Climat: à Lausanne, on juge aussi le Crédit Suisse

Le 07 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'opération Roger était destinée à interpeller Roger Federer.
L'opération Roger était destinée à interpeller Roger Federer.
Lausanne Action Climat

La justice vaudoise juge, à partir de ce 7 janvier, une douzaine d’activistes ayant envahi une agence du Crédit suisse pour dénoncer les investissements de la banque dans le domaine des énergies fossiles. Un procès qui pourrait tourner au désavantage des banquiers.

 

Il y a plusieurs façons de protester contre l’inaction climatique. Des centaines de milliers de jeunes choisissent, depuis quelques mois, de faire la grève, de manifester, de bloquer les grands axes routiers, voire de perturber l’activité des aéroports ou des plateformes pétrolières. D’autres empruntent la voie judiciaire. C’est le choix fait par l’association néerlandaise Urgenda. Et plus récemment par les militants de Lausanne Action Climat (LAC).

En novembre 2018, une quinzaine d’activistes envahissent pacifiquement une agence du Crédit Suisse, à Lausanne. But de l’opération: rappeler que la grande banque helvétique investit encore massivement contre le climat. Selon Bank Track, Crédit Suisse a investi plus de 57 milliards de dollars dans les énergies fossiles, entre 2016 et 2018. Grimés en tennismen, les militants miment une partie de tennis pour interpeler le champion Roger Federer, ambassadeur de la banque, sur les effets désastreux du pétrole, du charbon et du gaz sur le climat.

forte amende

La banque avait porté plainte pour violation de domicile. Les militants ont rapidement été condamnés à de forte peine d’amende. Tout naturellement, ils ont fait appel de l’ordonnance pénale devant le tribunal de police de Lausanne. L’audience débute ce 7 janvier. Et pourrait faire du bruit dans la capitale du canton de Vaud.

Car un groupe d’éminents avocats (dont deux anciens bâtonniers) est venu, bénévolement, prêter main forte au collectif. Ils entendent faire témoigner les climatologues Jean-Pascal van Ypersele (ex-co-président du Giec) et Sonia Seneviratne, (co-auteure du rapport spécial du Giec 1,5°C). Sera aussi appelé à la barre Jérémy Désir, un ancien analyste de HSBC, qui avait démissionné, l’été dernier, en publiant une retentissante lettre ouverte pointant les responsabilités climatiques du secteur financier.

dérégulation

La stratégie des défenseurs est claire: montrer que la dérégulation du secteur bancaire mondial contribue au dérèglement climatique. Un avis que pourrait partager l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

L’argumentaire ne servira pas qu’une seule fois. D’autres militants suisses seront prochainement jugés pour les mêmes faits. Commis cette fois dans une succursale zurichoise du même Crédit Suisse.