Climat : ce fossé qui sépare les politiques des «vrais» gens

Le 11 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Tout le monde se lève pour protéger le climat. Ou presque.
Tout le monde se lève pour protéger le climat. Ou presque.
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A mesure que les scientifiques sonnent le tocsin carbonique, les opinions publiques s’inquiètent. Notamment de l’inaction climatique du personnel climatique. Cette semaine, l’exemple sera donné en Californie, au grand dam du président des Etats-Unis.


Rarement, le fossé séparant scientifiques, opinions publiques et politiques n’aura paru aussi grand, sur la question climatique, qu’en cette fin d’été. Un été rythmé par une succession peu commune d’événements climatiques extrêmes : inondations, vagues de chaleur, tempêtes tropicales.  Avec des conséquences dramatiques en Inde, sur le pourtour méditerranéen ou en Californie. 

Cet été de tous les excès a probablement nourrit la mobilisation populaire. Le 8 septembre, des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues du monde entier. Un mot d’ordre : la fin de l’usage des énergies fossiles et une plus grande célérité à maîtriser les émissions de gaz à effet de serre.  Ces dernières, nous rappelle l’observatoire de Mauna Loa (Nasa), progressent de 2,3 ppm par an, contre 1,5 ppm dans les années 1990.

menaces sur les littoraux

Les scientifiques n’en finissent plus de pousser des cris d’orfraies. Ce lundi, au cours d’un échange avec les membres de l’association des journalistes de l’environnement (AJE), Valérie Masson-Delmotte n’a pas caché son pessimisme. Evoquant les conclusions du prochain rapport spécial du Giec, la paléoclimatologue a rappelé que la plupart des scénarios de stabilisation du réchauffement à 1,5°C, testés par les scientifiques, intègrent l’extraction du CO2 de l’atmosphère. Il ne suffira donc pas de réduire drastiquement nos émissions de CO2 pour atteindre le plus ambitieux des objectifs de l’Accord de Paris. Ce qui ne nous évitera pas non plus d’investir massivement dans l’adaptation. «Les océans ont stocké suffisamment de chaleur pour se dilater encore pendant plusieurs siècles», souligne la vice-présidente du groupe 1 du Giec.

300 pages de règles

Quelques heures plus tôt, l’ONU clôturait la réunion inter-COP de Bangkok. Une semaine durant, négociateurs et diplomates ont tenté d’avancer dans la rédaction des règles encadrant la mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris. Le résultat n’est pas probant : compilation des suppliques de près de 200 gouvernements, le Rulebook provisoire pèse plus de 300 pages. Il faudra dégraisser et organiser avant la COP 24, à l’issue de laquelle ces règles du jeu doivent, en principe, être adoptées.

Demolition Man

Aux Etats-Unis, Donald Trump poursuit son œuvre de démolition du corpus juridique et réglementaire encadrant l’utilisation des énergies fossiles. De l’évaluation environnementale des autoroutes aux plafonds de rejets de mercure des centrales électriques, l’administration américaine a déjà engagé, en un an, la modification de 104 lois ou normes liées à la lutte contre le changement climatique, selon le dernier pointage du Sabin Center de l’université Columbia.

Recul et stagnation

Ailleurs, on ne recule pas. Mais on peine à avancer. Depuis des mois, l’Europe ne parvient pas à revoir à la hausse son ambition climatique pour 2030. La Chine a retardé l’ouverture de son marché national de quotas de gaz à effet de serre. L’Australie refuse de graver dans le marbre juridique les objectifs fixés par l’Accord de Paris. La France continue de vouloir consacrer des milliards à décarboner un secteur électrique qui l’est déjà à près de 90%, mais rechigne à engager un vaste plan, financé dans la durée, pour rénover son parc immobilier, à l’origine de 27% des émissions nationales de gaz à effet de serre.

Ces dirigeants qui refusent d'écouter

C’est une inquiétude. Ce n’est pas encore une fatalité. A New-York, le Secrétaire général de l’ONU a appelé les chefs d’Etats et de gouvernements à l’action. «Nous avons les outils pour rendre nos actions efficaces. Ce qui nous manque encore - même après l'Accord de Paris - c'est le leadership et l'ambition de faire ce qui est nécessaire», a déclaré Antonio Guterres. Fait inhabituel pour un patron des Nations unies, l’ancien premier ministre du Portugal s’en est pris à Donald Trump, sans le nommer : «Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter. Beaucoup trop peu ont agi avec la vision exigée par la science. Nous voyons les résultats. Dans certaines situations, ils sont proches des pires scénarios des scientifiques.»

faim de climat

Et ce ne sont pas les institutions onusiennes qui lui donneront tort. Dans un rapport commun, publié ce mardi, OMS, FAO, Fida, PAM et Unicef rappellent que faim et climat ne font pas bon ménage. «Exacerbés par les chocs climatiques, les conflits ont des conséquences graves sur la sécurité alimentaire et sont l’une des causes de la progression récente de l’insécurité alimentaire», résument les 5 agences. Entre 2015 et 2016, le nombre de personnes malnutries dans le monde est passé de 777 à 815 millions. Cette tendance à la hausse pourrait prospérer : «Il sera difficile de satisfaire à l’ambition de libérer le monde de la faim et de la malnutrition d’ici à 2030 car, pour y parvenir, il faudra consentir des efforts renouvelés avec de nouvelles façons de travailler», poursuivent les auteurs.

l'exemple californien

Les nouvelles façons de travailler s’écriront sur la côte Ouest, cette semaine. A quelques heures de l’ouverture du Global Climate Action Summit, à San Francisco, le gouverneur de Californie donne déjà de la voix. Lundi, Jerry Brown a finalement signé la loi imposant la fourniture aux Californiens d’électricité uniquement  d’origine renouvelable d’ici à 2045. A quelques semaines de la fin de son mandat, le patron du sixième Etat le plus riche de la planète a aussi publié un ordre exécutif imposant au Golden State la neutralité carbone d’ici à 2045. De quoi faire grincer quelques dents, de Washington à Bruxelles, en passant par Pékin.



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