Climat : aux politiques d’agir !

Le 14 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'alliance de la valorisation de la biomasse et de la séquestration du carbone est l'une des solutions mises en avant par le Giec.
L'alliance de la valorisation de la biomasse et de la séquestration du carbone est l'une des solutions mises en avant par le Giec.
Alstom

Ségolène Royal a bien résumé le problème. Ce lundi 14 avril, la ministre de l’écologie a sobrement commenté le dernier tome du 5e rapport d’évaluation du Giec[1], publié la veille à Berlin. «C’est désormais aux responsables politiques d’agir et d’entraîner les forces vives du pays», a-t-elle indiqué, tout en s’interrogeant sur les moyens «d’éviter le glissement des priorités quand le chômage s’invite dans les familles». Lutter contre le changement climatique en période de crise sera donc le challenge du ministère Royal. Un défi considérable à relever, tant les nouvelles données par les auteurs du dernier rapport du Giec sont mauvaises.

Il y a les conséquences de nos modèles actuels de développement. Entre le milieu du XVIIIe siècle et 1970, l’humanité (mais surtout les pays du Nord) a alourdi l’atmosphère de 900 milliards de tonnes équivalent CO2 (GteqCO2). Contribuant, du même coup à accroître la température moyenne globale d’un degré environ.

 

En 2010, 35% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ont été le fait du secteur énergétique, 24% de l’agriculture, 21% de l’industrie, 14% des transports et 6% du bâtiment. Sans changement radical de cap, ces émissions vont doubler d’ici 2050. Avec pareil scénario tendanciel, l’humanité pourrait émettre jusqu’à 7.400 milliards de tonnes de CO2 d’ici la fin du siècle: de quoi faire bondir le mercure du thermomètre de près de 4°C entre aujourd’hui et 2100. Pour stabiliser le réchauffement à 2°C, rappelle les auteurs du rapport du Giec, nous devons abattre nos émissions de 40 à 60% d’ici 2050. Pas gagné.

Autant en 40 ans qu’en deux siècles

Problème, sous le double effet de la croissance économique et de la démographie, notre rythme de carbonisation s’accélère. Entre 1970 et 2010, nous avons, collectivement, émis 1.100 GteqCO2. Le bilan carbone de ces 40 dernières années est supérieur à celui des 200 premières années de la révolution industrielle. Et, à moins d’un radical changement de cap, l’avenir ne s’annonce pas meilleur (lire encadré).

Or, soulignent les 235 auteurs du rapport, nous avons en main toutes les cartes pour atténuer les effets du changement climatique. «Rester sous les 2°C reste possible», veut croire Nicolas Bériot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).

Certes, la planète entière est concernée par les conséquences du réchauffement, mais à eux seuls 10 pays émettent 70% du CO2 énergétique et industriel. Changer la gouvernance mondiale du climat, comme le recommandent les rapporteurs, est peut-être moins complexe qu’on ne l’imagine généralement?

Autre bonne nouvelle, après avoir analysé les résultats de 900 scénarios, les climatologues et économistes en sont sûrs: nous disposons des outils et technologies nécessaires à une décarbonisation de nos organisations.

Les promesses de l’énergie

En triplant, voire en quadruplant la part des sources d’énergie «bas carbone» dans nos mix électriques, on peut ainsi alléger le bilan du secteur énergétique. Beaucoup de filières sont possibles, mais les auteurs du tome 3 militent principalement pour les énergies renouvelables: matures et assainisseuses de la qualité de l’air. Avec ses 11% de part de marché mondial de la production d’électricité, le nucléaire est perçu comme insuffisant au regard de l’enjeu et présentant trop d’inconvénients: «Il y a de nombreuses barrières au développement de l’utilisation de l’énergie nucléaire, comme la sûreté opérationnelle, les risques de prolifération, les questions non résolues de gestion des déchets, ainsi que les risques financiers et réglementaires».

Dans certains cas, nos experts préconisent de mettre en batteries des centrales électriques à gaz à haut rendement, mais uniquement en substitution de centrales au charbon: réduction assurée de la moitié des émissions de CO2. Les technologies nouvelles ne sont pas oubliées. Le Giec imagine ainsi que toutes les centrales thermiques soient équipées de système de captage-stockage de gaz carbonique (CSC) dans les prochaines décennies. Les experts insistent aussi sur les vertus de la conjugaison de la valorisation énergétique de la biomasse au CSC. Baptisée BECCS, cette solution technologique est l’une des rares à pouvoir «extraire» du CO2 de l’atmosphère. Rien à voir avec la géo-ingénierie, dont les capacités restent, pour le moment, inestimables.

Transports: carburants et urbanisme

Abattre les émissions carbonées du transport sera compliqué. «L’électricité, l’hydrogène, et quelques technologies d’agrocarburants pourraient réduire l’intensité carbone des carburants, mais leur capacité d’atténuation[2] reste très incertaine», commentent les auteurs. Pour autant, tout espoir de rouler (presque) propre n’est pas perdu: «L’efficacité énergétique et les performances des véhicules peuvent encore s’améliorer de 30 à 50% d’ici 2100». Les chercheurs attendent beaucoup des politiques de la ville. Densifier les villes, y favoriser les modes de déplacement doux, y maîtriser les besoins de mobilité pourrait réduire de 20 à 50% leurs émissions de dioxyde de carbone. Pas négligeable, si l’on se souvient que les aires urbaines sont à l’origine de 70% de nos émissions.

