Chlordécone: une aide d’urgence, en attendant un plan durable

Le 16 janvier 2013 par Stéphanie Senet
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3,5 M€ ne règlent que partiellement la pollution au chloredécone
3,5 M€ ne règlent que partiellement la pollution au chloredécone

3,5 millions d’euros. C’est le montant de l’enveloppe destinée aux pêcheurs martiniquais victimes de la pollution des eaux littorales par le chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies jusqu’à son interdiction, en 1993, en Outre-mer.

L’Etat y concourt à hauteur de 2 M€ et les deux collectivités locales (département et région) pour 750.000 € chacune, ont précisé les ministres des Outre-mer et de la pêche, Victorin Lurel et Frédéric Cuvillier.

Cette aide d’urgence vient conclure une grève de plus de 15 jours, entamée le 17 décembre 2012 par les pêcheurs martiniquais en réaction aux interdictions de pêcher la langouste, prises le 30 novembre par le préfet de région Laurent Prévost.

Une étude scientifique avait en effet confirmé, quelques jours plus tôt, la présence de chlordécone dans les crustacés. Ce fut la goutte d’eau de trop pour les pêcheurs, qui ont aussitôt rappelé que la Martinique connaissait une catastrophe sanitaire et économique due à la contamination des sols, des eaux et de la mer par le chlordécone.

La grève s’est terminée le 31 décembre 2012, lorsqu’un accord financier a été trouvé autour du montant de 3,5 M€. Le gouvernement a précisé que cette somme allait être débloquée «rapidement».

La veille de cette annonce, les ministres ont reçu des élus martiniquais et les représentants du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins, en présence du président du comité national Gérard Romiti, précise le communiqué du ministère des Outre-mer.

L’objectif était de débattre du détail de l’aide, en veillant à sa compatibilité avec le droit européen. «Les modalités de versement seront décidées au niveau local», ont précisé les deux ministres.

Le chlordécone est un pesticide qui a été utilisé pendant des dizaines d’années dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, pour lutter contre un charançon. C’est aussi un polluant organique persistant (POP).

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la pollution due aux 1.250 tonnes de chlordécone déversées jusqu’à l’interdiction du pesticide, ne disparaîtra pas avant 7.000 ans.

Dès 2007, le cancérologue Dominique Belpomme avait tiré le signal d’alarme sur «la catastrophe sanitaire» antillaise due aux pesticides (voir JDLE). Selon lui, la baisse de la fécondité et l’incidence en hausse des malformations congénitales et des troubles de développement chez les enfants relèvent de maladies liées aux pesticides, comme le chlordécone ou le paraquat.

En 2010, c’était au tour de l’étude Karuprostate de confirmer le risque accru de cancer de la prostate chez les hommes les plus exposés.

Reste que les mesures à la hauteur des enjeux se font toujours attendre, comme l’a montré le bilan du premier plan Chlordécone (2008-2010), publié en mars dernier (voir JDLE), qui souligne «l’absence de stratégie, un pilotage inefficient, et la seule ambition de rassurer à court terme», note le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD).



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