Cigéo: ce qui pose encore question pour l’IRSN

Le 06 septembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Bien des problèmes encore à régler dans le projet Cigéo.
Bien des problèmes encore à régler dans le projet Cigéo.
VLDT

Au cours d’une rencontre avec des journalistes, des responsables de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont pointé du doigt les problèmes qui se posent aux concepteurs du futur centre de stockage géologique de déchets nucléaires. Et la liste est longue.

L’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) a du pain sur la planche. Car les experts de l’IRSN ne sont pas tout à fait convaincus du bienfondé de certaines options proposées par l’Andra pour son futur centre de stockage géologique de déchets radioactifs, le Cigéo.

40.000 fûts concernés

Dans un avis publié en juillet dernier, l’IRSN avait pointé du doigt un sujet bien connu: le risque d’emballement thermique des colis inertés dans du bitume.

Auditionnée ce mercredi 6 septembre par l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), la direction de l’IRSN a précisé l’ampleur du problème. Et elle est de taille: Cigéo doit en principe abriter 40.000 de ces fûts de 200 litres, soit 18% du volume de résidus qui devront être stockés dans le sous-sol de Bure.

Tendu. Le calendrier qui prévoit un démarrage de l’EPR de Flamanville (Manche) fin 2018 peut-il être respecté? «Au vu du planning d'EDF et de ce qui reste à faire, c'est tendu», a simplement commenté Thierry Charles, directeur général adjoint en charge de la sûreté de l’IRSN.

De l’avis de François Besnus, deux options peuvent être envisagées: la mise en sécurité des fûts et l’amélioration du système d’évacuation des déchets en cas d’incendie. A l’Andra et aux producteurs des déchets de décider.

Torche à plasma

Dans le premier cas, le directeur de l'environnement à l’IRSN préconise de vitrifier les déchets en les exposant à la flamme très vive (4.000°C) d’une torche à plasma. Une technologie bien connue du CEA et d’EDF. Avantage: le déchet une fois vitrifié, tout risque d’ignition est écarté. Inconvénient: pareil traitement thermique suppose la mise en œuvre d’un système de collecte et de filtration des effluents gazeux. Pas prévu.

Evacuer le combustible surchauffé

Dans le second cas, l’Andra n’est tout simplement pas en mesure, avec le système de manutention envisagé aujourd’hui, d’évacuer rapidement des déchets pris d’un coup de chaud. Selon les calculs de l’IRSN, un ou deux jours suffisent pour qu’un conteneur en béton, contenant plusieurs fûts de déchets bitumés surchauffés, transmette ses calories superflues aux conteneurs voisins. Pareille réaction en chaîne pourrait déclencher un sinistre aux conséquences désastreuses. «L’incendie d’un seul fût dans le WIPP américain a provoqué pour 3 à 4 milliards de dollars de dégâts», rappelle François Besnus. Bref, «l’Andra a encore du travail à réaliser sur la maîtrise du risque incendie», résume Jean-Christophe Niel, directeur général de l’IRSN.

Changer les rails?

Ce n’est pas tout. Le Cigéo de Bure devra pouvoir fonctionner «au moins un siècle» avant que ne se referment ses portes, définitivement. Durant ce temps long, les colis en acier ou en béton devront «rester intègres, manipulables et accessibles», rappelle François Besnus. Lequel n’est pas certain que les systèmes de manutention sur rail restent opérationnels sur une telle durée. «Il faudra sans doute prévoir des cures de jouvence», avance-t-il. Problème: comment changer les rails des alvéoles de stockage, dont l’environnement sera devenu fortement radioactif? Là encore, la réponse reste à trouver.

Quid des combustibles usés?

La taille du futur stockage souterrain sera-t-elle d’ailleurs suffisante? «Pour le moment, Cigéo n’est pas dimensionné pour accueillir les combustibles usés», souligne François Besnus. Depuis des décennies, la France recycle les pastilles d’uranium enrichi. «Or, tout le combustible n’est pas retraité à la Hague», rappelle-t-il. Et avec la fermeture annoncée (par la loi sur la transition énergétique en tout cas) d’une quinzaine de réacteurs dans les prochaines années, nul doute que ce problème se posera avec encore plus d’acuité qu’aujourd’hui.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus