Chrome hexavalent: les trous de la raquette Reach

Le 23 octobre 2018 par Marine Jobert
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Le chrome hexavalent, un cancérigène certain.
Le chrome hexavalent, un cancérigène certain.
Chrome

Ce cancérogène certain, en dépit de son interdiction dans le cadre de Reach, pourrait à nouveau être autorisé par les Etats membres. Une politique au cas par cas qui fragilise un règlement déjà très critiqué.


Interdit en Europe depuis septembre 2017, le chrome hexavalent va-t-il revenir par la petite porte? C’est la crainte d’une coalition d’ONG européennes, qui dénonce la demande adressée aux Etats par la Commission européenne d’autoriser à nouveau l’importation de plusieurs milliers de tonnes de ce composé considéré comme cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Et ce jusqu’en 2029. Une réunion devrait en valider le principe le 25 octobre.
Avantages socio-économiques
C’est en septembre 2016 que commence l’histoire, quand un industriel allemand, Hansgrohe SE, sollicite la possibilité d’utiliser le chrome VI pour «la galvanoplastie de différents types de substrats dans le but de créer une surface de haute durabilité avec un aspect brillant ou mat (…) et pour une étape de prétraitement (gravure)». Tout en confirmant qu’il n’est pas possible de déterminer une dose dérivée sans effet (DNEL) pour ses propriétés cancérogènes, le comité pour l’évaluation des risques (RAC) estime alors que les mesures de gestion des risques et les conditions opérationnelles décrites dans la demande sont «appropriées et efficaces pour limiter les risques pour les travailleurs et la population en général qui pourraient être potentiellement exposés via l'environnement». Ce à quoi le comité pour les analyses socio-économiques ajoute que «les avantages socio-économiques globaux (…) l'emportent sur les risques pour la santé humaine ou l'environnement découlant [des] utilisations et qu'il n'existe aucune substance ou technologie de remplacement appropriée pour le demandeur avant la date d'expiration». Des positions avalisées par la Commission.
Agence bénie oui-oui
«Une décision positive alimentera un problème croissant d'exposition aux produits chimiques toxiques, principale cause de cancers professionnels. 85% des cas de cancer professionnel résultent d'une exposition à seulement 10 agents chimiques, entraînant plus de 100.000 décès par an», dénonce le Bureau européen de l’environnement (BEE). En outre, déplore le principal réseau d’ONG européennes, l’Union a dit oui à chacune des demandes d’exemption que l’agence européenne des produits chimiques (Echa) lui a soumises. Soit 173 ‘oui’ pour 173 demandes. «Cela a permis à des milliers de tonnes de produits chimiques supposément interdits de se répandre dans une large gamme de produits de consommation et industriels, des plastiques et emballages en PVC aux peintures, matériaux de construction, meubles et produits ménagers, dénonce le BEE. Sur les 43 produits chimiques prétendument interdits par l'UE, 19 ne sont plus utilisés et 15 sont encore utilisés, y compris plusieurs phtalates et composés de plomb.» De quoi écorner davantage encore l’image du règlement européen sur les produits chimiques (Reach): une récente étude de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) a montré que, sur 1.814 substances autorisées par l’Echa dans le cadre de Reach, 32% de celles enregistrées à un tonnage annuel supérieur à 1.000 tonnes sont non conformes, la plupart du temps sur les risques écotoxicologiques (61%), mutagènes (40%) et reprotoxiques (34%).
Chantage à l’emploi
Ce n’est pas la première fois que l’Union donne son autorisation pour l’utilisation, dans ses usines, de cette substance qu’a combattue l’Américaine Erin Brockovich. L’été 2018 déjà, un groupe de connecticiens européens avait obtenu une autorisation d’utilisation allant de 4 à 12 ans selon les cas d’usage, en mettant notamment en avant le risque de la délocalisation de la fabrication de leurs connecteurs.

 


Métam Sodium: épisode 2. A l’issue de la réunion d’urgence organisée ce 23 octobre, la préfecture de Nantes annonce que les 200 exploitations de Loire-Atlantique (sur les 250 recensées dans les Pays de la Loire) seront inspectées dans les jours à venir. Selon les services de l’Etat, c’est la conjugaison du non-respect de préconisations techniques d’utilisation du Métam Sodium et de conditions climatiques exceptionnelles (sol chaud et sec, vent soutenu favorisant l’évaporation du produit) qui seraient à l’origine des trois sites d’intoxication déclarés en Maine-et-Loire début octobre. Aucune interdiction n’est édictée pour ce secteur crucial pour l’économie local: 35.000 tonnes de mâche par an sont produites dans la région, soit plus de la moitié des tonnages produits dans l’Union européenne.


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