Claire Nouvian: «La mise en garde de l’humanité, nous on la prend au sérieux»

Le 09 novembre 2018 par Stéphanie Senet
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Claire Nouvian est la fondatrice de Bloom.
Claire Nouvian est la fondatrice de Bloom.
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Présidente de l’ONG Bloom pour la conservation des écosystèmes marins, lauréate du Prix Goldman en avril dernier, Claire Nouvian se lance aujourd’hui dans l’aventure politique de Place publique. Un mouvement qui vise à répondre à l’urgence écologique tout en changeant le rapport au politique. Vaste programme.


Avec l’essayiste Raphaël Glucksmann et l’économiste Thomas Porcher, vous co-fondez Place publique. Qu’est-ce qui réunit trois personnalités aux profils aussi différents?

On voit que tout va de plus en plus mal. On croit qu’il faut porter, au niveau collectif, des solutions absentes aujourd’hui à une échelle suffisante pour sortir le collectif de sa trajectoire de collision avec la nature. Quand j’ai lu l’appel des 15.000 scientifiques , il y a un an, ma vie a changé. Ces chercheurs, venus de disciplines très différentes, sont tous d’accord pour alerter sur l’urgence radicale et systémique qu’il y a à lutter pour le climat, contre la surpêche, etc. Ce qui nous réunit au sein de Place publique, c’est que cette mise en garde de l’humanité, on l’a prise au sérieux.

Votre manifeste commence par la nécessité d’«agir pour lutter contre le réchauffement climatique et préserver le vivant». Place publique est un nouveau parti écolo?

L’urgence écologique, c’est le substrat. On est tous d’accord. Sans sa prise en compte, toutes les autres luttes sont vaines. Mais notre mouvement vise aussi à répondre aux urgences sociales, démocratiques et européennes, car on ne veut pas laisser l’Union européenne se déliter. Des groupes de travail ont donc été mis en place avec des experts venus d’ONG, des philosophes, et des acteurs de terrain qui ont réinventé des modèles économiques, agricoles, de pêche.
Sur la transition agricole, on a déjà beaucoup avancé grâce au travail des 50 organisations réunies autour des états généraux de l’alimentation. Lorsque les solutions sont bonnes, on ne va pas réinventer la poudre. Par exemple, quand les paysans se rendent compte qu’en reprenant la main sur la transformation et la distribution de leurs produits, ils vivent mieux... Ce mouvement c’est un lieu d’accélération du changement. C’est aussi un lieu de portage, au niveau national, des solutions qui sont à l’œuvre dans le milieu associatif.

Votre programme est prêt? Vous visez les élections européennes?

Les premières propositions seront prêtes dès fin novembre, notamment sur le chapitre écologique pour lequel nous avons commencé à travailler très tôt. On va bien sûr porter la fin des pesticides, la lutte contre la pêche électrique, l’essor des énergies renouvelables, une vie digne pour les paysans. Mais on va essayer de définir des solutions plus fines, dont certaines ne sont pas encore portées par des associations. Plus largement, j’ai proposé de mettre en place une cellule d’experts de la gouvernance qui ne sont pas affiliés au mouvement, comme le philosophe Patrick Viveret, un membre d’Alternatiba, et Martin Rieussec Fournier des Jours heureux. Ils devront nous dire ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les partis d’ici février, pour que nous puissions réinventer les règles d’un vivre ensemble en politique.
Il faut faire de l’espace politique autre chose qu’un lieu de compétition où tout le monde se déteste et s’entretue. Pour faire face au millénaire, la solution c’est au contraire la coopération. Et tout le monde le sait. L’individualisme nous a menés à une casse humaine et écologique. Le capitalisme dérégulé n’est plus acceptable. Quant aux candidats, on verra ensuite. D’abord les idées, le changement qu’on doit conduire dans la société, ensuite on étudiera les modalités de désignation des candidats en fonction de leurs compétences. Qui de mieux que Yannick Jadot pour lutter contre la pêche électrique au Parlement européen? Il y a des personnes formidables à EELV, à la France insoumise.

Vous pourriez vous y coller...

Non, non. Je le leur ai dit. Moi non (rires). Si le mouvement grossit et qu’il se passe un truc magique, pourquoi ne pas former une liste aux élections? Mais on ne va pas commencer avec ces obsessions des partis traditionnels. Nous sommes bien sûr un mouvement politique car seules des politiques publiques fortes peuvent nous sortir du bazar dans lequel on s’est mis. Mais on peut aussi se saisir des échéances électorales pour prendre seulement la parole. On n’est pas une machine à produire des listes, mais des idées, dans un rapport de force assumé contre les lobbys.

Vous vous revendiquez à gauche sur l’échiquier politique?

C’est sûr qu’on partage tous des valeurs de gauche très affirmées. Mais le mot ‘gauche’ (soupir). On a été tellement trahis par les partis de gauche dans la mise en œuvre de leur politique. Le mandat Hollande a été pour moi une souffrance du premier au dernier jour sur les questions écologiques, alors qu’on avait réussi à faire un travail important avec Borloo, lors des deux premières années du mandat Sarkozy. Cela a été une horrible déception. Hollande a réussi à nous faire regretter Sarkozy. C’était impensable.
Aujourd’hui, on se positionne plutôt à gauche de Macron. Cela englobe donc une partie des macronistes qui sont déçus et se sentent trahis, et une grande partie du centre, qui est traditionnellement plutôt à gauche sur les questions sociales et vote parfois comme il faut sur les questions écologiques. En fait, on se fiche des appartenances. Si les gens sont d’accord avec les idées qui se dessinent, alors ils auront toute leur place à Place publique.

Rendez-vous. / Place publique tiendra son premier meeting le 15 novembre à Montreuil (Seine Saint-Denis). Après son Manifeste publié dans Libération du 7 novembre, ce sera «un moment d’échange et d’explication de l’ambition, des impératifs collectifs et du rassemblement». Aux côtés des co-fondateurs Claire Nouvian, Raphaël Glucksmann, Thomas Porcher, Diana Filippova, Jo Spiegel, les premiers ‘porteurs de cause’ sur la justice, l’éducation, le renouveau démocratique, la république numérique...


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