Chlordécone aux Antilles: un risque pour l’enfant

Le 26 septembre 2012 par Romain Loury
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Le chlordécone est utilisé contre le charançon du bananier
Le chlordécone est utilisé contre le charançon du bananier

L’exposition in utero au chlordécone, qui imprègne le sol des Antilles françaises, a des effets négatifs sur le développement moteur et cognitif des nourrissons, selon de nouveaux résultats de la cohorte Timoun publiés dans la revue Environmental Research.

Interdit en 1993, ce pesticide organochloré, utilisé contre le charançon du bananier, a suscité des craintes quant à son impact sanitaire sur la population antillaise, principalement exposée via l’alimentation. Ce qui lui vaut un plan d’action gouvernemental, qui en est à sa deuxième version.

Lors d’une précédente étude, intitulée Karuprostate, l’équipe de Luc Multigner, de l’Institut de recherche sur la santé, l'environnement et le travail (Irset, unité Inserm U1085, Rennes/Pointe-à-Pitre), avait ainsi révélé un risque accru de cancer de la prostate chez les hommes les plus exposés (voir le JDLE).

Le chlordécone aurait aussi des effets sur les nourrissons exposés in utero, selon de nouveaux résultats de cette équipe. Portant sur 153 enfants de 7 mois, ils suggèrent plusieurs troubles du développement, moteur et cognitif.

Mesurée par dosage sanguin dans le sang du cordon, l’exposition prénatale au pesticide était ainsi liée à une moindre préférence visuelle pour la nouveauté, ainsi qu’à une motricité fine diminuée [1]. Quant à l’exposition postnatale, seule la consommation d’aliments contaminés –et non l’allaitement- présentait un effet négatif, en l’occurrence une moindre préférence visuelle pour la nouveauté, et un temps accru de mémorisation visuelle.

En septembre 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu publics des résultats plus rassurants de Timoun, montrant qu’il n’y avait pas de surexposition alimentaire chronique au chlordécone chez les enfants de 18 mois (voir le JDLE). A savoir qu’aucun ne dépassait la valeur toxicologique de référence (VTR) chronique, de 0,5 microgramme par kilo (µg/kg) de poids corporel par jour.

En l’état, «notre étude ne permet pas de remettre en cause cette VTR», estime auprès du JDSA Luc Multigner, qui rappelle l’âge différent au sein des deux études (7 mois, 18 mois). «Si ces résultats [sur le développement] persistent à 18 mois, on pourra se poser la question de revoir la VTR à la baisse pour certaines populations, notamment les femmes enceintes», ajoute-t-il.

L’analyse des enfants de 18 mois est justement en cours au sein de l’équipe, avec une publication prévue «dans les prochains mois», explique Luc Multigner. Les chercheurs sont même en train d’examiner les premiers enfants de 7 ans nés au sein de la cohorte –qui a recruté 1.068 femmes enceintes de fin 2004 à fin 2007.

Si les troubles moteurs et neurologiques semblent sans grande gravité, «nous ne savons pas quelle sera leur répercussion sur le long terme», craint le chercheur. «Ils risquent d’être permanents», ajoute-t-il, en raison d’une action sur le développement fœtal. Contrairement aux effets neurologiques observés chez l’adulte en cas d’exposition aigüe, certes de même nature, mais souvent réversibles.

[1] La préférence visuelle pour la nouveauté se définit comme «la tendance du jeune enfant à regarder plus longuement un nouvel objet qu’un objet vu précédemment et devenu familier», explique l’Inserm dans un communiqué. Quant à la motricité fine, il s’agit de la capacité à saisir un objet entre les doigts et la paume.

 



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