Climat: après la science, place à la politique

Le 10 juillet 2015 par Romain Loury
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Un "appel à l'action" lancé à l'Unesco
Un "appel à l'action" lancé à l'Unesco
Unesco

Ce vendredi 10 juillet s’achevait à Paris la conférence scientifique sur le climat «Our Common Future». Après quatre jours de constats et de solutions, bientôt le temps de la décision politique, encore bien incertain: la COP21, qui se tiendra en décembre à Paris [1].

Les scientifiques veulent encore y croire: «un objectif ambitieux d’atténuation permettant de limiter le réchauffement à moins de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels est possible sur le plan économique», jugent-ils dans leur déclaration finale publiée en clôture de la conférence «Notre avenir commun face au changement climatique», qui s’achevait vendredi au siège parisien de l’Unesco [1].

Pourtant, la tâche semble gigantesque, et les chances d’en venir à bout s’amenuisent:  «il y a deux chances sur trois de pouvoir contenir le réchauffement à 2°C ou moins si on limite les émissions de CO2 à 900 milliards de tonnes, soit près de 20 fois la quantité émise pendant la seule année 2014. Pour limiter le réchauffement à 2°C, les émissions devront être nulles, voire négatives, à la fin du 21e siècle». Or les quelques engagements pris à ce jour par les Etats semblent bien éloignés de ces objectifs.

Regroupant plus de 2.000 scientifiques issus d’une centaine de pays, cette conférence tenait lieu de préambule scientifique à la COP21, qui se tiendra du 30 novembre au 14 décembre à Paris. Une année «cruciale pour agir», souligne le président du comité scientifique de la conférence, l’Américain Christopher Field. Principal enjeu, mettre enfin en adéquation constats scientifiques et engagements politiques –et ce n’est pas gagné.

Une relation «plus opérationnelle» avec les politiques

C’est d’ailleurs l’une des grandes difficultés de la lutte contre le changement climatique, dont bien peu doutent encore des effets catastrophiques qu’il engendrera, et qu’il engendre déjà: comment mieux irriguer la politique par la science, deux domaines au centre des deux grandes conférences parisiennes de 2015? Pour l’ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, Laurence Tubiana, «les scientifiques doivent s’engager dans une relation plus opérationnelle avec les politiques».

Certes, «le travail du Giec [1] est un travail à protéger, par son indépendance et sa rigueur, mais nous avons besoin d’une interface avec la prise de décision qui soit plus fine qu’elle ne l’est actuellement. Nous ne disposons d’aucun mécanisme un peu institutionnel», juge le président du comité d’organisation de la conférence, Hervé Le Treut.

Comme la communauté médicale du sida avant elle, celle des experts du climat, quelle que soit leur sphère d’action, ne manque pas de vigueur, comme l’ont montré ces journées. «Cela a été une conférence au cours de laquelle les scientifiques se sont exprimés dans un contexte allant bien au-delà de la science», estime Hervé Le Treut. Atout de cette communauté, sa forte mixité thématique, «l’un des ingrédients qui peut aider la conférence de Paris pour parvenir à des accords qui soient durables».

Une énième «piqûre de rappel»?

Du côté politique, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius salué le «nouvel appel à l’action» lancé par cette conférence, dont il prononçait le discours de clôture. «C’est une piqûre de rappel: d’habitude elles ne sont pas très agréables, mais celle-ci est tout à fait nécessaire, et dans ce domaine plusieurs piqûres valent beaucoup mieux qu’une», a-t-il ironisé. Pour les mauvais esprits: à défaut d’accords politiques concluants, les scientifiques pourront toujours continuer à organiser des conférences.

Saluant le rôle des scientifiques dans «le constat, l’alerte et les solutions», Laurent Fabius a jugé «indispensable qu’elle aboutisse à un accord à la hauteur du problème climatique». Un accord qu’il espère «universel, juridiquement contraignant, équitable et durable»: il devra «comporter des actions immédiates et se prolonger», sans besoin perpétuel de le renégocier «tous les dix ans». Ce qui n’empêche pas la possibilité d’un mécanisme de révision, «qui permettra aux Etats de revoir régulièrement leurs engagements à la hausse», estime Laurent Fabius.

Du côté des promesses des Etats (INDC), «les discussions progressent, mais elles doivent s’accélérer», a diplomatiquement déclaré le ministre, évoquant «des déceptions, mais aussi de bonnes surprises». Exercice nouveau pour de nombreux pays, «on peut comprendre qu’il connaisse certains retards, certaines lacunes».

Pour le futur président de la COP 21, la (forte) probabilité que les engagements soient en-deçà de l’objectif de 2°C ne serait pas pour autant un échec. A condition d’aboutir à «un accord durable et dynamique, qui nous permette de revenir progressivement par de multiples actions sur une trajectoire compatible avec les préconisations de la science», conclut le patron du Quai d’Orsay. Une phrase que l’on pourrait bien entendre en clôture du sommet climatique de Paris.

[1] COP21: 21ème conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques; Unesco: Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture; Giec: groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.



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