bordelais ne peuvent utiliser que du sémillon, des sauvignon, de la muscadelle, du colombard, du merlot blanc et de l’ugni blanc pour produire des vins blancs. Les rouges et les rosés ne peuvent être issus que des moûts de cabernet-sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec, carmenère ou petit verdot.

Cognac et Champagne. L’AOC de Bordeaux ne sera pas la seule à évaluer des cépages résilients. L’INAO devrait prochainement autoriser Cognac et la Champagne à mener de semblables essais. La viticulture tricolore semble avoir pris le pli de l’adaptation.

Après de longues négociations, l’institut national de l'origine et de la qualité (INAO, le gardien des appellations d’origine) a accepté, l'an passé, que les AOC volontaires testent de nouveaux cépages «à des fins d’adaptation». Toute nouvelle, cette liberté reste très encadrée. Dans sa directive du 25 octobre dernier, l’INAO autorise «20 variétés par cahier des charges et 10 variétés par couleur de vin.»

nombreuses contraintes

Autre contrainte: ces variétés ne devront pas dépasser 5% de l’encépagement d’une exploitation ni représenter plus de «10% de l’assemblage final de la couleur considérée.» Ce qui — légalement — interdit aux vignerons de mentionner leur présence sur l’étiquette de la bouteille. Bien encadrés, les vignerons bordelais peuvent sélectionner leurs cépages du futur avant de les notifier à l’INAO.

Cela ne devrait pas leur être trop difficile. Les Bordelais profitent des résultats d’essais menés depuis 2009 par l’INRA de Bordeaux sur sa fameuse «parcelle Vitadapt». Installée sur les sols graveleux du domaine de l’institut de la Grande Ferrade, cette exploitation abrite 2.600 pieds de vignes de 52 cépages du Languedoc, d’Espagne, d’Italie, de Grèce, du Portugal, de Bulgarie et de Géorgie. Autant de pays bénéficiant déjà d’un climat proche de celui qui sévira en Nouvelle-Aquitaine dans les prochaines années.

expérience hors normes

Selon Bernard Farges, président de l’AOC, l’AG devra se prononcer sur une petite dizaine de nouveaux cépages pour les deux couleurs. Selon nos informations, il s’agirait, pour les rouges, du touriga Nacional (Portugal), du castets (vieux cépage aquitain), de l’arinarnoa (croisement entre le tannat et le cabernet-sauvignon), du vinhao (Portugal), du marselan (croisement entre le grenache et le cabernet-sauvignon).

Pour les blancs, le petit manseng (originaire des Pyrénées, le liliaurila (croisement du baroque et du chardonnay), l’alvariño (Portugal) et le verdero (Maghreb) tiennent la corde. C’est sans doute au prix de ces renforts que les vins de l’appellation française la plus connue dans le monde préserveront leur typicité. Rendez-vous dans 20 ans, à l’issue de cette expérimentation hors norme.



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