Bâtiments: des techniques et de la sensibilisation

Qui s’intéresse aux villes s’intéresse aussi au bâtiment. Un secteur à haut potentiel. «Les nouvelles technologies, modes de conception, savoir-faire, changements de comportements peuvent diminuer d’un facteur 2 à 10 les besoins énergétiques des constructions nouvelles et d’un facteur 2 à 4 ceux des immeubles existants», indiquent les rapporteurs. Bien sûr, du fait de sa longévité, la rénovation de l’habitat est l’une des clés de l’amélioration de la performance climatique du bâtiment, avec des économies de 50 à 90% pour le chauffage et la climatisation. N’oublions pas non plus la sensibilisation des habitants aux bonnes pratiques. «Dans les pays développés, des habitants sensibilisés aux questions énergétiques et climatiques peuvent diminuer leur demande de 20% à court terme.»

Industries: technologies et recyclage

L’industrie a de belles cartes dans son jeu pour réduire sa contribution au réchauffement. Rapidement, l’adoption des meilleures technologies disponibles lui permettrait d’abattre d’un quart son intensité énergétique. L’industrie lourde (cimenterie, sidérurgie, notamment) peut aussi utiliser les techniques conçues pour le secteur électrique, comme le captage-stockage géologique de CO2. Le développement du recyclage contribue tout à la fois à réduire l’empreinte carbone d’une industrie et à renforcer sa sécurité d’approvisionnement en matière première (fut-elle secondaire). La réutilisation de matières putrescibles permet, en outre, de diminuer les émissions de méthane des décharges. Mais l’industrie n’est pas seulement utilisatrice (ou productrice) de gaz carbonique ou de méthane. Les process de nombre de secteurs industriels utilisent des gaz de synthèse (HFC, SF6) dont le pouvoir de réchauffement global peut être plusieurs milliers de fois supérieur à celui du CO2. D’où l’importance de généraliser les substituts, le recyclage ou la destruction thermique de ces gaz.

Agriculture: la bonne nouvelle

Avec sa dizaine de milliards de tonnes de gaz à effet de serre émis, chaque année, l’agriculture est un gros contributeur au réchauffement. Pour autant, les perspectives sont encourageantes. D’ici 2050, estiment les rapporteurs, les émissions agro-sylvicoles pourraient diminuer de moitié. Et il n’est pas exclu que le secteur primaire devienne un puits de carbone à la fin du siècle. Ces bons résultats annoncés restent malgré tout incertains. Ils sont le fruit d’un possible ralentissement de la démographie, de changements de pratiques culturales et d’un arrêt presque total de la déforestation. La lutte contre le gaspillage alimentaire et la réduction de la consommation de viande ne seraient pas des plus inefficaces. Leur généralisation pourrait épargner l’émission de plusieurs milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an.

Si les solutions sont à disposition, pourquoi ne pas les mettre en œuvre? Bonne question à laquelle répondent les experts mandatés par le Giec. Dans le désordre, ils estiment que les meilleures techniques ou technologies ne sont pas forcément connues par tous les acteurs. Les pouvoirs publics ne sont pas toujours au rendez-vous pour informer, sensibiliser, inciter, voire obliger, citoyens et entrepreneurs à changer de comportement ou investir. Absents aussi les gouvernements quand il s’agit de supprimer les subventions à la consommation d’énergie fossile ou de taxer le carbone.

Taxer le carbone

Or, rappellent les économistes du Giec, la décarbonisation de nos économies passera par l’instauration d’un prix du carbone mondial, qui devra rapidement flirter avec les 100 dollars la tonne de CO2 (72,3 €). Difficile aussi pour les gouvernements d’expliquer, comme le fait l’économiste Jean-Charles Hourcade, que la lutte contre les changements climatiques suppose des gagnants et des perdants. Les rédacteurs du Giec ne font ainsi pas mystère: les citoyens pourraient réduire leur volume de consommation pour consacrer une part croissante de leurs revenus à l’isolation de leur logement, au renouvellement de leur véhicule ou à la réparation de dégâts causés par des événements climatiques extrêmes.

Nos dirigeants semblent aussi dépassés par le coût de cette transition climatique. Les auteurs du Giec prennent d’ailleurs soin de n’en citer aucun. Deux raisons à cela: le coût dépend de l’objectif recherché (vise-t-on un réchauffement de 1,5°C, 2°C?) et de notre rapidité d’action. Si nous cherchons à stabiliser le réchauffement à 2°C, mais que nous n’agissons que dans 20 ans, le montant final de la facture serait 40% plus élevé que si nous engageons immédiatement et globalement notre décarbonisation.

Dans son évaluation, l’économiste Nicholas Stern avait estimé, en 2007, que le coût de l’inaction pourrait atteindre 20% du PNB annuel: 20 fois plus que le coût de l’action. Ce sera donc un investissement coûteux (des centaines de milliards de dollars par an). Mais d’autant plus difficile à financer, pour nos pays du Nord, que la majorité des investissements devront être fait au Sud.

 

 

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

[2] En jargon onusien, l’atténuation désigne les technologies, techniques ou comportements dont la mise en œuvre permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 



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