Chlordécone aux Antilles: bataille d’arguments

Le 19 septembre 2007 par Agnès Ginestet
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MOY_bananes
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Alors qu’aucun résultat d’étude épidémiologique n’est encore paru, le professeur Belpomme a présenté à l’Assemblée nationale le 17 septembre un rapport alarmiste (1) affirmant que les pesticides utilisés aux Antilles, ou l’ayant été, ont un impact sanitaire sur la population.

Associations et agriculteurs ont depuis longtemps alerté sur la contamination de terres, d'aliments et d'eau (2) par le chlordécone, pesticide utilisé jusqu'aux années 1990 aux Antilles. Finalement, c'est le cancérologue Dominique Belpomme, président de l'Association thérapeutique pour la recherche anti-cancéreuse (Artac), qui a permis la mise en lumière du problème, en présentant à l'Assemblée nationale un rapport sur l'impact sanitaire des pesticides utilisés en Guadeloupe et en Martinique. Un argumentaire qui suscite toutefois des interrogations: les habitants sont-ils victimes d'un véritable empoisonnement, et l'affaire est-elle, comme Dominique Belpomme le prétend dans une interview parue dans le Parisien du 17 septembre, «beaucoup plus grave que celle du sang contaminé»?

Dans son rapport, celui-ci estime qu'aux Antilles françaises et plus particulièrement en Martinique, la baisse de la fécondité et la possibilité d'une augmentation d'incidence des malformations congénitales et de troubles du développement chez les enfants relèvent de maladies liées à des pesticides (chlordécone, paraquat, et autres). Il réclame la mise en place d'un plan de sauvetage des Antilles pour éviter un «désastre sanitaire».

Mais la prudence reste de mise. L'Institut de veille sanitaire (InVS) rappelle ainsi qu'«à ce jour, aucun lien n'a été démontré entre l'exposition aux pesticides aux Antilles et les observations sanitaires qui y sont effectuées». Par exemple, «la plus grande fréquence absolue du cancer de la prostate aux Antilles par rapport à la métropole peut être expliquée par l'origine ethnique de la population, facteur de risque bien documenté aux Etats-Unis».

L'Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique (UGrPBAN), qui a demandé la saisie de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), insiste de son côté sur l'absence de preuve d'un potentiel impact sanitaire. A cela, Marie-Line Pirbakas-Groevius, porte-parole des Verts de Guadeloupe, réplique: «Si l'on est le deuxième endroit au monde pour les cancers de la prostate, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas, sachant que le chlordécone et d'autres pesticides ont été utilisés ici sans protection et en excès».

Deux études épidémiologiques majeures menées par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sont en cours. L'étude Ti Moun évalue l'impact d'une exposition prénatale au chlordécone sur le développement des enfants et concerne 1.200 femmes enceintes. L'étude Karuprostate examine le lien éventuel entre une exposition au chlordécone et l'apparition de cancers de la prostate. Mais dans son rapport, Dominique Belpomme s'interroge: «Pourquoi, avant de procéder à des études épidémiologiques longues et coûteuses, n'a-t-on pas envisagé la réalisation d'études de biomonitoring, cherchant à mettre en évidence sur un nombre limité de malades atteints de cancers de la prostate, les polluants chimiques, en les dosant dans le tissu graisseux, le sang et le tissu prostatique lui-même?».

Le fond du problème reste malgré tout sans solution: le chlordécone est toujours présent dans le sol antillais, et il n'existe pas, à ce jour, de technique de dépollution. «On veut que l'Etat mette des moyens dans la recherche pour trouver rapidement un antidote», lance Marie-Line Pirbakas-Groevius.



(1) «Rapport d'expertise et d'audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d'un plan de sauvegarde en 5 points», 23 juin 2007, Artac

(2) Voir l'article du JLDE: «La Guadeloupe toujours en lutte contre le chlordécone»




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