Climat-biodiversité: comment se faire entendre du Politique?

Le 17 octobre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Brice Lalonde, les chercheurs doivent mettre en exergue les sujets récupérables par les politiques.
Pour Brice Lalonde, les chercheurs doivent mettre en exergue les sujets récupérables par les politiques.
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Une journée durant, une communauté de chercheurs, liée au Giec et à l’IPBES, s’est demandé comment chuchoter efficacement à l’oreille des politiques.

C’est désormais un rendez-vous régulier. Chaque année, les chercheurs participant à la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) rencontrent leurs collègues du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). L’occasion de lancer des passerelles entre les mondes de la biodiversité et du climat. A l’agenda de ces troisièmes rencontres, qui se sont tenues à Paris le 13 octobre: la prise de décision. Ou comment faire comprendre aux politiques l’urgence du problème

Vocabulaire commun

La première difficulté est d’ordre linguistique. Nombre d’intervenants ont rappelé que scientifiques et politiques ne parlent pas le même langage, ne manipulent pas les mêmes concepts. «D’où l’importance des médiateurs», s’amuse l’écrivain Frédéric Denhez, aux manettes de l’animation de la journée. Ce n’est pas faux. «Nous n’avons pas su, regrette le président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, Jean-François Sylvain, créer une unité de mesure de l’érosion de la biodiversité, comparable aux 2°C des climatologues.»

Scientifiques trop neutres

Sans compter que la demande des décideurs a changé: «Nous sommes passés du temps de la description des problèmes à celui de leur résolution», confirme Sébastien Treyer de l’Institut pour le développement durable et les relations internationales (Iddri). Ce qui ne remplit pas forcément d’aise les chercheurs. Tous sont d’accord pour expérimenter et décrire. Plus rares sont ceux à vouloir accompagner l’action. Et c’est bien ce que leur reproche la société civile: «Les scientifiques sont trop neutres», lâche Jean-David Abel, vice-président de France Nature Environnement. Mais n’est pas Julius Oppenheimer ou James Hansen qui veut.

Idées simples, audibles et recyclables

Autre critique, l’inadéquation de leur discours avec les attentes des politiques. «Les ministres ont besoin d’idées simples, qu’ils sont prêts à entendre et dont ils peuvent se resservir par la suite», résume Brice Lalonde. Et l’ancien ministre de l’environnement d’interpeller directement les membres de l’IPBES: «Vous avez publié un excellent rapport sur les pollinisateurs, qui professe une révolution de l’agriculture. C’est précisément là-dessus qu’il fallait insister.»

«Le jeu de rôle politicien complique sérieusement les choses», avoue Jérôme Bignon. «Beaucoup de mes amis LR partagent complètement le point de vue des ONG à propos des pesticides, mais ils ne le diront jamais», avoue le sénateur de la Somme.

Faut-il chercher l’origine de ce hiatus dans la composition des équipes qui peuplent les labos? «Nous appelons la société à changer ses habitudes, nous avons donc un fort besoin des sciences sociales», acquiesce l’ingénieur Sébastien Treyer. Des sciences sociales, sans doute. Mais aussi d’une plus grande ouverture sur les parties prenantes. «La science influe sur la décision publique. Il suffit de voir l’évolution des dates d’ouverture de la chasse des oiseaux migrateurs. Mais le plus souvent, ce ne sont pas les scientifiques qui sont à l’origine de ces avancées mais le lobbying des associations environnementales», note le chercheur en sciences politiques Guillaume Sainteny.

Toujours les mêmes

Parfois sourds, souvent ignorants des questions scientifiques, les politiques regrettent de ne pouvoir fréquenter plus souvent les chercheurs: «Les parlementaires disposent de très peu de temps pour s’informer, réfléchir», confirme le sénateur (LR) Jérôme Bignon. Et les outils dont ils disposent sont loin d’être satisfaisants. «A l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, on voit toujours les mêmes personnes», regrette l’ancien rapporteur de la loi sur la reconquête de la biodiversité.

 



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