Cites : sus aux braconniers

Le 22 août 2011 par Célia Fontaine
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100 millions de dollars devraient être consacrés à la protection des éléphants.
100 millions de dollars devraient être consacrés à la protection des éléphants.

Renforcer la lutte contre les braconniers et consacrer plus d’argent à la protection des populations d’éléphants, telles sont les deux principales décisions prises lors de la 61e session du comité permanent de la Cites qui s’est tenue à Genève du 15 au 19 août dernier.

Signée le 3 mars 1973 à Washington, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites selon l’acronyme anglais), est une convention d’un genre particulier, à laquelle ont adhéré 175 Etats. En portant spécifiquement sur le commerce des espèces menacées, elle s’attache à défendre d’une part les intérêts du commerce et de l’autre la conservation de la faune, deux missions qui peuvent sembler antagonistes. La Cites est là pour veiller à la coordination d’un ensemble complexe de lois et de règlements à l’échelle nationale et internationale, pour plus de 34.000 espèces.
 
Avec le développement du transport et du commerce de plantes et d’animaux sauvages, dont certaines parties comme les défenses d’éléphant ou les cornes de rhinocéros alimentent un marché noir très lucratif, quelques espèces sauvages déclinent. Et la Cites connait aujourd’hui d’importantes difficultés d’application pour inverser la tendance.
«Il est grand temps de s’assurer que la Cites figure tout en haut de l’agenda politique et attire le niveau de ressources qu’elle mérite et dont elle a besoin», a indiqué Oystein Storkersen, le nouveau président du Comité permanent, dans un communiqué.
 
Pour rappel, en France, le Muséum national d'histoire naturelle est l'autorité scientifique qui exerce une fonction d'expertise et de conseil technique. L'organe de gestion est la Direction de l'eau et de la biodiversité du ministère de l'écologie. Les directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) sont, elles, chargées d'émettre les permis Cites sur demande des importateurs et des exportateurs, professionnels ou particuliers.
 
 
Les 300 participants à la réunion du comité permanent ont planché sur différentes solutions financières novatrices pour aider les pays à réglementer efficacement le commerce des espèces sauvages.
Il a donc été décidé d’avancer sur la création du «Fonds pour l’éléphant d’Afrique», qui devrait permettre de financer un grand plan d’action pour le pachyderme. L'Allemagne, les Pays-Bas et la France ont d'ores et déjà contribué à ce fonds et d'autres pays ont promis de suivre, précise le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) dans un communiqué du 19 août.
 
«L'objectif est de collecter 100 millions de dollars (près de 70 millions d’euros) sur les trois années à venir pour soutenir les capacités et mettre en œuvre la loi, ainsi qu'assurer la survie à long terme de l'éléphant africain», a précisé John Scanlon, le secrétaire général de la Cites.
 
Les taux de braconnage des éléphants ont été particulièrement élevés en 2010, surtout en Afrique centrale, selon un rapport préparé par le programme Cites pour le suivi à long terme de la chasse illégale à l’éléphant (Mike).
 
A l’origine de cette situation: la pauvreté et la mauvaise gouvernance en Afrique, conjuguées à une demande accrue de la Chine.
 
Selon une étude sur les marchés d'ivoire à Guangzhou récemment publiée par la Chine, le nombre d'objets en ivoire a augmenté de 50% depuis 2004 et près de deux tiers (63%) de ces objets n'ont pas les certificats obligatoires et ne sont donc pas légalement déclarés. L'ivoire brut issu de la sphère privée se vend actuellement plus de 500 euros le kilogramme à Guangzhou.
 
Les Etats membres de la Convention devront donc renforcer les contrôles sur le commerce de l’ivoire, et ce tout au long de la chaîne du commerce illégal, tant en Afrique qu’en Asie.
 
Au cours des échanges de la semaine dernière sur l'avenir du commerce d'ivoire, les organisations de la société civile ont été momentanément exclues des pourparlers, ce qui n’a pas manqué de provoquer l’indignation du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw). «Au nom de pays asiatiques restés anonymes, le Koweït a demandé que tous les représentants de la société civile quittent la pièce pour que les débats continuent à huis clos», rapporte l’ONG dans un communiqué du 18 août.
 
Pour justifier cette discrétion, il a été avancé que des documents de nature sensible devaient être examinés. «Cependant tous les documents étudiés avaient déjà été publiés sur le site de la Cites, notamment un compte-rendu de l'Etis (système d'information sur le commerce de produits dérivés d'éléphants) dans lequel il était clairement indiqué que les saisies d'ivoire illégal avaient augmenté de façon significative en 2009 et en 2010, à la suite d'une vente légale d'ivoire à la Chine et au Japon en 2008», explique Ifaw.
 
L’incident ne fut que de courte durée, puisqu’après un vote positif en faveur de la transparence et de l'ouverture, les ONG ont été admises à nouveau dans la réunion. De retour, elles ont souligné la nécessité de renforcer et de maintenir un embargo international sur l'ivoire. Enfin, le comité a demandé à la Thaïlande de présenter un bilan montrant les progrès réalisés dans la régularisation du commerce intérieur de l'ivoire et du commerce illégal. Le Gabon et la Somalie restent suspendus du commerce international.
 
En ce qui concerne la situation des rhinocéros, guère plus réjouissante (voir le JDLE), le comité permanent de la Cites a entériné le principe selon lequel les braconniers pris sur le fait devraient être punis plus sévèrement. Les populations de périssodactyles de la République démocratique du Congo, de l’Inde, du Mozambique, du Népal, de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe, souffrent toutes du braconnage. «Il semble que le commerce illégal de la corne[1] de rhinocéros en soit le moteur. Le commerce illégal comprend l’utilisation frauduleuse de documents Cites, l’utilisation abusive de la chasse légale au trophée et l’utilisation de services de courrier pour envoyer des cornes en contrebande d’Afrique australe en Extrême-Orient», a rappelé Oystein Storkersen.
 
Au total, 122 braconniers présumés ont été arrêtés en Afrique du Sud depuis janvier 2011, dont 60 dans le parc national Kruger, l’aire protégée qui a subi les pertes les plus sévères. Si deux braconniers ayant chassé le rhinocéros en Afrique du Sud viennent d'être condamnés à 8 et 10 ans de prison, près de la moitié des 175 pays signataires de la Convention ne disposent pas de législation adéquate pour poursuivre les braconniers.
 
En matière de plantes, le comité a également discuté de l’origine légale de l’acajou à grandes feuilles des Etats de l’aire de répartition d’Amérique latine. «De nouveaux systèmes d’information sur les espèces donnant du bois seront envisagés pour garantir un prélèvement durable et un commerce légal et traçable», précise le communiqué de la Cites. La Bolivie a de son côté annoncé qu'elle avait décidé un moratoire volontaire sur les exportations d'acajou pour la deuxième moitié de 2011.
 


[1] Le prix de la corne s’élève à 500.000 $ le kilo


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