Chlordécone : un lien avec le cancer de la prostate

Le 23 juin 2010 par Sabine Casalonga
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Le risque de cancer de la prostate est significativement accru chez les hommes ayant été fortement exposés au chlordécone, selon une large étude française publiée le 21 juin dans le Journal of Clinical Oncologydans le cadre du programme de recherche Karuprostate.

 

Utilisé aux Antilles de 1973 à 1993 (il a été interdit en métropole en 1990) pour lutter contre le charançon du bananier, cet insecticide est considéré comme perturbateur endocrinien et classé cancérogène possible pour l’homme par l’OMS, rappelle l’Inserm dans son communiqué. Sa présence persistante dans l’environnement est à l’origine de la contamination de denrées alimentaires et donc de l’imprégnation des habitants.

 

Luc Multigner de l’Inserm de Pointe-à-Pitre, et ses collègues du CHU de Guadeloupe, de l’Inserm de Rennes et de l’université de Liège en Belgique, ont comparé l’exposition au chlordécone chez 623 hommes souffrant d’un cancer de la prostate et de 671 hommes indemnes de la maladie (témoins), originaires de Guadeloupe, Martinique, Haïti et Dominique, à partir de l’analyse de leur taux sanguin entre 2004 et 2007. L’insecticide a été retrouvé dans le sang de 68,7 % des malades et de 66,8 % des témoins à des concentrations médianes respectives de 0,44 et 0,40 microgramme par litre (μg/l).  

 

Les résultats montrent une augmentation significative du risque de développer un cancer de la prostate chez les hommes les plus exposés (concentrations sanguines supérieures à 1 μg/l), soit 20 % de la population étudiée. Les hommes avec le taux le plus élevé avaient un risque plus de 2,5 fois plus élevé que les non exposés.

 

Cette association était encore plus marquée chez les hommes ayant des antécédents familiaux de ce cancer et chez ceux ayant séjourné plus d’un an dans un pays occidental (industrialisé). « Cela veut dire que les interactions avec des facteurs environnementaux (alimentation par exemple) et génétiques sont importantes pour que le chlordécone manifeste son effet délétère vis-à-vis de la prostate », explique Luc Multigner. Ces résultats sont confortés par le fait que les porteurs de variations génétiques qui diminuent leur capacité d’élimination du chlordécone ont un risque accru de développer la maladie.

 

Dans un communiqué du 23 juin, le ministère de la santé souligne qu’il s’agit de « la première étude épidémiologique montrant une possible association entre une exposition au chlordécone et la survenue d’un cancer de la prostate », et que des études complémentaires sont à mener, notamment en Martinique. « Les pouvoirs publics poursuivront les efforts importants engagés dans le cadre du plan Chlordécone, en termes de connaissance de la pollution, de remédiation à cette pollution, de surveillance des effets sur la santé des populations et surtout de réduction de l’exposition qui reste une priorité », précise-t-il. Un second plan est en cours de préparation.

 

 

Dans le JDLE « Plan d’action sur le chlordécone: les orientations 2009 »

 

Dans le JDLE « L’Opecst présente son rapport sur la chlordécone »

 



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