Quand la clim’ réchauffe le climat

Le 15 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nous utilisons déjà 1,6 milliard de climatisateurs.
Nous utilisons déjà 1,6 milliard de climatisateurs.
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L’élévation des températures va accroître les besoins en climatisation, la consommation d’électricité (souvent d’origine fossile) et les émissions de gaz à effet de serre, dénonce l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Heureusement, des solutions existent pour se refroidir sans réchauffer la planète.

 

Le rafraîchissement des hommes va contribuer au réchauffement de la planète. étonnant paradoxe. C’est pourtant l’une des conséquences du réchauffement climatique. A mesure que les températures s’envolent, une population toujours plus importante s’équipe en climatiseurs.

Ce qui n’est pas sans effet sur le réseau d’électricité, ni sur les émissions de GES, souligne une étude que publie l’AIE, ce mardi 15 mai. Cette spirale infernale ne sera pas bouclée de sitôt. Sur les 2,8 milliards de terriens vivant sous des climats chauds, seuls 8% bénéficient d’un logement climatisé. Mais la demande d’équipement ne cesse de progresser.

Explosion des ventes

Entre 1990 et 2016, les ventes de climatiseurs ont explosé, passant de 24 à 42 millions d’unités par an. L’AIE estime que plus de 1,6 milliard de systèmes divers de climatisation sont actuellement en service, auxquels on peut ajouter 2 milliards de ventilateurs électriques.

Vaille que vaille, l’électricité se verdit. Avec le développement de l’éolien et du photovoltaïque, le facteur carbone de la production mondiale d’électricité devrait flirter avec les 270 grammes de CO2 le kilowattheures, en moyenne en 2050, contre 505 g en 2016, estime l’AIE.

Même si leurs performances énergétiques varient du tout au tout, les ‘clim’ engloutissent globalement 2.100 térawattheures d’électricité par an: l’équivalent de 4 années de consommation française. Satisfaire cette demande n’est pas toujours évident. Car elle intervient de préférence l’été, quand il fait chaud… saison durant laquelle les électriciens aiment bien concentrer les opérations de maintenance de leur outil de production.

Durant la vague de chaleur de 2003, les climatiseurs achetés en catastrophe par les Français ont accru de 4.000 mégawatts (l’équivalent de la production de 4 réacteurs nucléaires moyens) la demande en électrons tricolores. Il a fallu importer.

1,1 milliard de tonnes de CO2

De telles consommations d’énergie ne sont pas sans conséquence sur l’environnement et sur le climat. Les deux tiers de l’électricité produite dans le monde l’étant par des centrales carburant aux énergies fossiles (du charbon et du gaz naturel, essentiellement), l’AIE estime à 1,1 milliard de tonnes de CO2 le bilan carbone annuel de la climatisation. C’est autant que ce qu’émet le Japon annuellement. C’est aussi trois fois plus de gaz carbonique made by clim rendu à l’atmosphère qu’en 1990. A cela, il faut ajouter les fuites de gaz réfrigérants qui sont le plus souvent de très puissants GES.

triplement du parc

La situation peut-elle se dégrader? Affirmatif, répondent les experts de l’AIE. Surtout si l’on ne fait rien. Démographie, hausse du pouvoir d’achat et des températures sont autant de facteurs favorables à l’augmentation des ventes de climatiseurs. 5,6 milliards devraient fonctionner vers 2050: plus du triple du parc actuel. «Cela représente 10 ventes par seconde durant ces 30 prochaines années», illustrent les auteurs. Et si l’efficacité énergétique de ces petites machines ne s’améliore pas, ils engloutiront trois fois plus de courant qu’aujourd’hui et doubleront le bilan carbone de la climatisation.

Ce scénario est-il définitivement gravé dans le marbre? Pas (encore) sûr, veulent croire les auteurs de l’étude. Tous les climatiseurs ne se valent pas. Ceux vendus dans les pays de l’Union européenne consomment un quart d’électricité en moins que les climatiseurs américains ou chinois.

Efficacité énergétique

Au renforcement des normes d’efficacité énergétique des appareils, on peut coupler l’amélioration de la performance thermique des bâtiments. Les habitants des logements bien isolés ou conçus pour être naturellement rafraîchis (bioclimatiques) auront moins recours à la climatisation ‘artificielle’ que les occupants de tours en verre orientées au sud.

C’est sur ces deux piliers, estiment les experts de l’agence basée à Paris, que doit reposer le développement de la climatisation. Grâce à ce scénario de la ‘climatisation efficace’, l’Humanité pourrait mieux supporter les rigueurs du réchauffement sans accroître sa production d’énergie pour se rafraîchir. Encore faut-il que les gouvernements considèrent l’efficacité énergétique comme une priorité. Ce qui est loin d’être encore le cas.



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