Climat: 2050, nous n’y sommes pas encore

Le 08 janvier 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En raison de l'explosion à venir du transport aérien, notamment, l'UE ne parviendra pas à réduire suffisamment ses émissions de GES.
En raison de l'explosion à venir du transport aérien, notamment, l'UE ne parviendra pas à réduire suffisamment ses émissions de GES.
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Alors que l’Union européenne doit prochainement présenter sa politique climatique à moyen terme, une étude de la Commission souligne que, sans efforts supplémentaires, les Européens ne réduiront pas suffisamment leurs émissions pour contribuer à une stabilisation du réchauffement.

Les semaines prochaines s’annoncent cruciales pour l’avenir climatique européen. Le 22 janvier, les mesures composant le paquet Energie Climat 2030 devraient être présentées par la Commission. Elles devront être validées par le Conseil européen de mars prochain pour avoir une chance d’entrer en vigueur. Ce tout constituant la position des 28 dans les négociations climatiques mondiales: lesquelles doivent, en principe, aboutir à la conclusion d’un accord «universel» en décembre 2015, au Bourget.

Pour tenter de surmonter les réticences de certains Etats membres à accepter des contraintes carbone croissantes jusqu’à 2030, Bruxelles a discrètement publié, quelques jours avant la fin de l’année passée, une estimation du résultat, à moyen et long terme, des actions menées dans l’Union pour réduire notre empreinte carbone.

 

Délicat exercice

Pour ce faire, les experts se sont, bien sûr, basés sur les politiques nationales, issues du paquet Energie Climat de 2008 et du renforcement des réglementations encadrant l’efficacité énergétique et les émissions des véhicules. Ils ont aussi pris en compte les projections démographiques, de PIB et de consommation jusqu’à 2050. Exercice toujours délicat et systématiquement dénigré.

A quoi ressemblera donc l’Europe dans une quarantaine d’années? Les rédacteurs de l’étude présentent une région dont la richesse (toujours évaluée en PIB, hélas) aura progressé de près de 80% par rapport à 2010. A comparer à la croissance de la consommation d’énergie finale: +8% pour la même période. Pas mal pour des Européens dont le nombre n’aura progressé que de 5% en 40 ans, et dont le PNB par tête se sera accru de 1,7% par an, en moyenne.

 

Chute de notre facteur carbone électrique

Sous les effets croisés du système d’échange de quotas d’émission (dont les rédacteurs supposent qu’il sera toujours là en 2050), des directives Energies renouvelables, Efficacité énergétique, et de l’évolution de la demande, le système énergétique va profondément se modifier. A commencer par le système électrique. Boostée par les particuliers, le tertiaire et les transports, la consommation d’électrons va augmenter d’un quart, flirtant avec les 4.300 térawattheures par an en 2050.

Plus de la moitié des capacités de production utiliseront les énergies renouvelables (contre 22% en 2010). Seconde énergie par son volume de production, le gaz naturel verra sa part passer de 23% à 18%. Celle du charbon s’effondrera: 7% en 2050, contre 24% en 2010. Le nucléaire reculera, lui, de 6%, à 21% de part de marché en 2050. Par ailleurs, bon nombre de centrales thermiques à flamme capteront le CO2 pour l’injecter sous terre. La Commission estime que 38 gigawatts électriques de capacités à gaz ou à charbon pourraient ainsi «neutraliser» leurs émissions de dioxyde de carbone. En toute logique, l’empreinte climatique de la production d’électricité devrait s’en ressentir. De 580 kilos de CO2 le mégawattheure, en 2000, le facteur carbone de l’électron européen pourrait chuter à 160 kg/MWh en 2050: -70% en 40 ans!

 

Tous les secteurs ne suivent pas

Pareil effort ne sera pas fourni par les autres secteurs émetteurs. Les émissions de CO2 de l’industrie et du secteur résidentiel devraient décroître d’un tiers d’ici 2050: 15 points de moins que le secteur tertiaire. Sous l’effet de l’explosion du transport aérien, les transports (hors fret maritime) restent un domaine peu efficace: à peine 8% de réduction d’émission en 40 ans. Finalement, les Européens devraient relâcher 2.500 milliards de tonnes de CO2 par an en 2050, contre 4.500 milliards en 2010.

Mais il n’y a pas que le gaz carbonique. L’agriculture, l’électronique, les entreprises des déchets et du traitement de l’eau, le secteur de la climatisation relâchent des gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement global plus important que celui du CO2: 25 fois pour le méthane, 310 fois pour le protoxyde d’azote et jusqu’à 24.000 fois pour des gaz de synthèse fluorés. L’émission de ces GES surpuissants baissera bien de 20% entre 2005 et 2030, mais se stabilisera par la suite aux alentours de 730 millions de tonnes équivalent CO2 par an. Les trois quarts de ces rejets sont imputables à l’agriculture qui, selon les projections, ne réduira qu’à la marge ses rejets de GES.

 

Bien, mais doit mieux faire

Si rien n’est fait pour changer radicalement certaines de nos pratiques, l’Europe réduira de 44% ses émissions anthropiques de GES entre 2010 et 2050. Si elle se vérifiait, cette performance serait remarquable. Mais elle resterait très éloignée de l’effort qui nous est demandé. Pour contribuer, à hauteur de nos émissions passées, actuelles et futures, à la stabilisation du réchauffement à 2°C, les pays les plus industrialisées (les membres de l’OCDE, en résumé) doivent abattre de 80% à 95% leurs rejets de GES d’ici le milieu du siècle. C’est ce que prévoit la feuille de route de Bali, adoptée par l’ONU en 2007. Ce sont les objectifs que des lois fixent au Royaume-Uni et à la France. Mais ce n’est pas ce vers quoi nos politiques nous conduisent actuellement.



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